Il avait écrit un livre intitulé Héraclèt
place nette. Et sa morale, par la succession de ses disciples, va rejoindre la prédication des moines : ils ont été en effet les Cyniques des temps chrétiens. Ilsont ce mépris des hommes, cette insolence intrépide; ils sont prêts, comme Diogène, à demander l'aumône aux statues, pour s habiliter aux refus ; ils condamnent comme lui le mariage et la famille; ils font fi de la patrie ; ils outrent tout, pour dompter la foule en l'étonnant.
Les philosophes de la Stoa, sans adopter le cynisme, gardèrent la sévérité et même l'âpreté de cette morale. C'est par l'énergie delà volonté qu'ils essayèrent de s'affranchir dans la servitude universelle; il se dirent qu'ils seraient libres malgré tout, du moment qu'ils ne voudraient pas d'après autrui. Les thèses austères que Platon avait éloquemment prêchées, ils les reprirent sur un ton et avec un accent qu'il n'y mettait pas ; ils en firent ces fameux paradoxes, dont tout retentit, et qui furent comme des dogmes religieux ; car la religion a même emprunté d'eux ce mot de dogmes, qui ne signifiait que des opinions ou des principes, et qui leur doit sans doute le sens plus ambitieux qu'il a pris. Voici comment ils ont raisonné. Si aucun bien ne peut entrer en comparaison avec la vertu, autant vaut dire, et il faut dire, qu'il n'y a d'autre bien que la vertu. Si aucun mal ne peut entrer en comparaison avec le péché, autant vaut dire, et il faut dire, qu'il n'y a pas d'autre mal que le péché. Ainsi la douleur nest pas un mal, ni l'indigence, ni l'abjection, ni la maladie, ni la mort; de même que la fortune, la grandeur, le plaisir, la santé,
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la vie, ne sont pas des biens. Les uns et les autres sont choses neutres et indifférentes, comme étant choses du dehors; il n'y a que le dedans qui importe. Tout cela, qu'on y regarde bien, c'estle Christianisme même. Une multitude de disciples croyaient ces doctrines, ou tout au moins les professaient, ce qui est plus de la moitié de croire. Ils élaientpartis de cette sage parole socratique, qu'il faut suivre la nature; et ils se trouvaient tout à coup en plein surnaturel, je veux dire en pleine illusion.
Ils ajoutaient que pour vouloir le bien, il suffit de comprendre que c'est le bien en effet ; car pourquoi voudrions-nous ce que nous ne jugerions pas nous être bon? Celui qui jugerait bien de toute chose serait donc parfaitement vertueux, et dès lors parfaitement heureux ; celui-là serait le Sage. De là toute une autre série de paradoxes : Le Sage se suffit à lui-même l ; le Sage ne connaît ni le désir ni la crainte. Il est libre, puisque sa volonté ne fléchit pas sous l'action des choses extérieures. 11 est riche, puisqu'il a tous les vrais biens et qu'il est exempt des vraies misères. Il est puissant, il règne, puisqu'il ne fait que ce qu'il veut. 11 est même le seul libre, le seul riche, le seul puissant, le seul roi. Il est encore le seul véritable artisan en toute espèce d'ouvrage, puisqu'il est le seul qui fasse tout suivant la règle du bien, qui est la règle suprême.
On trouve parmi les œuvres* attribuées à Jean d'Antioche, celui qu'on appelle Chrysostome, un discours intitulé : « Comparaison de la puissance, de la richesse