Paris, 1871, librairie Maisonncuve
recueil de Prières Israélites que j'ai cité plusieurs fois, parce que des lectures prises de ces livres entrent dans la liturgie '.
Bien peu de personnes peuvent lire le Talmud dans son texte, et la lecture même des parties traduites esl très-laborieuse, puisqu'on n'a jamais devant soi uii(3 composition suivie et le développement d'une idée, mais une série de remarques détachées, souvent pleines des subtilités les plus fatigantes. 11 faudrait un travail infini pour exposer d'après ces pages confuses l'ensemble des pensées et des sentiments de ceux qui les ont écrites, et ce travail est encore à faire.
Cependant le savant Lightfoot, au milieu du xvne siècle, a rendu déjà un grand service, en commentant d'après le Talmud les livres du Nouveau Testament2. Il s'est attaché à signaler les conformités (quelquefois aussi les divergences) entre le Talmud et les livres saints des chrétiens. On pourrait croire d'abord que. le Talmud étant très-postérieur à l'ère chrétienne, ces rapprochements ont peu d'intérêt, en ce que cette date permettrait de supposer que ce qui se trouve de chrétien dans le Talmud a été emprunté au christianisme ; mais il sullil de feuilieter seulement un nu deux traités du Talmud pour s'assurer combien cette
1. La publication de M. Rabbin owicz : Législation civile du TalhhiIiI. IIL' partie, Traité Kethoubotk, des Vctes . Paris, 1ST:>. contient des extraits^ el i une traduction véritable de ce Traité.
2. Dans ses Ilor.r hebraïess et talmudicse, Cambridge, Ui.'.S. etc. 11 n'a commenté ainsi que les Évangiles, les Vctes, quelques chapitres di> l'Épître aux Romains >'i la première aux Corinthiens; m
t -avail a été continué par Schœttgcn et d'autres.
supposition serait erronée. Quoique les rédacteurs de ce recueil ne soient pas sans se préoccuper des chrétiens, ils a'étudient nullement leurs livres et ne regardent même pas de ce côté; leur doctrine est purement juive, et ils ne se soucient que de ramasser el de rapprocher les gloses de leurs docteurs : Rabbi un tel a dit; Rabbi un tel a prononcé ; c'est là absolument tout le Tamuld. Mais, parmi ces docteurs d'Israël, plusieurs, elles plus fameux, sont antérieurs au christianisme; d'autres en sont contemporains ; ceux mêmes qui sont venus plus tard n'ont fait que continuer la tradition de leurs maîtres. Le ïalmud est né du besoin qu'ont eu les Juifs, quand l'État juif eut définitivement disparu, de le faire revivre et de le perpétuer, pour ainsi dire, en fixant à la fois les croyances des fils d'Israël et les règles de leur vie publique et privée. Il représente donc avec une fidélité dont on ne peut douter ce qu'était le judaïsme au moment même où le christianisme s'emparait du monde l.
Je profilerai des recherches de Lightfoot et de ses continuateurs, jusqu'aux hébraïsants de notre temps, quand je serai arrivé, dans ma dernière partie, à l'étude du Nouveau Testament.
1. On trouvera dans le manuel allemand de Schiircr : Lehrbuch <I<t neutestamentlichen Zeitgeschichte?i, Leipzig; 1874, p. 31 et suivantes, tous les renseignements dont on peut avoir besoin sur les Talmuds. et aussi sur une autre classe d'écrits rabbiniques, les Midraschs (ou « Commentaires » des Écritures). Les trois plus importants parmi ces écrits (sur les livres II h V de Moyse), qui sent trèsiinciens, et antérieurs aux Talmuds, ont été publiés et traduits dans li' Thésaurus d'Ugolino.