Mus absunlus sordidusque. (Tacite, Hist. V
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femme à part des autres; le culte des saints s'établir, le royaume de Dieu recula, la résurrection des corps rentra dans l'ombre, on revint à l'àme et à l'immortalité de l'àme comme les comprenait Platon. On se rattacha enfin tout à la fois aux pratiques des vieux cultes et aux doctrines des philosophes. Dès lors la religion chrétienne fut à peu près ce qu'était la religion du grand nombre au temps deSénèque,et c'estpour cela qu'on a voulu s'imaginer que Sénèque avait été initié à la foi du Christ. L'Église, dès qu'elle a réfléchi sur sa foi, n'a pu s'empêcher de reconnaître combien ce qu'on appelait le Christianisme était hellénique, ou, si on veut, combien l'Hellénisme était chrétien. Quelques-uns de ses Pères, Justin, Clément d'Alexandrie, tout pleins euxmêmes de la sagesse hellénique, ne craignirent pas d'avouer ces conformités, et s'en firent même honneur auprès des Gentils. Il leur parut que les maîtres de la sagesse antique avaient été éclairés de Dieu, et que le Verbe s'était révélé, avant le temps de l'Évangile, à Heraclite et à Socrale aussi bien qu'aux patriarches hébreux. Une pareille équité était dangereuse pour la foi ; tenir l'Hellénisme et le Christianisme pour également divins (du moins l'Hellénisme des sages), c'était presque la même chose que de les tenir pour également humains, comme nous faisons aujourd'hui. Ceux dont la foi était plus ardente etla science moins large, ceux àqui l'esprit
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philosophique était suspect, selon les traditions du vieil esprit romain ou selon celles du zèle juif, répudièrent absolument la philosophie, et forcés pourtant d'avouer la ressemblance des doctrines, ils en cherchèrent une explication qui ne permit pas à la sagesse profane de rien disputer à la religion. Ils soutinrent que les philosophes avaient dérobé dans les livres sai?its les vérités qui se retrouvent dans leurs leçons; ou même, plus naïvement encore, que, sous Vinspiration des démons, ils avaient contrefait les révélations divines, soit pour les obscurcir, soit pour les décréditer 1. C'était faire preuve d'une singulière absence de critique, puisqu'on ne pouvait trouver dans la Bible ces mêmes croyances qu'on prétendait lui avoir été empruntées. Il a bien fallu abandonner de pareilles suppositions, à la lumière des temps modernes, et cependant les croyants se sont obstinés à en garder quelque chose. Bossuet reconnaît, comme les Pères, que la philosophie grecque était une espèce de préparation à la connaissance de la vérité; mais il a soin d'insinuer que « cette belle philosophie venait d'Orient, et des endroits où les
1. Tertullien, Apologétique, 47; il ajoute : « Ainsi on se moque de nous quand nous annonçons un jugement de Dien, parce que les poëtes et les philosophes mettent aussi un tribunal dans les enfers; et si nous vous menaçons de la géhenne, c'est-à-dire de feux souterrains amassés pour le supplice des coupables, on rit aux éclats, parce que vous avez aussi un Pyriphlégéthon ou fleuve de feu chez les morts; etc. »
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Juifs avaient été disperses, de manière à faire entendre, sans pourtant oser le dire positivement, qu'elle avait sa source dans les traditions du peuple juif, sinon dans ses Écritures 1. Mais outre qu'une telle conjecture ne peut reposer que sur l'hypothèse, aussi invraisemblable que gratuite, qui fait descendre tous les hommes des ancêtres mythiques des Hébreux , il est d'ailleurs impossible d'admettre, malgré les chimères savantes de M. Ernest de Bunsen 2, qu'il y ait eu autre chose dans les traditions des Juifs que ce qu'il y a dans leurs livres 3. Ceux qui aujourd'hui portent dans leur foi un peu de réflexion et de critique, sont donc forcés d'avouer que l'Hellénisme est indépendant de toute révélation
1. Discours sur V Histoire universelle, Seconde partie, V, 17« alinéa (dans l'édition originale), et II, 4« alinéa. L'abbé Fleury a exprimé les mêmes idées dans son Discours sur Platon. Je prends ce Discours au tome 1er de la Bibliothèque des anciens philosophes, de Dacier : voir p. cxxxvii.
2. The hidden Wisdom of Christ, etc. Londres, 1865, analysé par M. Emile Burnouf dans la Bévue des Deux Mondes du 1er décembre 1865.
3. Lactancea dit (VII, 7), ©t il ne pouvait guère proposer rien de plus ingénieux pour sa cause, que la vérité était répandue ça et là dans les diverses philosophies, mais que l'Église seule l'a discernée et fixée. a S'il s'était trouvé, dit-il, un esprit capable de recueillir celte vérité chez l'un et chez l'autre, et de ramasser en un seul corps la doctrine dispersée entre les sectes, celui-là s'accorderait absolument avec nuus. » Celte hypothèse habile n'est, aie bien prendre, qu'un ;neu. Prétendre que la vérité chrétienne a été décomposes par les philosophes, c'est reconnaître au fond que l'Église, au conlraire. a composé, avec les enseignements des philosophes, ce qu'elle a appelé la vérité. Le
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surnaturelle primitive; et d'un autre côté ils demeurent obligés de confesser que l'Hellénisme a précédé et préparé celte religion nouvelle qu'ils regardent comme une révélation. Ce second point, si évident à l'origine, mais oublié et comme effacé pendant les temps de foi du moyen âge, s "est retrouvé en lumière de plus en plus à mesure que l'histoire et la critique se sont développées. M. Guigniaut, en publiant les Religions de l'antiquité, reproduisait à l'entrée du premier volume (1825) cette déclaration de Creuzer, qui avait tant d'autorité, venant d'un tel maitre : c Pour moi, la meilleure religion est celle qui conserve avec la plus grande pureté le caractère moral et prescrit aux peuples la règle des mœurs la plus sévère. Je suis loin de penser toutefois que dans la morale réside toute l'essence de la religion ; je sais, au contraire, que les plus nobles âmes et les peuples les plus mémorables des temps anciens et modernes, ont demandé à cette dernière des lumières plus hautes sur le mystère de notre existence et sur nos futures destinées. Entre toutes
fameux système de Lamennais sur la religion du consentement universel, n'avait pour fondement et pour appui que cette croyance à une révélation primitive dont on prétend retrouver partout les morceaux. C'est la thèse que Kuct, l'évêque d'Avranches, avait déjà hasardée; mais prudemment, et comme pour ne pas troubler la foi générale, il l'avait exposée d'une manière confuse dans de gros volumes écrits en latin.
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les religions connues, le Christianisme me parait avoir le mieux satisfait à ce double besoin de l'homme ; mais soit dans sa doctrine, soit dans les formes de son culte, il avait été et avait dû être prépare par les religions antérieures.-» Jen'imagine pas qu'aucun croyant de notre âge, serré de près, se refusât à accepter la vérité contenue dans ces dernières paroles. Mais en même temps qu'on admet cette vérité en thèse générale, on la méconnaît à chaque instant dans le détail, et, sans plus en tenir compte, on célèbre à tout propos ce qu'on appelle la transformation du monde par le Christianisme. C'est ce qui rend encore utile, et même nécessaire, le travail que je me suis proposé. D'ailleurs, ne pouvant absolument mettre le Christianisme tout à fait à part des autres croyances humaines, on se rabat à le mettre plus haut, mais à une'hauteur qu'on prétend faire incomparable ; on répète après Bossuet que la vraie religion est au-dessus des pensées humaines et digne d'être regardée comme venue de Dieu même A . On redit encore avec lui 2 : « Les nations les plus éclairées et les plus sages, les Chaldéens, les Égyptiens, les Phéniciens, les Grecs, les Romains, étaient les plus ignorants et les plus aveugles sur la Religion : tant il est vrai qu'il y faut être élevé par une grâce particulière et par une