CHAPITRE II
J'ai établi, dans la Critique des récits sur la vie de Jésus, que, suivant toute apparence, il n'a jamais prétendu être le Christ; je n'oserais pas soutenir que, même de son vivant, personne n'ait jamais pensé qu'il pût l'être, et que ce nom n'ait pas été quelquefois murmuré autour de lui. Quand l'attente d'un Christ était si universelle, il a dû se trouver, sur le passage d'un homme à la fois populaire et extraordinaire, des voix pour dire : a Le voilà ! » quoiqu'elles ne le disent pas bien haut sans doute. Mais c'est la secousse produite dans les imaginations et dans les cœurs par son supplice même qui, à un moment donné (nous ne pouvons dire quel fut ce moment), a fait tout à coup partir ce cri, de côté et d'autre, avec un retentissement surprenant.
On a vu depuis combien de temps déjà les Juifs attendaient un Oint ou Christ, c'est-à-dire un chef envoyé de Dieu, et croyaient même le voir paraître. Ces christs étaient d'abord des chefs militaires, des rois des Juifs: puis Judas de Galilée ajouta à ce caractère celui de dévot et de prophète, qu'il fit dominer. Jean
le Baptîstès fut un Christ non militaire, simplement inspiré et prophète.
Cependant des christs lues misérablement, comme Judas et surtout comme Jean, qui n'avait même pas pris les armes, ne ressemblaient guère aux christs guerriers et glorieux qu'on se figurait d*après les prophètes et d'après les psaumes. Mais l'imagination se plia à cette transformation , et y plia les prophéties elles-mêmes. Il y avait dans haïe un morceau qu'on peut appeler, je l'ai dit déjà, le tableau de la Passion d'Israël, où Israël est personnifié sous la figure d'un serviteur do lehova, que lehova aime entre tous^ et qu'il Uvre cependant aux plus rudes épreuves (lu, 13)*. Quand les Juifs se furent accoutumés à l'idée que leur Christ pouvait être malheureux, c'est au Christ qu'ils appliquèrent ce morceau fameux, et non plus à Israël. Cette disposition des esprits profita à la mémoire de Jésus. A qui pouvaient mieux s'appliquer, qu'au Galiléen mort d'un supplice cruel et infâme, ces images d'abjection et de douleur ?
Cependant il fallait bien que tout aboutit en définitive au règne du Christ et à la restauration d'Israël. Il n'y avait pour cela qu'une ressource, c'est que le Christ, après sa vie et sa mort misérables, ressuscitât pour entrer dans une autre vie toute glorieuse.
Cette solution semblait indiquée, quoique d'une manière assez vague, dans un verset même de ce morceau ù'Isaîe (lui, 10), Elle était surtout préparée par