‹ Le Christianisme et ses origines (volume 3)Chapitre 36 sur 107 · IV. i · texte numérisé non relu

IV. i

hors de son corps? je ne sais, Dieu le sait), fut enlevé (celui dont je parle) jusqu'au troisième ciel. Et je sais que celui dont je parle (était-ce en son corps ou en'deliors de son corps ?je^ne sais, Dieu le sait), fut enlevé au paradisos, et y entendit des dires, qu'on ne peut dire (apprêta pT^ixaxa), qu'il n'est pas permis à un homme de répéter. S'il s'agit de celui dont je parle, j'ai de quoi triompher; mais, s'il s'agit de moi, je ne veux triompher que de mes faiblesses. Je pourrais triompher sans être déraisonnable, car je ne dirais que la vérité; mais je m'abstiens... » — On ne peut douter que tout cela ne se rapporte à lui-même.

Maintenant, qu'est-ce que le troisième ciel? on ne sait. Quant an paradisos, c'est, à ce qu'il paraît, un mot d'origine indienne, qui a passé sans être traduit en hébreu et en grec. Xénophon appelle ainsi les parcs de plaisance des rois de Perse [Cip\^ I, ni, 14), et le livre de Néhémie l'emploie dans le même sens. Ici, c'est évidemment un jardin céleste; nous en avons fait le « paradis » '.

Mais je ne connais pas de texte qui montre d'une manière plus frappante comment le merveilleux s'évanouit dès qu'on le touche. Yoilà une aventure à laquelle Paul tient beaucoup ; elle est son orgueil et il l'oppose ù des mépris qu'il repousse. Il ne saurait donc trop faire pour l'établir et pour la mettre en pleine lumière.

1. iVeVi., ir, 8 ; voir aussi Ecclés., ii, 5, et Cant., iv, 13. Les Septante nomment ainsi le jardin d'Éden ou de volupté où était Adam ; mais là le mot n'est pas dans le texte {Gen., ii, 8).

Le mot se retrouve en ce sens dans Luc, xxiii, 43, et Apocal.,

Et pourtant que dit-il? « Qu'il ne sait pas s'il a été enlevé dans son corps ou sans son corps. » Il ne peut pas dire plus clairement qu'il a imaginé, qu'il a rêvé, et que ça été une pure illusion, sans réalité aucune. Le fait est qu'il n'y a jamais eu de miracles historiques que des miracles comme celui-là. Si Jeanne d'Arc avait été, je ne dirai pas aussi sincère, elle l'était sans doute tout autant, mais aussi capable d'analyse, elle se serait probablement exprimée comme Paul en parlant de ses visions; elle aurait dit : «J'ai vu saint Michel; était-ce avec mes yeux ou autrement? je ne sais. »

Parmi les dons extraordinaires que Paul si^^nale comme étant répandus parmi les fidèles, il faut signaler celui des glosses, qui est une des plus grandes singularités du christianisme primitif. Le mot grec qui répond à langue (YA«77a), indépendamment des deux sens du mot français, en a encore un troisième. Lorsque, dans le discours, on mêlait à la langue ordinaire des termes empruntés à celle d'un autre temps ou d'une autre locahté, ces termes s'appelaient des langages : je franciserai simplement le mot grec eu disant des glosses K Quand La Fontaine dit, par exemple : < Vost au peuple bêlant » {Fables, XII, 9), il emploie une glosse (voir aussi XI, 3). Il y a donc des glosses même en français : il y en a bien davantage en grec, parce que les Grecs avaient des monuments littéraires de tout dialecte et de toute époque, qui étaient comme des trésors où les glosses pouvaient être puisées en

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