Je crois devoir reproduire ici ia propliétie d'fsaïe
« Voyez, mon serviteur va prospérer ; il sera grandi, élevé, exalté bien haut. Autant les peuples s'étaient étonnés à son sujet, parce que son aspecc était misérable entre tous et qu'il faisait plus triste figure qu'aucun tils des hommes, autant ils vont être frappés d'admiration, et les rois se tairont respectueusement devant lui ; car ce
Je viens de rappeler le nom de Fils de l'homme, mais l'Oint s'appelait aussi en un autre sens Fils de
qu'ils n'avaient jamais onï dire, ils vont le voir, et tout ce qui n'était jamais venu à leurs oreilles, ils vont l'entendre. Qui a cru h ce que nous annoncions ? Et qui a compris l'œuvre de leliova ? Le voilà pourtant qui s'est élevé sous les yeux de lehova, comme un humble arbrisseau qui sort d'une terre aride. Rien de beau en lui ; nous l'avons vu, et nous n'avons rien trouvé à admirer. Il est méprisé et abandonné des hommes ; homme de douleurs, familier avec la souffrance, pareil à ceux dont on détourne la face, dédaigné et compté pour rien. Cependant c'est pour nous qu'il aétc frappé ; c'est pour notre compte qu'il a souffert ; et nous, nous croyions qu'il était battu et châiicpar la colère divine. Il a payé pour nos péchés ; il a reçu des coups pour nos injustices ; il a été puni pour notre salut, et la verge qui l'a meurtri a fait notre guérison. Nous nous étions tous égarés comme des brebis sans pasteur -, chacun de nous a erré dans sa voie, et lehova a rejeté sur lui tous nos crimes. Il a été mis en cause et maltraité, et il n'a pas ouvert la bouche ; il a été comme le mouton qu'on mène tuer, comme la brebis qui reste muette quand on la tond; sa bouche non plus ne s'est point ouverte. 11 a été livré à la condamnation et au châtiment parmi ses pareils ; qui a compris cela, quand il a été retranché de la terre des vivants et qu'il a souffert pour le crime de mon peuple ? Son tombeau a été parmi les méchants et les injustes, quand il est mort ; cependant il n'a pas commis de violence et il n'y a pas eu de fraude dans sa bouche. Il a plu h lehova de le briser ; il lui a porté une blessure mortelle. Mais, après qu'on a pris sa vie en expiation, il verra sa postérité, il prolongera ses jours, et par lui s'accomplira la volonté de lehova. Il verra chez lui de quoi être rassasié; le juste, mon serviteur, ramène le grand nombre à la justice par sa sagesse et prend sur lui leurs péchés. Je lui donnerai place parmi les puissants et il partagera le butin des forts, parce qu'il a livré sa vie à la mort, qu'il a été compté parmi les pécheurs, qu'il a porté à lui seul le péché de beaucoup et qu'il a payé pour eux. »
Plus je relis cette page si originale^ plus il me paraît que la meilleure explication qu'on puisse en donner est la plus simple et la plus unie. Je ne crois donc pas, après nouvelles et mûres réflexions, qu'elle contienne l'idée intéressante, mais raffinée et peu naturelle, qu'Israël a souffert pour les péchés des autres peuples. Non, Israël a souffert pour les péchés des fils disraël, et, en les expiant, il les a
Dieu; car l'Oint des Psaumes, c'est-à-dire le roi d'Israël, est dit fils de lehova, comme les rois d'Homère sont diis nis de Zeus {Ps., n, 7, etc.). Cela a suffi pour que le titre de Fils de Dieu soit resté attaché à celui de Christ.
Enfin le lihérateur d'Israël glorifié dans les livres prophétiques y est appelé rejeton ou fils de David i. Cela signifiait simplement que, tandis que les Juifs avaient eu si longtemps pour maîtres des étrangers, des gentils, désormais ils auraient dans les Asmonées des rois Juifs comme eux. Des fils de David, cela veut dire des Juifs, comme des fils de Cadmos, cela veut dire des Théhains dans Sophocle. L'Oint est donc fils de David ; on verra ce qu'on a fait de cette idée.
Tout ce que je viens de dire jusqu'ici constitue une christologie qui n'est pas plus celle de Paul que de tout autre ; c'est celle des trois premiers évangiles ; christologie toute populaire, où il n'entre que des idées sensibles et accessibles à tous. Elle ne pouvait suffire à un esprit curieux, raisonneur, nourri d'une théologie savante et subtile. Le caractère dominant de la christologie de Paul est d'effacer la personne du Christ, pour ne laisser paraître que l'œuvre dont il est
effacés et rachetés, de sorte que ses souffrances mêmes en ont fait un peuple meilleur et plus heureux.
La ligne que j'ai rendue ainsi : et qu'il a sou/f'ert pour le crime de mon peuple, porte littéralement dans le texte : et qu'ils ont souffert, etc. L'écrivain laisse voir par là que ce serviteur de lehova, dont il parle au singulier en le personnifiant, c'est réellement tout un peuple.