‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 108 sur 183 · Si ce n'est appliqué à Cyrus, xlv · texte numérisé non relu

Si ce n'est appliqué à Cyrus, xlv

tourne le visage en arrière, cxxxi, 17. » — « J'allumerai, dit Iehova lui-même, une lampe pour mon Oint, cxxxn, 17, etc. » — Toutes ces paroles, si vivantes quand elles ont été écrites, on ne les a pas laissées devenir des paroles mortes ; on les a fait revivre en les appliquant à l'Oint à venir. Et on a fait de même pour d'autres textes, où le nom de l'Oint ne se trouvait pas. Ainsi on lisait au Psaume ex : « Iehova a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, et je réduirai tes ennemis à te servir de marche-pied, etc. » Cet hymne, où un chef d'Israël est céléhré sur un ton si poétique, comme le champion et en quelque sorte le représentant de Iehova sur la terre, comment ne pas le rapporter à l'Oint qu'on attendait ?

Ce sont donc les psaumes qui ont popularisé l'Oint, le Messie, le Christ, quoiqu'ils ne prissent pas ce mol au sens qu'on lui a donné depuis. Ce sont eux qui dans le monde hellénique ont mis le nom du Christ dans toutes les bouches, et qui ont fait que lorsque ce monde a été conquis au judaïsme, il s'est enrôlé sous ce nom l.

Le premier livre où on trouve exprimé en termes formels le messianisme est un livre grec intitulé, les Psaumes de Salomon (par opposition à ce qu'on appe-

1. Il faut ajouter aux Psaumes ordinairement appelés ainsi linéiques autres psaumes ou chants insérés çà et là dans les livres historiques (I Samuel, n, 10 ; II Samuel, xxn. 51, etc.), ainsi que la prière i'Habacuc, m. 13. Dans le récit des livres de Samuel, l'Oint est Saiil ou David. Quant à l'Oint de Daniel, ix. ?.">, il n'est pas douteux qu'il ne désigne un personnage historique, ainsi que l'Oint retranché du verset suivant. Voir plus haut, p. 309.

lait les psaumes de David) l. Il y est dit que le Seigneur rassemblera un jour le peuple des « saints » et qu'il régnera sur eux ; qu'il purifiera Jérusalem ; que les peuples viendront de tous côtés l'y voir dans sa gloire, et que là résidera un roi juste, formé par le dieu luimême : « Leur roi sera le Christ du Seigneur », xvii, 28, 36, etc. Et plus haut (23) : « Allons, Seigneur, fais lever parmi eux le roi fils de David, qui doit régner au temps que tu sais sur Israël ton fils. » Or, ce livre a été écrit (plusieurs passages en témoignent) peu après la mort de Pompée, à l'entrée du règne de César 2. On peut même supposer que c'est parce qu'il est trop exactement daté, et qu'il se rapporte à un moment trop précis de l'histoire, qu'il n'est pas resté consacré, comme d'autres livres, par la religion des peuples ; on a cessé d'y prendre. intérêt dès que le souvenir de Pompée s'est éloigné. Il n'a pas été adopté par l'Église.

On a vu plus haut que le Premier livre des Machabées n'annonce pas un roi, mais un prophète. Cette forme de la croyance populaire avait l'avantage d'être

1. Voir, dans le second Psaume, les versets 1 et suivants, 30 et suivants.

2. On trouvera le texte de cet écrit, avec des prolégomènes et des notes, dans le Messias Judœorum de M. Hilgonfeld, Leipzig, 18G9. Voir aussi une dissertation de M. Auguste Carrière, de Psalterio Salomonis, Strasbourg, 1870.

Quant au Livre des jubilés, conservé en éthiopien, que je ne connais que par M. Vernes (Histoire des idées messianiques, etc., 1874, p. 1-39-150), je ne puis croire qu'il soit de la même date que les Psaumes de Salomon. Le passage cité p. 147 a dû être écrit après la destruction de Jérusalem.

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moins blessante pour des maîtres qu'il fallait ménager. On pouvait l'autoriser d'ailleurs par un verset du Deutéronome l.

On comprend bien que l'attente du Messie ne constituait pas alors ce que nous appelons un article de foi ou un dogme : c'était quelque chose d'entièrement libre, et par cela même de beaucoup plus fort ; qui, au lieu d'être imposé par l'autorité, l'était par la passion populaire.

Mais l'idée du Christ ne s'achève qu'avec celle de la Résurrection.

Quelque extraordinaire que puisse être l'avènement du Christ ou Messie, ce personnage n'était pas conçu d'abord comme essentiellement surnaturel, puisque le Christ n'est après tout qu'un chef libérateur. Mais l'idée du Christ s'est rencontrée avec une idée toute surnaturelle, celle de la Résurrection, idée qui n'est pas d'origine juive et qui n'a pas sa source dans la Bible comme celle de l'Oint.

Le judaïsme a reçu deux fois des idées orientales : il y a là deux faits qu'il faut soigneusement distinguer, et qui ont été confondus. On a vu que la mythologie de la Genèse vient de l'Orient, et qu'elle est sortie de la Chaldée : les parties mêmes de cette mythologie qui se retrouvent dans la Perse semblent être entrées

1. Deut., xviii, 18. Voir Actes, ni, 22 et vu, 37 : Jean, i. 45, etc.

chez les Juifs par la mythologie chaldéenne. Voilà ce que le judaïsme a dû à l'Orient avant l'époque du Pentateuque. Mais, plus tard, quand l'Asie fut devenue grecque, la religion de la Perse, ou le mazdéisme, s'est répandue directement dans le monde occidental, et aussi le nom du dieu Mithra, dont le culte et les mystères étaient devenus dominants dans cette religion. Plutarque nous dit que les Romains connurent Mithra au temps de Pompée, par les pirates de la Cilicie *. C'est aussi vers cette époque que les Juifs paraissent avoir reçu diverses croyances mazdéennes qu'ils avaient jusque-là ignorées, et entre autres la Résurrection des morts.

J'ai déjà dit plusieurs fois, ou plutôt j'ai rappelé (car il n'y a rien maintenant de plus connu) que les Juifs n'avaient aucune idée de l'immortalité de l'âme. Pour mieux dire, ils n'avaient pas même l'idée de l'âme, comme l'entendent les philosophes appelés spiritualistes. L'âme n'était pour eux que la vie, ou plus précisément la respiration, qui est la fonction vitale la plus apparente ; mais ils ne savaient ce que c'est qu'une âme qui n'a rien de sensible, et qui survit à la vie. Cette idée métaphysique est purement grecque.

La Résurrection des morts est tout autre chose : elle appartient au mazdéisme, et elle était déjà connue du monde grec au temps d'Alexandre, puisque au témoignage de Diogène de Laërte, Théopompe écrivait

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