‹ Le Christianisme et ses origines (volume 3)Chapitre 28 sur 107 · Jérém., xxiii, 5, etc. ; haïe, xi, 1, etc · texte numérisé non relu

Jérém., xxiii, 5, etc. ; haïe, xi, 1, etc

l'instrument, œuvre grandiose, qui n'est autre chose que la transformation de l'Iiimianité et du monde par une sorte de création nouvelle. Cet avenir s'ouvrira par la résurrection des morts. L'idée d'une résurrection future des morts était déjà accréditée chez les Juifs, et faisait partie des croyances populaires. Il était naturel de l'associer à celle du Christ ; qui mieux que ce personnage extraordinaire et descendu du ciel pouvait être chargé de cette œuvre extraordinaire ? Le Christ, suivant Paul, a été marqué de toute éterniti' pour l'accomplir. Préparée avant les temps, mais jusqu'ici couverte de mystère, la sagesse divine se fera ainsi reconnaître (I Cor.^ w, 7). Celui qui n'était qu'un fils de David « selon la chair » sera manifesté alors avec éclat Fils de Dieu « selon l'Esprit Saint » (/?om., i, 3-4). « Christ s'est relevé d'entre les morts, prémice de ceux qui sont endormis (on me pardonnera de laisser le mot de 'prémice au singulier comme en grec)... Alors la fin, quand il aura rendu à son Dieu et son père sa royauté ; quand il aura détruit tout empire, toute domination, toute puissance ; car il doit régner jusqu'à ce que tous ses ennemis aient été mis sous ses pieds (P^., ex, 2) : Le dernier ennemi détruit^ cesl la mort ^ »

Ceux qui lisent saint Paul pour la première fois.

1. Première épître à ceux de Corinthe, xv, 20-26. — Paul ne dit pas toujours le Clirist, mais aussi Christ, sans article, comme un nom propre. Il dit même Ôeô; sans article. C'est probablement un hébraîsme, remploi de l'article n'étant pas le même en hébreu qu'en grec.

LA UESUUREGTION. — PAUL. 111

après avoir lu les évangiles, se sentent tout dépaysés devant cefte manière nouvelle de concevoir le Christ. Les évangiles ne sont occupés que de la personne de Jésus^ de ses actes et de ses discours ; ils s'en pénètrent, ils en vivent ; rien ne les en distrait, pas même la promesse de la fin des siècles et de l'avènement du royaume céleste. Au contraire, ce qui avant tout intéresse Paul dans le Christ, ce n'est ni sa personne, qu'il n'a pas connue, ni ce qu'il a dit ou fait dans sa vie terrestre, dont il ne parle jamais ; c'est seulement que le Christ, par sa mort, a donné le signal de la catastrophe qui va faire disparaître ce monde. Paul voit de ses yeux, comme présente, la destruction de toute puissance, c'est-à-dire l'écroulement de l'empire romain, et, après que celui-ci aura péri, périra aussi le dernier ennemi^ c'est-à-dire la mort, expression vraiment superbe. Tout cehi est enveloppé, si on veut, dans les croyances des auteurs des évangiles, mais si enveloppé qu'on l'y voit à peine, et surtout qu'on ne ly sent pas ; l'esprit des évangélistes n'a pas de ces horizons.

Je ne saurais trop insister sur cette idée de la résurrection prochaine des morts et de son importance dans la christoiogie de Paul. Elle est inséparable pour lui de celle de l'avènement du Christ et elle en est, j'ose le dire, la raison unique. Jésus sans doute croyait à la résurrection des morts, comme tous les Juifs pieux de cette époque ; mais, d'après les évangiles, il en parlait peu et, si je ne me trompe, ils n'en font mention qu'une fois, à propos de l'objection qu'on

prétendait tirer contre cette croyance du cas de la femme mariée aux sept frères [Marc, xiif 18, etc.). Paul au contraire ne pense qu'à cela, pour ainsi dire ; il n'a affaire du Christ et de la résurrection du Christ que pour qu'il ressuscite les morts à sa suite : « Il sera reconnu Fils de Dieu par la résurrection des morts {Ro?n., i, 4). » Il y avait cependant des homnii-s dans ses églises mêmes, parmi vous, dit Paul (èv û\v.'/, I Cor., XV, 12), qui ne croyaient pas à la résurrection des morts. Il faut supposer sans doute qu'ils croyaient néanmoins à celle de Jésus ; autrement, puisque Jésus était mort sans faire œuvre de Christ, croire au Christ sans le croire ressuscité aurait été ne rien croire. Ceux-là donc imaginaient apparemment que Jésus seul était ressuscité et monté au ciel, et qu'il descendrait du ciel un jour pour affranchir Israël par un miracle et établir le règne de Dieu. Paul trouvait cette doctrine mesquine, et en môme temps inconséquente ; si l'on ne croit pas que les morts ressuscitent, pourquoi croirait-on que Jésus lui-même est ressuscité ? Et si l'on ne croit pas cela, que reste-t-il ? « Si Christ n'est pas ressuscité, vaine est ma prédication, vaine est votre foi... Yous restez dans vos péchés, et pour ceux qui sont morts en Christ tout est fini. Si nous n'avions mis notre espoir en Christ que pour cette vie, nous serions à plaindre par-dessus tous les hommes. » Ainsi Paul veut qu'on croie à la résurrection de Jésus, non pas parce que ce fait extraordinaire est constaté directement en lui-même, mais parce que c'est une croyance dont il a besoin. C'est à peu près la

démonstration de la comédie : « Et quand il ne le serait pas, d faudrait qu'il le devînt, pour la beauté des choses que vous avez dites et la justesse du raisonnement que vous avez fait i. »

Non seulement Paul promet aux siens la résurrection, mais encore il la promet comme toute prochaine ; c'est demain qu'elle va se faire. Il en sait les circonstances ; il en sait le moment précis : « On me dira : Comment est-ce que les morts s'éveillent, et avec quel corps vont-ils revenir?... Il y a des corps célestes et des corps terrestres ; mais autre est la gloire (l'éclat) de ceux du ciel, autre de ceux de la terre... Ainsi sera le relèvement des morts. Ce qui est enterré dans la corruption se réveille dans l'incorruption... S'il y a un corps animal, il y en a aussi un spirituel. Et c'est ainsi qu'il est écrit : « Le premier homme ou Adam fut fait en animal vivant (on sait qu'Adam, en hébreu, veut dire homme). Le dernier Adam est fait en esprit vivifiant (ce dernier Adam, c'est le Christ)... Voici un mystère que je vous annonce : Nous ne serons pas tous endormis (c'est-àdire nous ne mourrons pas tous), mais nous serons tous transfigurés. En un instant, en un clin d'œil, au dernier son de la trompette, en même temps que la trompette sonnera, les morts se réveilleront incorruptibles, et nous, nous serons transfigurés. Car il faut que cette matière corruptible revête l'incorruption et que cette substance mortelle revête l'immortalité... Alors s'accomplira la parole qui a été écrite :

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