‹ Le Christianisme et ses origines (volume 3)Chapitre 49 sur 107 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

C'est peu (le temps après que Paul avait disparu de l'histoire qu'eut lieu à Rome, en l'an 64, cette grande tuerie de chrétiens qui se remarque au milieu des cruautés de Néron. Le passage sur la soumission au pouvoir, dans l'Épître à l'Église de Rome, nous avertit que cette Église était suspecte à ce point de vue, et l'on n'en est pas étonné. Partout « la bonne nouvelle » s'était surtout répandue parmi ceux d'en bas. J'ai cité déjà les paroles de Paul à l'Église de Corinthe (I, I, 26) : « Dieu a choisi ce qu'il y a dans le monde de mal né, de compté pour rien, de néant... » ; c'était une foule déjà turbulente à Corinthe, je le suppose, mais qui devait l'être bien autrement au milieu de la grande populace de Rome. Comme Suétone raconte que « les Juifs, remués par Chrestus, excitant des troubles continuels, Claude les chassa de Rome » [Claude, 25), on a supposé, non sans vraisemblance, que ce prétendu Chfestus est le Christ, et que les Juifs payèrent ce jour-là pour les chrétiens, avec qui on les confondait encore. Si cela est, les Juifs durent commencer dès lors à protester contre cette méprise, et à faire reconnaître les hommes de Christ comme une bande à part, qu'ils étaient les premiers à condamner. C'est au milieu de cet état des esprits que surviut sous

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Néron, en 64, l'épouvantable incendie de Rome. La population exaspérée cherchait à qui s'en prendre de ses désastres, et Néron avait amassé déjà assez de haines pour qu'on pensât tout d'abord à l'empereur ; il fallait détourner sur d'autres la fureur publique. Vingt ans plus tôt, c'aurait été sur les Juifs; mais les Juifs avaient si bien fait, qu'ils avaient maintenant à Rome des protecteurs. Leurs rois, les Ilérodes, depuis Caligula, étaient en faveur à la cour; Poppée elle-même judaisait et leur accordait son appui. Ce furent les chrétiens qu'on choisit pour victimes expiatoires. Ils avaient du brûler Rome, puisqu'on savait bien qu'ils la détestaient; car cette haine du genre humain, ou plutôt de l'empire des gentils, qu'on reprochait aux Juifs depuis longtemps i, les chrétiens la ressentaient plus violemment encore ; c'est le crime, comme dit Tacite, dont ils étaient convaincus^, elle plus grand nombre d'entre eux étaient d'ailleurs des misérables, qu'on pouvait regarder comme n'ayant rien à perdre à l'incendie. Enfin, brûler Rome était ce qu'on soupçonnait tout d'aburd chez ceux qu"on regardait comme des ennemis publics; c'est ce qu'on avait imputé à Catilina et aux siens. Ici, le mieux est de citer Tacite lui-même : « Néron fit souffrir les tortures les plus raffinées à une classe d'hommes délestés pour leurs abominations et que le vulgaire appelait chrétiens [christiauos). Ce nom leur vient de Christ, qui, sous Tibère, fut livré au supplice par le procurateur

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