C'est-à-dire au Dentér., vu
une belle récompense assurée ; c'est une pensée religieuse et sainte, et voilà pourquoi il fit expiation pour les morts, afin de les acquitter de la violation de la Loi l. »
Rien n'est plus formel, mais aussi rien ne montre mieux que le livre est très-moderne. Il est en effet postérieur même à la destruction du Temple. Au contraire, au Premier livre des Machabe'es, on remarque que dans le discours de Matathias mourant à ses fils (ch. u), il n'est pas dit un mot d'une résurrection.
La Résurrection n'étant ni dans la Loi, ni dans les Prophètes, ceux qui y croyaient n'avaient pas le droit d'imposer à leurs frères leur pieuse croyance. Le zèle dévot des Pharisiens l'avait adoptée ; les Sadducéens la rejetaient, comme le témoignent le Nouveau Testament et Joseph. Ils n'en étaient pas moins tenus pour Juifs fidèles, et il y eut parmi eux des grands prêtres. Plus tard, la Résurrection des morts est devenue pourles Israélites article de foi 2.
Les Prophètes parlent souvent de ce qu'ils nom-
1. Si ce trait de Jud.i< est historique, comme on peut le croire, il est clair qu'il fit cette expiation pour les survivants, non pour les morts; car la supposition qu'il n\ eût que les morts qui eussent péché n'est qu'une pure légende.
2. Talinud. Sanhédrin, dans le Thésaurus antiquitatum sacrarum d'Ugolino, t. XXV, p. dcccxci. Voir aussi le Rituel intitulé Tephillath adath yeschouroun, Prières pour les. Israélites, publié à Paris en hébreu et en fiançais (:ie édition, 1807 . page S46, article XIII.
ment les jugements de Iehova. Quand ils célèbrent la délivrance d'Israël et l'abaissement de ses ennemis, ils présentent cela sous l'image d'une sentence que Iehova prononce, comme souverain juge, dans des assises solennelles, devant les peuples assemblés. C'est ce qu'ils appellent la Journée de Iehova [haïe, ii, 12, etc.), comme on avait autrefois en France les Grands Jours du roi. Ils en parlent d'ailleurs au futur et sous forme prophétique, comme ils font de tout le reste. Il y a surtout dans Joël ch. m et dernier; un développement éclatant de cette image :
« En ce temps-là, quand j'aurai ramené chez eux les captifs de Juda et de Jérusalem, j'assemblerai les nations, je les ferai descendre dans la Vallée du jugement de Iehova, à cause de mon peuple et de mon héritage d'Israël, qu'ils ont dispersé parmi les peuples... Que les nations se lèvent, qu'elles viennent à la Vallée du jugement de Iehova, car je siégerai là pour juger tous les peuples d'alentour. Prenez la faucille, la moisson est mûre; venez, descendez, la cuve est pleine dans le pressoir; car leurs méfaits sont au comble. Les peuples à la Vallée d'écrasement! car le jour de Iehova est proche... Et Iehova sera le refuge de son peuple et le rempart des fils d'Israël. L'Egypte sera livrée à la désolation, et Edom avec elle, à cause de la violence faite aux enfants de Juda ; mais Juda sera peuplé à jamais et Jérusalem habitée dans tous les âges. » Rien de plus vif et de plus poétique, îpais rien aussi de plus simple et de plus transparent. Quand Iehova relève son peuple, il
lui fait justice de ses oppresseurs; il punit tous ceux qui ont pris part à son humiliation et à sa ruine. Il n'y a pas là d'autre mystère. Mais l'idée de la Fin du monde, venant par-dessus ces images, les a transformées, et en a fait ce qu'on a nommé le Jugement dernier.
On remarquera qu'en hébreu la "Vallée du jugement de Ieliova se dit la Vallée de Josaphat (Iclioschaphat), ce mot étant composé du nom abrégé de Iehova et du mot qui signifie juger. On a pu le prendre pour un nom propre, et c'est ainsi qu'une Vallée de Josaphat imaginaire fait quelquefois partie de ce qu'on pourrait appeler la mise en scène du dernier jour1.
Dans ce jour du jugement dernier, qui devait venger les fidèles de leurs ennemis, on se plaisait à se figurer que ceux-ci seraient solennellement condamnés et livrés au feu. On voulut trouver cela aussi dans les Prophètes, et on l'y trouva. « Voici que je me lève, dit Iehova... ; les peuples vont brûler comme de la chaux ; ils vont être consumés comme des broussailles dans le feu [haïe, xxxm, 10).» — C'est une figure, et elle est reprise dans un autre endroit avec une plus grande richesse d'images (66, 15) : « Regardez ; Iehova va venir avec le feu, sur un char qui court comme la tempête ; sa vengeance va étaler
1. La vallée réelle, voisine de Jérusalem, dont il est parlé dans un récit des Chroniques sur le roi Josaphat (II, xx, 1G), n'est pas appelée dans l*Écriture Vallée de Josaphat. Mais YOyiomasticon d'Eusèbc la nomme de ce nom et la donne comme le théâtre du jugement dernier. — Voyez Ncubauer, la Géographie du Talmud, 18G8, p. 51.
toutes ses fureurs ; sa colère va éclater en flammes brûlantes. Iehova jugera avec le feu ; il frappera tout ce qui vit avec l'épée ; les hommes tomberont en foule sous les coups de Iehova. » C'est-à-dire que tous les pays ennemis d'Israël seront mis, comme nous disons, à feu et à sang. Le poète cependant continue, en nous représentant les peuples qui viennent adorer le dieu victorieux dans sa ville et dans son Temple ; puis il ajoute : « Et au dehors on verra les cadavres de ses ennemis; le ver qui les ronge ne mourra point, et le feu qui les brûle ne s'éteindra point, et ils feront horreur à tous. » Ici le lyrisme est tellement poussé à outrance, qu'on a peine à le réduire à un langage qui n'exprime que la réalité. Voici cependant ce que cela signifie. Le poëte nous peint un champ de carnage, où les corps amoncelés gisent sans sépulture ; on les abandonne aux oiseaux de proie et aux bêtes fauves (/<?>., vu, 33) ; on y entretient pourtant du feu pour combattre l'infection. On voit donc ces malheureux corps à la fois rongés par les vers et consumes par la flamme, et le spectacle est horrible; mais il épouvantera d'autant plus qu'il paraitra durer davantage et qu'il semblera que ces morts voient prolonger leur supplice. Eh bien! pour satisfaire l'imagination furieuse de l'écrivain, il faut que le supplice ne finisse pas, qu'il y ait toujours des vers et toujours du feu. et que la vengeance de Iehova ne soit jamais épuisée : c'est-à-dire sans doute qu'il y aura longtemps des victoires et des carnages.
C'est d'après cela qu'on lit dans le livre grec de
LE JUGEMENT DERNIER. 3;i9
Judith (xvi, 17) : «Malheur aux nations qui s'élèvent contre mon peuple ; le Seigneur tout-puissant en fera justice au jour du jugement en livrant leur chair aux vers et au feu, et ils souffriront et se lamenteront à tout jamais. »
Il y avait précisément, au sud-est de Jérusalem, une vallée des fils d'Hinnom, fameuse par les sacrifices sanglants qu'on y avait jadis offerts au Molek,ei que le pieux roi Josias, pour cela même, avait profanée, c'est-à-dire probablement qu'il en avait fait une voirie. De l'hébreu gai ou ghe\ qui veut dire vallée, et de Hinnom, est venu le grec yéewa des Évangiles, la géhenne du feu.
C'est Iehova lui-même qui siège et qui juge dans les Prophètes. Mais quand les imaginations furent remplies de l'idée du Christ, conçu comme un personnage surhumain, il était naturel qu'il figurât dans cette grande scène, et c'est lui en effet qui en devint le premier acteur. Un passage du livre de Daniel, où il n'était nullement question du Christ, contribua cependant à ce qu'on se représentât ainsi les choses. Au chapitre vu de ce livre paraissent les quatre bêtes qui représentent les quatre empires qui ont dominé sur Israël. Elles s'élèvent successivement de la mer : c'est un lion ailé, puis un ours, puis un léopard ailé, puis une autre bête à dix cornes, la plus épouvantable de toutes. Cependant des sièges sont placés, on ne sait où, car ce tableau a tout le vague d'un songe ; un personnage appelé le Très-Vieux, que rien n'a annoncé, y prend séance. « Mille fois mille le servent,
et dix mille sont debout devant lui. » Il rend ses arrêts ; l'empire et la vie sont ôtés aux quatre bêtes. C'est alors que paraît sur les nuées du ciel « comme un fils d'homme», c'est-à-dire un homme ; il s'avance vers le Très-Yieux, et on le fait approcher de lui ; l'empire lui est donné, et sa prééminence sera éternelle. Tout cela n'est qu'une forme poétique pour dire que les Juifs, longtemps dominés par les Gentils, finiront parles dominer eux-mêmes. Les Gentils étant représentés par des formes d'animaux, les Saints le sont par une forme humaine : il n'y a rien de plus dans ce « fils d'homme » du verset 13. Plus tard, on y a vu le Christ, qu'on a appelé, avec l'article, le Fils de /'homme : telle est l'origine de cette appellation mystérieuse que les Évangiles ont consacrée 1.
On lit encore dans Malachie. m, 1 : « Voici que je vais envoyer mon Messager, et il préparera le chemin devant moi, et aussitôt le Seigneur, celui que vous cherchez, entrera dans sa demeure, le Messager du Pacte, qui est attendu. Le voici qui vient, dit lehova des bataillons ; qui soutiendra le jour de sa venue ? »
On a vu assez dans les Prophètes ce que c'est que ce Pacte, que lehova doit faire un jour avec les siens ; mais qu'est-ce que ce Messager? Le verset de Malachie est une allusion à haie, xl, 3, et lxiii, 9, et haïe lui-même fait allusion à Exode, xxiu, 9 ; mais dans ces textes le Messager n'est qu'une apparition, une
1. Elle n'est jamais dans les Lettres de Paul, ni même dans les Lettres attribuées à Paul (sauf la Lettre aux Hébreux, qui est tout à fait à part). Elle est aussi dans Y Apocalypse.
manifestation, par laquelle le dieu lui-même se rend visible. Ici il semble bien que le Messager suit quelqu'un.
Le livre se termine par ees paroles : « Yoiei veuille jour qui sera comme un l'eu brûlant, et tous les méchants, tous ceux qui commettent l'iniquité seront comme la paille. Ce jour qui arrive les fera flamber, dit Iehova des bataillons, et il n'en restera ni branche ni racine. Mais pour vous, qui craignez mon nom, se lèvera le soleil de justice, et le salut sera sous ses ailes ; vous serez délivrés et vous sauterez de joie, comme des veaux engraissés. Vous foulerez les méchants ; ils seront comme la cendre sous vos pieds, en ce jour que je prépare, dit Iehova des bataillons. » — Quoique le nom du Messie ou Christ ne se trouve pas dans ces paroles, elles paraissent en contenir l'idée.
Enfin on lit au verset iv, 5 : « Voici que je vais vous envoyer Élie le prophète, devant que vienne le grand et terrible jour de Iehova. Il ramènera le cœur des pères envers leurs enfants et le cœur des enfants envers leurs pères, avant que je ne vienne, et que je ne voue cette terre à l'extermination. » Le Nouveau Testament applique, comme on sait, cette prédiction à Jean le Baptistès [Matth., xi, 14, etc.). Jean vivait de la même vie qu'Élie, et ce que dit Joseph, qu'il prêchait aux Juifs « d'observer la justice les uns envers les autres » s'accorde aussi avec ces versets l.