c'est la vraie leçon, et non : « pour les sauver tous
premier, s'y perd lui-même; mais le sentiment qiril a de l'impossibilité où il est de débrouiller ses idées lui arrache un cri mille et mille fois répété après lui : « 0 profondeur des dons de Dieu, de sa sagesse et de son intelligence ! Combien sont impénétrables ses jugements, et combien il est impossible de suivre la trace de ses voies ! Car qui a compris la pensée de Dieu, ou qui est entré dans ses conseils ? Ou qui esi-ce qui lui a fait une avance, et peut exiger de lui du retour? Tout vient de lui, tout est par lui, tout va à lui; à lui la gloire à jamais. Amen. » Ces paroles sont devenues un lieu commun qui traîne partout dans la prédication religieuse, et qui y paraît froid et mort comme tout lieu commun, et principalement tout lieu commun qui est en dehors de la raison ; mais dans Paul luimême elles nous touchent, parce que nous y sentons à la fois le trouble profond que lui cause sa sépalation d'avec ses frères, et l'apaisement qu'il obtient, au prix des plus laborieuses sublililés, par la pensée que le jour viendra bientôt où Dieu lui-même et le Christ vont les lui rendre.
Tout ce qui vient d'être développé des idées de Paul est certainement tout à fait en dehors de la raison et de la nature; cependant le surnaturel n'y paraît encore qu'à distance. L'heure en est prochaine, elle n'est pas venue, ou du moins il n'y a jusqu'ici qu'un seul miracle présent. Il est vrai qu'il est énorme: c'est la résurrection du Christ lui-même; mais il est unique et on le croit sans l'avoir vu. A ce point de vue, les Épîtres diffèrent sensiblement des récits des
i60 LE CHRISTIANISME ET SES ORIGINES.
évangiles, où le miracle est chose de tous les jours : il ne semble pas que pour Paul il fût aussi familier. Pourtant, en y regardant de près, on voit que Paul croyait à certains phénomènes singuliers comme à des faits habituels. Il dit positivement à ceux à qui ses Lettres sont adressées que l'Esprit opère en eux des « vertus » [Gai., m, 5) ; c'est le mot des évangiles ; que les « vertus», les « opérations des vertus» sont un des dons de Dieu à ses Églises. (I Cor.,\n^ 10, 28-20.) 11 indique en particulier parmi ces dons « les grâces des guérisons ». {Ibid., 9). De plus, en parlant de lui-même, il déclare expressément et à deux fois que sa mission s'est manifestée par « des signes, des prodiges et des vertus» (11 Co;'., xu, 12 eiJîom., xv, 19). Mais cela est dit en deux mots, sans indication d'aucun fait particulier, sans môme que rien nous apprenne en quoi pouvaient consister ces signes, ces prodiges et ces vertus. Là encore, comme au chapitre des apparitions de Jésus, le miracle semble reculer devant nous, et notre curiosité le poursuit sans le saisir. Il y a même un verset célèbre : « Les Juifs demandent des signes et les Grecs cherchent de la sagesse ; et moi, je prêche Christ mis en croix (I Cor., i, 22), » qui semble témoigner que le merveilleux ne tenait pas une grande place dans les moyens par lesquels Paul agissait sur les esprits. On doit remarquer qu'il n'est jamais question dans ses Épîtres du don de chasser les démons. Il parle bien, on l'a vu, des « grâces des guérisons », mais sans que rien marque qu'il attribue à des démons les maladies. Paul, cependant,
LA RÉSURRECTION. — PAUL. IGl
croit aux démons, comme on le verra par un passage auquel je reviendrai plus tard (I Cor., x, 20). Il croit avant tout à Satanas, ce génie du mal, inconnu du judaïsme primitif, et qui n'est évidemment que l'Ahriman du mazdéisme. Il est vrai que Satanas n'est pas tout à fait au niveau de Dieu : celui-ci, sous le nom de lehova, avait régné seul trop longtemps pour supporter un égal. Satanas est seulement un ange des ténèbres: cette expression même n'est pas dans Paul, mais elle est supposée par le verset où il est dit que Satanas sait se transformer en ange de lumière {Il Cor., xi, 14). Il n'en est pas moins le rival de Dieu et son adversaire, sauf peut-être à être détruit à la fin du monde, comme le dit V Apocalypse; mais Paul ne parle pas de cet avenir, Paul le représente à la fois comme un malfaiteur qui nous tue (I Cor., VI, 5) et comme un tentateur qui nous fait pécher. {Ibid., vin, 5 et II Cor., ii, H.) Lui-même, affligé d'un mal qui l'humilie, qu'il appelle une épine dans sa chair, et sur lequel on a fait bien des suppositions, il dit que c'est « un ange de Satanas qui tape sur lui ». (II Cor., xii, 7.) Paul parle assez souvent des Anges, mais il ne dit pas qu'il ait jamais eu affaire à eux.
Mais, en fait de surnaturel, il n'y a rien dans ses Lettres d'aussi remarquable que le témoignage que voici (II Co?\ , xn, 2) : «Je sais un homme, de ceux qui sont à Christ, qui, il y a quatorze ans (était-ce en de-