Voir tome III, page
3. Le secte dite des Elcliasaïtes avait un Esprit saint féminin, sans qu'il soit dit que cet Esprit fût mère de Jésus ; mais cette secte n'a commencé à paraître qu'au commencement du III'' siècle {Philosophumena, IX, 13). VÉvangile selon les Hébreux n'était peut-être guère plus ancien.
le judaïsme, elle n'en a pas moins une racine juive, puisque l'idée du Clirist est une idée juive ; elle ne pouvait s'adresser qu'aux judaïsants et il en est de même de sa prédication tout entière. Cette prédication peut être définie : le judaïsme se transformant luimême et sortant de lui-même ; et c'est la définition du chiistianisme. Ce judaïsme qui se renonce et sarrache à soi est un des aspects principaux, et non pas le moins curieux, des quatre Épîtres. Cela aurait suffi, je l'ai dit déjà, à les rendre absolument inintelligibles et absolument indifférentes à un Grec ou à un Latin non « judaïsant « à qui on les aurait présentées. Et cela les rend encore fatigantes à, bien des chrétiens d'aujourd'hui, mais on ne peut méconnaître l'intérêt historique de cette élude. Paul était au plus haut degré ce que le troisième évangile appelle un homme de la Loi (vc;j//,5ç), et c'est Paul qui a rompu avec la Loi. Voici comment cela s'est produit.
Ce ne sont pas d'abord les hommes du Christ qui ont rejeté la Loi ; c'est la Loi, je veux dire les pouvoirs établis par elle, qui ont repoussé et poursuivi les hommes du Christ. Paul avait, contre ceux de Damas, une commission du grand prêtre {Act., ix, 2). Les chrétiens étaient donc condamnés à sortir de la Loi tôt ou tard.
Mais il est certain que, déjà avant le christianisme et avant Jésus, la Loi avait perdu, au moins chez les Juifs de pays grec, de son autorité morale. Cela était résulté de l'aftluence même des judaïsants. Il y avait des Juifs dans toutes les parties du monde romain, et
autour des Juifs des judaïsants, c'est-à-dire des hommes qui avaient adopté les croyances et les sentiments des Juifs, mais sans se soumettre aux exigences de la Loi. Ils se refusaient d'abord à la circoncision, la plus gênante de toutes, et celle qui les ciurait le plus séparés du reste des hommes ; ils ne s'astreignaient pas à observer les règles du sabbat, ou les prescriptions sur les fêtes, etc. Le dieu d'Israël avait ainsi à son service, outre l'armée des Juifs, qui occupait des postes partout en pays grec, une autre armée d'auxiliaires, qui grossissait beaucoup la première et ajoutait considérablement à sa force. Mais cette extension même avait pour le judaïsme son danger. Les Juifs du monde hellénique, entourés d'hommes qui leur étaient unis par l'esprit, et qui en même temps se dispensaient de leurs observances, pouvaient être entraînés eux-mêmes, pour peu qu'ils fussent enclins à la critique et au doute, à attacher moins de prix à ces observances et à s'en dispenser à leur tour. Et c'est ce qui arrivait en effet. Il y avait <les Juifs, Philon d'Alexandrie nous l'atteste ^ qui faisaient bon marché de toutes ces pratiques légales, à commencer par la circoncision : il est à croire que, par le seul progrès du temps, ces hommes seraient devenus de jour en jour plus nombreux. Mais la foi au Christ imprima en ce sens aux esprits un élan difficile à contenir, surtout quand un génie hardi leur eut ouvert de si larges voies.