‹ Le Christianisme et ses origines (volume 2)Chapitre 8 sur 43 · XL PRÉFACE · texte numérisé non relu

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bourré d'idées comme tous ses livres, idées tantôt confuses ou bizarres, tantôt originales et approfondies (quand elles sont appuyées sur l'histoire) , le chapitre îv de sa seconde Étude, intitulé : « Le Christianisme tire les conséquences des prémisses posées par le stoïcisme et la philosophie '.condamnation de l'humanité», contient sur le sujet que je traite d'excellentes vues.

Enfin dans Y Examen du Christianisme par Miron, le chapitre xiv et dernier, intitulé, Défaut d'originalité du Christianisme, est un résumé abondant, quoique rapide, des emprunts faits par l'Église soit à la philosophie, soit à la religion des païens.

Je ne puis indiquer tous les livres qui, comme celui que j'ai cité déjà, de M. Janet, se rapportent encore à ce même sujet pris dans son ensemble ou dans ses détails; on en trouvera plusieurs mentionnés dans mes Notes f. Je dois distin-

1. On s'apercevra que je ne cite guère, parmi les livres écrits dans des langues étrangères, que ceux qui ont été traduits, et ce sont en effet les seuls dont il m'ait été possible de profiter. J'ai souvent souffert de cette ignorance, qui devient heureusement plus rare de jour en jour. Cependant il y aura longtemps encore assez de Français incapables de lire couramment un livre étranger, pour que les amis do la science doivent se montrer reconnaissants envers les interprètes qui mettent à notre portée, au prix d'un labeur considérable, tel monument de premier ordre, comme par exemple, sans parKr de tant de trésors de la savante Allemagne, l'Histoire de la Grèce de M. Grote, un des plus considérables comme des plus excellents livres de notre temps.

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guer cependant le livre de M. Aubertin sur Sénèque et saint Paul (1856, réimprimé en 1869 ); car la question des rapports entre ces deux personnages, leurs écrits et leurs doctrines , contient nécessairement en elle la question plus générale des rapports entre la sagesse grecque et la foi chrétienne *.

Quant à la manière dont les catholiques de notre temps essayent de se représenter la révolution chrétienne lorsqu'ils veulent faire de la critique et de l'histoire, je ne pouvais mieux m'en rendre compte qu'en relisant les leçons posthumes d'Ozanam sur la Civilisation au cinquième siècle, 2 vol. in-8°, 1855. On sait tout ce que valait l'intelligence d'Ozanam, sans parler de sa générosité de cœur 2. Il avait une vaste science, de larges vues, un génie d'orateur plein d'éclat, mais aussi une prédominance marquée de

1. M. Eugène Garcia a donné plus récemment encore, dans la Hevuc moderne (septembre et octobre 1869), une suite d'articles sous ce titre : les Païens à travers les siècles, pleins de faits et d'observations intéressantes, et qui ne suivent pas seulement le paganisme jusqu'aux temps chrétiens, mais à travers toute la suite de ces temps jusqu'à nos jours. M. Eugène Garcin cite lui-même les livres de M. L. Ménard, celui de M. Hippolyte Babou, les Païens innocents, et les vers de M. Leconte de Lisle.

2. J'ai reçu d'Ozanam, en 1849, en réponse à ce que je lui écrivais au sujet d'un de ses livres, une lettre qui a été imprimée dans sa Correspondance, et qui me sera toujours un titre d'honneur.

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l'imagination (d'une imagination lyonnaise) sur la faculté delà critique. Dans ses leçons, recueillies d'après la sténographie (sauf les cinq premières qui ont été rédigées par lui-même), tout ce qui appartient légitimement au Christianisme est rendu avec une vive et poissante éloquence, mais le reste est souvent méconnu ou altéré; et il a quelquefois des thèses étranges, où sa naïveté se montre égale à sa sincérité et à son talei t. Plusieurs autres ouvrages catholiques seront mentionnés dans mes notes, notamment celui de M. de Champagny H.

l.On m'a fait l'amitié de me communiquer un livre jansé: i 1726, intitulé : Parallèle de la doctrine des païens avec ce' Jésuites et de la Constitution du pape Clément XI qui commence par ces mots: Unigenitus Dei Filins; suivi d'une Répons? de l'auteur à quelques reproches qu'on lui a faits, et d'un autre livre intitulé : Principes des Jésuites sur la probabilité réfutés par les païens, etc. 1727 (sans indication de li uï. En tout, 3S4 pages. Ce sont des pamphlets tout pleins des ressentiments et des haine- qu'avaient soulevés une longue persécution et la destruction de Port-Ru y continue contre la morale ou plutôt la politi ;ue jésuitiq guerre des Pr n-inciaies, et pour mieux, déshonorer les relâchements de cette casuistique prétendue chrétienne, on la met en face que la morale des païens a eu de plus élevé et de plus pur. De sorte que, par un de ces renversements de rôles fréquents dans 1 : mique, ces mêmes jansénistes qui, dans leur foi intraitable à la grâce, tenaient pour nulles, comme venant seulement de la nature, la vertu et la sagesse des païens, sont conduits maintenant à les rehausser et à les faire valoir toutee qu'elles valent. Aux faibl snistes

sur ce qui regarde les mœurs, ils opposent les paroles sévères de Cicéron flétrissant la volupté. Contre une religion qui consiste surtout dans des dovoirs extérieurs et des pratiques pieuses, ils invo-

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Le titre que j'ai donné à mes Etudes, le Christianisme origines, reproduit presque le titre général sous lequel M. Renan a rassemblé ses derniers travaux: Histoire des origines du Christianisme. Peut-être que mon ouvrage répond encore plus exactement que le sien à ce titre, puisque M. Renan raconte plutôt la naissance du

quont le témoignage que le même Cicéron rend à la piété intérieure •M sincère, et déjà Platon avant lui. Ils ramassent dans Sénèque d'éloquentes censures contre ces pécheurs envieillis qui ne peuvent plus secouer leur péché : si misérables, qu'ils se complaisent dans leur misère! L'auteur fouille l'antiquité avec tant de passion, qu'il \ trouve partout des accusations contre ceux qu'il déleste. Horace a désavoué l'atlrition des Jésuites el rendu hommage à une pénitence plus pure, quand il a dit : « Les bons haïssent le péché par amour pour la vertu; toi, si tu recules devant le crime, c'est par peur de la peine *. » Quand Cicéron a prescrit de s'abstenir d'une action pour peu qu'on doute si elle est juste ou injuste, il a condamné les pitoyables doctrines de la Probabilité. Lorsque, dans ses Lois et d'après Solon, il a prononcé des peines contre la violation des sépultures, il a voué d'avance à l'exécration de la postérité les sacrilèges qui devaient un jour violer les tombes saintes de Port-Royal. On est touché en même temps qu'étonné en lisant ces choses; mais on ne peut guère s'empêcher de sourire quand on trouve ce qui suit au sujet des doctrines des Jésuites sur la communion : « Qu'on ne s'attende pas à les voir si rigoureux que l'étaient les Romains à l'égard des vestales. Ces prêtresses devaient se conserver pures, sous peine d'être enterrées toutes vives, etc. » Et dans une note en marge : « Quoique nous opposions ici la sévérité des Romains au relâchement des Jésuites, nous ne prétendons pas exiger d'eux qu'ils en usent avec leurs pénitentes comme ces païens en usaient à l'égard drs vestales. » En voilà assez pour faire comprendre la singularité, mais aussi l'intérêt de. ce livre curieux.

1 Oderirat peccare boni yirtutis amore; Tu niliil admities in te formidine pœnu;.

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Christianisme qu'il n'en recherche les origines. Du reste ce n'est pas ici le lieu de parler de la Vie de Jésus ni des volumes qui l'ont suivie. C'est dans la préface de ma Seconde partie que j'aurai à dire ce que je dois aux divers critiques qui ont traité de notre temps soit de Jésus lui-même, soit des Évangiles ou des commencements de l'Église: MM. Salvador et Strauss ; MM. Peyrat, d'Eichthal, Scherer, etc. Je suis bien aise cependant d'avoir eu à nommer M. Renan pour en prendre occasion de rappeler que c'est par un article sur la Vie de Jésus que j'ai abordé pour la première fuis la critique religieuse. Je me féliciterai toujours d'avoir été un des premiers à rendre hommage à un livre qui, par la nouveauté hardie de l'exemple, par le talent de l'écrivain et par son succès éclatant, marquera une date dans l'histoire de l'esprit français *.

Les divers chapitres qui composent ces deux volumes ont été publiés sous forme d'articles, d'abord dans la Revue moderne, dirigée alors par M. Charles Dollfus, puis dans la Revue contemporaine de M. de Galonné.

1. Quant au sous-titre de ma première partie, V Hellénisme, il est clair que ce mot est pris là en un sens tout autre que dans le livre de M. Egger, l'Hellénisme en France, -2 vol. in-S°, 1S69, ouvrage de haute science, et du plus grand intérêt, un des plus intéressants ^a dit la Revue Critique) que l'histoire intellectuelle de notre pays ait depuis longtemps mis au jour, mais d'un intérêt qui est suriuut littéraire.

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Je remercie ces doux Revues d'avoir bien voulu les accueillir.

Ces articles ont paru aux daies suivantes : mai, juin, juillet, août, octobre 1867; février, avril, août 1868; août et septembre 1869.

Je demande la permission de rappeler ces dates, afin que si je m'étais rencontré dans certains développements avec les auteurs de quelques ouvrages publiés depuis et qui touchent aux mêmes sujets, on puisse reconnaître quand la priorité m'appartient.

Des Études qui ne paraissaient qu'en articles espacés de loin en loin, ne pouvaient prétendre à occuper les critiques ; cependant quelques amis de la libre pensée, M. Desonnaz, M. Beaussire, m'ont fait l'honneur de les signaler et de les recommander au public, et je leur en suis reconnaissant. Enfin M. Vacherot, dans son grand livre sur la Religion, 1869, en a analysé les premières parties avec une étendue et en même temps avec une complaisance dont j'ai été aussi touché et aussi fier que je devais l'être.

Maintenant, du côté du public, quel accueil puis-je espérer pour un ouvrage qui est à la fois d'un aspect assez sévère et d'une grande liberté? Beaucoup d'hommes aujourd'hui ont l'esprit assez ouvert à la critique, mais peu sont assez résolus pour suivre jusqu'au bout leur propre pensée. C'est sur-

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tout dans ce qu'on appelle le monde que l'indépendance philosophique est suspecte, et taxée à la fois de mauvais vouloir et de mauvais goût. On ne saurait trop redire cependant à ceux qui composent la sociésé des salons ou celle des académies, qu'avec celte peur ou ce dédain (il y a à la fois dans leurs sentiments de l'un et de l'autre), ils se condamnent à l'impuissance et perdent tout le fruit de la culture par laquelle ils pourraient être supérieurs au grand nombre. Une véritable aristocratie ne doit pas avoir pour objet de se distinguer de la foule, c'est-à-dire de s'isoler d'elle, mais de la conduire ; et pour conduire les autres, il faut savoir soi-même où l'on va. On ne gouverne les esprits que par la vérité, et on ne trouve la vérité qu'autant qu'on l'aime. Fermer les yeux quand elle se présente a peut-être fort grand air, mais ce n'est pas un signe de force. Les gens comme il faut n'en ont aucune dans la société d'aujourd'hui ; ils flottent à sa surface plutôt qu'ils ne marchent a sa tète, et ce n'est pas pour eux seulement que je le regrette, mais pour le mal que fait leur faiblesse. L'esprit français a exercé au xvme siècle un irrésistible ascendant, parce que toute la France n'avait alors qu'un même esprit, et que nul ne restait en arrière ; voilà les temps que je voudrais voir revenir. Je voudrais que dans le monde des conservateurs il s'élevât un talent puissant et sincère, qui ramenât la vie autour de lui. Ils ont,

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