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Orelli, 911, etc

Tertullien ne parle pas, et qui est encore plus considérable.

On sait que les Évangiles n'indiquent pas (et ils l'ignoraient sans doute) l'époque de l'année où naquit Jésus. Le récit de Luc seulement suppose qu'il est né dans une saison où les troupeaux et les bergers pouvaient passer la nuit dans les champs^ ce qui ne s'accorde pas, a-t-on dit, avec la tradition, qui place cette naissance au solstice d'hiver. D'où cette tradition estelle venue? Un passage curieux du pape Léon, celui qu'on appelle saint Léon, nous le fait connaître [Serm. xxii,6). « Restez fermes dans la foi dans laquelle vous avez été établis, de peur que le tentateur, de Tempire de qui le Christ vous a délivrés, ne vous abuse de nouveau par ses séductions, et ne corrompe par ses manœuvres perfides les joies mêmes de cette fête, faisant entrer dans les âmes simples la croyance pernicieuse de certains esprits, qui s'imaginent devoir célébrer clans la solennité de ce jow\ 7ion pas tant la naissance du Christ, que le lever, comme ils disent, d'un soleil nouveau. » Ceux dont il parle sont ceux qu'on appelait manichéens, du hom de Manès. Manès avait vécu chez les Perses, et c'est ainsi sans doute qu'il a donné à ces idées orientales un si grand développement ; mais il n'a pu le faire que parce qu'elles étaient dans le christianisme avant lui. Il faut qu'elles y fussent entrées bien profondément pour qu'au milieu du v- siècle, un évêque de Rome reconnût que, dans son église même, beaucoup croyaient que la fête de Noël était la fête du soleil renaissant au

lendemain du solstice d'hiver. On peut en conclure hardiment que c'est bien en réalité la fête du Soleil dont l'Église a fait celle du Christ, c'est-à-dire que le Christ s'était identifié avec le Soleil.

Quand on est entré une fois dans cet ordre d'idées, on ne peut qu'être frappé d'un passage de Macrobe, où il est paiié d'images du soleil qui le représentent sous figure humaine, mais à divers âges : « Il est tout petit au solstice d'hiver, et voilà comme les Égyptiens le montrent à une date fixée, où ils le tirent de son sanctuaire, parce que, le jour étant alors le plus court possible, ils veulent quïl paraisse tout enfant et à la mamelle [Satiirn., i, 18).» Ainsi les adorateurs du Soleil ont eu avant les chrétiens leur hamhino^ comme disent les Italiens.

La résurrection du Christ, placée à la pleine lune qui suitl'équinoxe, est, comme la Nativité, une date astronomique, mais on pourrait croire que ce n'est là qu'un pur hasard. Il n'est pas douteux que la Pâque juive ne soit la fête de l'équinoxe du printemps, qui marque la renaissance de la nature ; mais, si Jésus a été mis à mort à l'époque de la Pàque juive, et si on suppose qu'il est ressuscité presque aussitôt, il est tout simple et inévitable que la fête de sa résurrection se place à ce moment de l'année. Maintenant Jésus est-il mort en effet pendant la Pàque juive ? Les auteurs des Évangiles le disent, mais faut-il les croire? 11 suffirait pour en douter de fembarras qu'ils ont éprouvé à faire en etîet coïncider le supplice de Jésus avec la fête. Les trois premiers sont obligés de sup-

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poser que les Juifs l'ont fait juger et exécuter pendant le jour sacré, ce qui paraît bien invraisemblable, et le quatrième, pour éviter cet inconvénient, se met en contradiction formelle avec les autres. Je suis donc porté à croire que Jésus a été rais en croix à un jour quelconque, dont on ne faisait pas de commémoration dans les premiers temps, mais qu'un a célébré sa résurrection au jour où on fêtait la résurrection véritable et éternelle. Et c'est d'après cette date qu'on aura fixé plus tard celle de sa mort.

On allègue cependant un passage de Paul où le sacrifice du Christ est assimilé à celui de la Pâque ; mais citons le texte même (I Coi\ v, 7). Paul vient de faire aux frères de Corinthe des reproches sévères, au sujet d'un grand scandale qui s'est produit parmi eux; il leur enjoint de chasser le pécheur et il ajoute : (( Il n'est pas bon d'être si contents devons. Ne savezvous pas qu'un peu de levain aigrit toute la pâte ? Otez donc le vieux levain, afin que vous soyez une pâte nouvelle et pure et sans levain, comme vous êtes sans levain. Car notre pâque, qui a été sacrifiée pour nous, est le Christ. Festinons donc, non avec le vieux levain, le levain de la malice et du péché, mais avec les pains sans levain (les azymes) de l'innocence et de la justice... « L'idée de la pâque n'est évidemment amenée ici que parcelle du pain azyme, et cela n'implique nullement que, dans la pensée de Paul, la mort du Christ ait eu lieu à la grande fête des Juifs, mais seulement que cette mort ne doit pas être célébrée moins purement que la Pâque. Et les chrétiens le

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célébraient chaque fois qu'ils se réunissaient pour manger ensemble i.

Il est impossible d'ailleurs, quand on lit roffice de la fête chrétienne de Pâques, de ne pas être frappé de certains détails qui montrent assez qu'elle a été la fête du printemps. On y tire d'un caillou un feu nouveau, et avec ce feu on allume ce qu'on appelle le cierge pascal ; on demande à Dieu, créateur de toute lumière, de bénir cette lumière nouvelle. On crie : (( Lumière du Christ [lumen Christi) ! » On invite la terre à se réjouir de voir dissipées « les ténèbres qui enveloppaient l'univers » [totius orhis sentiat se amisisse caliginem). On célèbre ce cierge, symbole de lumière, et le mot de lumière revient, pour ainsi dire, à chaque phrase dans ces prières prononcées avant la première messe du samedi saint.

Un passage deXactance (vu, 19) montre que de son temps on croyait que le jour de la résurrection du Christ serait aussi le jour de la résurrection universelle, et je vois là encore la trace des idées qui s'attachaient origmairement à ce jour. Au milieu de la nuit, au moment où on supposait que le Christ était sorti du tombeau, la vie devait prendre possession de la terre à tout, jamais, pour ne plus s'éteindre. Aussi était-ce la nuit qu'on célébrait cet office, et non le jour, comme on le fait de notre temps.

Maintenant on sait que, parmi les constellations que les anciens appelaient les signes du zodiaque, le Bé-

1. Sacy n'a pas manqué de traduire t6 7râ(3-/.a par Vagneau pascal, mais il n'est pas question d'agneau dans le texte.

lier était celui de l'équinoxe du printemps, parce que le soleil paraissait y entrer à l'époque de l'équinoxe.

VAstronomico?i d'Hygin (cli. 20) dit que Jupiter a placé dans le ciel le Bélier « pour y présider à la renaissance de tous les êtres, qui s'accomplit au printemps, et pour y tenir le premier rang parmi les douze signes. » Un passage d'iamblique ^ dit qu'on figurait le soleil, suivant les saisons, sous la forme des divers signes du zodiaque dans lesquels il entrait successivement. Si cela était, on devait le figurer en bélier quand on célébrait la fête du printemps ou de la résurrection. Cela permet de présumer, comme l'a fait Dupuis dans ÏO?igme de tous les cultes, que le Bélier ou l'Agneau, c'est le Soleil. Le Soleil et le Christ sont donc encore confondus dans celte image.

Je dis le Bélier ou l'Agneau, car c'est la même chose. Le mot xp^miq signifie bélier^ dans Homère. L'hébreu car, qu'on traduit par agneau, est aussi le nom de la machine de guerre que les Grecs et les Latins appelaient bélier. Anquetil témoigne que le signe du Zodiaque s'appelait l'Agneau chez les Perses. En latin même, il y a un vers de Martial (X, 51) où il dit l'agneau de Phryxus pour le bélier de Phryxus. D'ailleurs TAgneau de V Apocalypse, qui a sept cornes, est bien un bélier, quoique ce soit un bélier mythologique. Et j'apprends, par VIconographie chrétienne de Didron (p. 308), que, dans la cathédrale de Troyes, il existe une représentation de l'Agneau-Christ,

1. Hes mystères, VII, 3, p. 253 de réditioii de Panhey, 1857.

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portant la croix, figuré en bélier, avec les deux cornes ordinaires ^

Dans la description que nous fait Porphyre de certaines représentations qui se rapportaient au culte de Mithra -, on trouve cette expression singulière : « Il porte l'épée du Bélier, le signe d'Ares (ou de Mars). » De quelque manière qu'on l'explique, elle montre que l'idée du Bélier était associée à celle de Mithra. Dans les monuments figurés du culte mithriaqiie, le dieu porte en effet une épée à deux tranchants.

Mais l'image de l'Agneau égorgé (v, 6) nous conduit à un autre rapprochement. Il résulte d'un texte formel d'Épiphane (li, 33, p. 456) que V Apocalypsr est écrite sous des influences phrygiennes, et que c'est un esprit phrygien qui est représenté (par voie de prophétie, dit Épiphane) dans ce qui y est dit de l'église de Thyatires. Or la Phrygie était le théâtre du culte de la grande Déesse, et c'est à ce culte qu'appartenait l'étrange purification par laquelle on croyait à cette époque s'assurer la résurrection et une vie éternelle. Prudence nous a décrit (x, lOH) le tauroboliiim, où un pontife recevait goutte à goutte sur son corps et sur ses habits le sang d'un taureau. La même cérémonie se faisait avec un bélier ; c'était le criobolium, on arrivait également par l'une et l'autre à la seconde vie ^. Ainsi les uns se croyaient rachetés

1. « Cette sculptui'e orne une clef de voûte placée à douze mètres du sol dans une chapelle du latéral méridional. » Note de Didron.

2. De l'antre des Nymphes, 24, à la suite de l'Élien de la collection des auteurs grecs de Firmin Didot.

'^. Taurobolio crioholioque in œternum renalus. Orelli, 2352.

par le sang du Bélier, les autres par le sang du Christ : les deux imaginations se sont aisément rapprochées et l'agneau de la Pàque juive aura aidé à cette assimilation.

Il est question, au verset vu, 14 de V Apocalypse^ d'une assemblée de purs ou de saints qui portent des robes blanches, et dont il est dit « qu'ils ont lavé et blanchi leurs robes daus le sang de l'Agneau ». Celte métaphore assez bizarre pourrait se rattacher à la cérémonie du crio'bolium, si on suppose qu'au sortir de son bain de sang, le prêtre purifié revêtait une robe blanche.

Et c'est peut-être pour protester contre ces associations de deux religions diverses qu'à la fin du vu" siècle, un concile de Constantinople (lequel d'ailleurs n"a pas été obéi) défendit de représenter désormais le Christ sous la vieille image de l'Agneau *.

J'ai dû m'étendre longuement sur l'Agneau ; je serai court sur le Dragon. Il suffit d'un mot; le dragon ou serpent est l'Ahriman du mazdéisme -.

Dans ce poème de la défaite de l'Esprit du mal auquel aboutit VApocali/pse, il y a un curieux épisode, celui du règne des mille ans. Ce n'est pas le seul exemple, mais c'est un des exemples les plus frappants de la liberté que les églises prennent quelquefois avec leurs textes sacrçs. Prêter serment est regardé aujourd'hui comme un acte de christianisme, et cependant Jésus dit positivement, dans le discours

l.DiDRox, Iconographie chrétienne, 1843, page 314.

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