Prescriptions
2. L'expression de Fils de Dieu pouvait d*ailleurs être prise aussi dans un sens plus large : II Sam., vu, 14, etc. Matthieu, v, 9. Dans Y Exode (iv, 22), c'est Israël lui-même que lehova déclare son fils.
extraordinaires, et ils annonçaient qu'on touchait à un de ces moments. Je ne sais où les haruspices avaient pris ce qu'ils disaient, mais ces âges ressemblent aux yougas du Mahabharata ' .
Plusieurs passages des classiques témoignent du crédit qu'avaient obtenu ces idées. Lucrèce annonce la fin du monde comme prochaine (V, 105). Sénèque en dit autant (N. Q. III, 30), et il ajoute que celte humanité condamnée va faire place à une autre, plus innocente et plus heureuse, du moins pour un temps. Et avant Sénèque, la fameuse IVe églogue de Virgile, parlant d'après les Oracles Sibyllins, sans s'arrêter aux idées sombres de destruction et de ruine, prophétisait comme prête à s'ouvrir une ère de paix et de félicité, à laquelle devait présider un Fils des dieux, c'est-à-dire un régénérateur béni par eux dès sa naissance, et avec qui naîtrait et grandirait l'âge d'or 2.
On ne s'étonne donc pas qu'à cette époque, je veux dire à la veille de l'ère chrétienne, les Juifs aient accueilli ces deux idées, de la Fin du monde et de la Résurrection, qui jusque-là leur étaient restées étrangères. Quand ils les eurent, ils voulurent les retrouver
1. Plutarque, Sulla, 7. Mahabharata, traduction Fauche, t. IV, p. 39.
2. Virgile applique au fils qui venait de naître à Pollion, alors consul (l'an 40 avant notre ère), toutes les poétiques espérances qui flottaient en ce temps-là dans bien des esprits. Il est telle de ces images (vers 22) qui se retrouve dans haïe (xi, G et 7), mais elle se retrouve aussi dans Théocrite (xxiv, 84), qui certainement ne l'avait pas empruntée aux Juifs.
dans leurs prophètes, et, du moment qu'on le voulait, on les y trouva.
Pour la Fin du monde, ce ne fut pas difficile ; certaines expressions des livres bibliques se prêtèrent sans peine à la disposition des esprits. Quand \asprophètes célèbrent, sous la forme prophétique, et comme s'ils les voyaient dans l'avenir, les révolutions dont ils ont été témoins, et par lesquelles Israël longtemps abattu a été relevé et affranchi, ils disent volontiers, les regardant comme de grands coups frappés par leur dieu, qu'il fera cela « dans les derniers jours », ou même, au singulier, « dans le dernier jour ». Les hébraïsants déclarent que ces mots répondent simplement au français enfin, à la fin (comme cela est évident par Osée, m, 5) ; mais il était aisé de les prendre dans un autre sens.
Aussi bien ils emploient dans leurs tableaux toutes sortes d'images et d'hyperboles qui se sont trouvées merveilleusement en accord avec cette idée d'une Fin du monde. On y voit le ciel et la terre qui s'ébranlent, le soleil, la lune et les étoiles qui s'obscurcissent et qui s'éteignent. Ce ne sont là que des figures pour dire : Tout sera sens dessus dessous. C'est ainsi qtflsaïe s'écrie, en apostrophant Babylone : « Brillante étoile, comment es-tu tombée du ciel ? » Mais des esprits troublés ont cru voir dans ces paroles le bouleversement de la nature abîmée et rentrant dans le chaos *.
1. Ce style se retrouve jusque dans la littérature profane et classique. Cicéron écrit familièrement à Atticus (II, 21), en parlant de
Mais pour la croyance à la Résurrection, il n'y avait rien dans la Bible à quoi on pût l'accrocher. Un seul passage, qui se trouve dans Job, xix, 23, s'est prête tant bien que mal à cette interprétation. Voici la traduction littérale de ce passage : « Je le sais, mon vengeur existe ; à la fin il se montrera sur ma poussière. Et après que ma peau ne sera plus, mon corps cependant verra mon dieu. Oui, je le verrai venir ; mes yeux le verront, mes propres yeux. » Il ne faut chercher là qu'une poésie forte et hardie : Job sera vengé après sa mort, et il se dit que son cadavre même ou son squelette jouira de cette vengeance. Il est vrai que la Yulgate lui fait dire tout autre chose : « Au dernier jour, je me relèverai de dessous la terre, et de nouveau je mè revêtirai de ma chair » ; mais il n'y a rien de cela dans le texte l.
On lit dans Daniel (xii, 1), l'un des livres les plus récents de toute la Bible : « En ce temps-là, ton peuple sera sauvé, quiconque sera écrit dans le livre2. Et de tous côtés ceux qui dorment dans la poussière de la terre se relèveront, ceux-là pour une vie perpétuelle, ceux-ci pour une humiliation et une abjection perpétuelles. Les sages brilleront de l'éclat du firmament, et ceux qui ont donné aux autres l'exemple de la justice seront comme des étoiles à jamais. » On
Pompée déchu de sa popularité et de sa grandeur : « En effet il était tombé de la hauteur des étoiles, nom qui déciderai ex astris. »
1. On a vu plus haut, au chapitre de Job, que l'auteur du livre n'imagine jamais que l'homme survive à la mort.