Voici les textes d'après le manuscrit du Sinal
'Alla Oêov noLxçbç ^iiûv xai Kupîou 'lT}aov Xpiorov, tov Sôvtoç fautèv icEpl Tûv di&aptiûv ^(tûv.
'£v niffTet (û rç toO vlov toû Oeov tov àyaTDQffavTÔc (U xal icapad6v- TOC iavTÔv vicàp é|ioû.
On remarquera d'abord, quant au premier texte, que le.Sinaî donne Ttarpô; i^iiûv xaC KupCou, au lieu de icarpoc xal Kvpiou i^itûv. Cette différence parait insignifiante ; elle est au contraire considérable, rar elle permet de construire et de traduire, non plus : de Dieu notre père et de notre Seigneur, mais bien : De Dieu, père de nous et de notre Seigneur. Et cette construction est confirmée par deux autres versets de Paul, où elle est la seule possible. (II. Cor,, xi, 81 et Rom. y XV, 6.)
II est donc an moins douteux que Paul ait conçu le Christ comme s'étant offert lui-même, par amour pour les hommes, à les racheter par sa mort.
Un verset de TÉpître à ceux de Rome (ii, 16) appelle l'attention : « Au jour où Dieu jugera les pensées cachées des hommes, suivant ma prédication, par Tentremise de Jésus lé Christ ^.. » Cela parait indiquer que Paul est le premier qui s'est représenté, le Christ comme devant tenir ces grandes assises au nom de son Père. Le Christ lui-même^ selon la pensée de Paul, devait avoir pour assesseurs ses Fidèles, lesquels devaient juger avec lui non seulement les hommes, mais même les anges, sans que nous soyons d'ailleurs renseignés nulle part sur ce qui regarde ces jugements des anges ^.
Il est à remarquer que, dans un verset de Paul {Rom,, XIV, 10), où il rappelle que lous, un jour, nous comparaîtrons devant le tribunal de Dieu^ tandis que tous
Si maintenant on écrit aOrov au lieu de ëauTov, on retrouve alors l'idée que c'est Dieu qui par amour pour nous a donné son Fils.
Mais on sait que le réfléchi iauT^v s'écrit aussi aOrôv et ne diffère alors du pronom simple que par la seule différence de Tesprit rude à Tesprit doux. Il en résulte qu'il n'y a rleo de plus facile et de plus fréquent que la confusion de ces deux formes, et qu'au témoignage des hellénistes, on est toujours en droit de rétablir l'une à la placis de l'autre par conjecture. — C'est ce que m'écrivait un jeune savant déjà célèbre, Charles Graux, mort aujourd'hui, que j'avais consulté à ce sujet.
Dans le second verset, on retrouve également ce sens en 8ubsli> tuant simplement aOrov à iauxôv.
1. « Suivant mon evaYYcXiov », c'est-à-dire suivant ma manière d'entendre et d'annoncer « la bonne nouvelle ».
2. I Cor.^ VI, 3. Quant au droit de juger donné aux Fidèles, voyez ApocaL, xz, 4,
les bons manuscrits donnent cette leçon, les manuscrits inférieurs y ont substitué celle-ci : le tribunal du Christ. Je me suis expliqué tout à Theure sur cette sorte d'infidélité. Dans un autre verset, au contraire (Il Cor., V. 10), tous les manuscrits donnent également le tribunal du Christ. Mais cette leçon est rendue suspecte par la variante de TÉpître à ceux de Rome, et Ton se demande si cela ne prouve pas seulement que nous lisons celle-ci d'après des sources plus anciennes et meilleures que celles qui nous ont conservé l'autre.
Mais ce qu'il y a de plus original dans la christologie cte Paul est ce que j'oserai appeler l'effacement final du Christ : « Il doit régner jusqu'à ce qu'il (Dieu) lui ait mis tous ses ennemis sous les pieds (P5., ex, 1). Le dernier ennemi détruit, c'est la mort. Car il (Dieu) a tout mis sous ses pieds et tout abaissé. Mais quand il (lit tout abaissé, il est clair que c'est en dehors de celui qui lui abaisse tout. Mais, quand tout aura été abaissé sous lui, alors le Fils lui-même s'abaissera sous celui qui lui a tout abaissé, afin que Dieu soit tout par rapport à tous (I Cor., xv, 25-28). » Que signifient ces paroles?
Je n'ai pas besoin de dire combien celui qui les a écrites est loin de ce qu'on a appelé depuis la Trinité, et combien étranger à l'idée que le Fils puisse être Dieu et égal au Père ; Paul est bien trop profondé ment Juif pour qu'une telle idée pût même approcher de son esprit. N'est-ce pas lui qui écrit eocore : « La tête de la femme, c'est l'homme ; la tête du Christ,
Lk RtSfTRRICTIOtf. — PABL. tSf
c'est Dieu ^! » Mais cda Taut à peine qu'on le remarque.
Ce qa*il faiil eonsklérer gurtout ici, e'e«t que^ dans la pensée de Paul, le règne du Christ ne doit durer qu'un temps, le temps de détruire les enneiais des Fidèles, y compris « le dernier ennemi ». Ensuite, il n'y a plus que Dieu qid règne, et qui désormais est tout à regard de tous, sans qu*il soit tenu compte d'aucun autre. L'honneur du Christ est d'être notre représentant et comme notre cheT de chœur dans le drame de la fin du monde présent. C'est ce que Paul exprime ailleurs en disant qu'il est « le premier-né dans la foule de ses frères b (Rom., vin, 29). Une fois l'œuvre accomplie, il n'y a plus de Christ, ou, si l'on veut, nous sommes tous des christs, car c'est ce que Paul semble dire encore : « Le Dieu qui nous assure en Christ et qui nous a faits christs » (xal x^^^^ ^V^ ^11 Cor. y I, 21) * . C'est encore ce que paraît vouloir dire le verset suivant [ibid., ni, 18) : « Tous, tant que nous sommes, en recevant à visage découvert la réOexion de la « gloire... » du Seigneur, nous nom transformons en la même image^ la a gloire » communiquant la « gloire... » Le Christ ainsi entendu devient à la fois la personnifleation et Tidéalisation de Thumanité. Je ne connais pas d'illusions religieuses
1. I Cor., XI, 3. Le mot chef, dans notre vieille lanfi^ue» rendait le doabte sens de xefaXY) : nous n*avons plus ai^ourd'hui cette ressource ; voir aussi m, 21.
%, Comparez GaU^ m, 26 s a Car tous vous 6tes Fils de Dieu, par la foi en le Christ Jésus... Vous aves révolu le Christ. »
plus magnifiques. Et c'est tout cela qui était enveloppé dans la mort de Jésus mis en croix!
J'ai dit qu'aucun des actes et discours de Jésus, consignés plus tard dans les évangiles, ne se trouve dans les Épttres de Paul. Il y a une exception écla* tante : c'est le récit du dernier souper de Jésus avec les Douze et les paroles fameuses qu'il y prononce. Voici ce qu'on lit dans Paul (I Cor., xi, 23): «Moimême J*ai reçu du Seigneur ce que je vous ai transmis à mon tour^ que le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, et, ayant fait l'action de grâces^, le rompit et dit : « Ceci est mon corps donné pour » vous ; faites ceci en souvenir de moi.» De même, après le souper, il prit le vin ^ et dit: « Ce vin est le nou- » veau pacte consacré de mon sang; toutes les fois que » vous le boirez, faites-le en souvenir de moi. » — Les mois « Ce vin est le nouveau pacte consacré de mon sang » font allusion au passage de YExode (xxiv, 8). où Moyse consacre, par le sang des victimes, dont il asperge le peuple, le pacte que lehova a fait avec Israël.
La tournure même de cette phrase, % Ce vin est le nouveau pacte consacré de mon sang », montre assez que Paul est fort loin de l'idée que ce vin soit, eu effet, du sang, et qu'il y a là purement et simplement un symbole. Voir aussi plus haut, x, 16.
1. L'action de grftces se dit en grec eucharistie^ mot qui a prit un sens tout différent du sens primitif, par sui e d*ane association d'idées entre Veuckarisiie et la cène. Cène est simplement le mot latin qni veut dire le repas.