‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 129 sur 183 · Sur le Pseudo-Aristée, voir page · texte numérisé non relu

Sur le Pseudo-Aristée, voir page

teurs et des conciles est sorti de là en grande partie. Il faut le répéter jusqu'à ce que ce soit un lieu commun accepté de tous : Philon le Juif est le premier des Pères de l'Église.

Avant de parler de ce qu'on trouve dans Philon, je dois avertir de ce qu'on n'y trouve pas, et qui est considérable, je veux dire les traditions eschatologiques. Il n'y est question ni de résurrection ni de Christ. On peut croire que l'idée de le résurrection des corps répugnait à sa philosophie, qui est celle de Platon et des stoïques ; on n'aperçoit chez lui que l'immortalité de Tàme, et il l'entend de la manière la plus métaphysique : l'esprit, séparé du corps, retourne à son lieu d'origine, qui est le ciel 1.

Quant à ce qui est d'un Christ, c'est-à-dire d'un chef des Juifs, qui devait les gouverner, libres et prospères, au nom et sous l'autorité de leur dieu, il est difficile que Philon ne l'ait pas attendu avec tout Israël, sauf peut-être à mettre dans cette idée le moins de surnaturel qu'il était possible. C'est ainsi à peu près qu'on le trouve dans le IIP livre des Sibylluia (à partir du vers 652), où le nom même d'Oint ou de Christ n'est pas prononcé. Les Juifs politiques craignaient sans doute d'employer ce nom, suspect à l'autorité romaine ; Joseph ne s'en sert pas non plus, et ni lui ni Philon ne parlent jamais d'espérances messianiques. Philon cite quelque part, avec une complaisance évidente, la prédiction de Balaam qui promet à

1 Pour les renvois au texte de Philon, voir la note A, à la fin du volume.

un chef d'Israël de vastes conquêtes ; mais il la présente de telle manière qu'on ne sait à quoi elle s'applique dans sa pensée ; si c'est à David, par exemple, ou si c'est à l'avenir. Ailleurs, quand il montre les Juifs dispersés par toute la terre, qui, de toute la terre, reviennent prendre possession de Jérusalem, on ne sait encore s'il veut parler de ce qui se passa au temps de Cyrus, ou s'il attend pour Israël une restauration nouvelle, comme il l'annonce clairement ailleurs. C'est en cet endroit qu'il les représente conduits par un personnage qui n'est visible que pour eux ; et M. Ferdinand Delaunay n'hésite pas à rapporter ce passage au Messie. Les expressions de Phi- Ion rappellent au moins ce que les Juifs appelaient à celte époque le memra de Iehova, c'est-à-dire la forme sous laquelle le dieu se manifeste, quand il agit au dehors; comme par exemple lorsque luimême il ramène son peuple dispersé, ainsi qu'il est dit dans le Deutéronome et dans Isaïe l. Et peut-être en effet que, sous ces images, Philon essayait d'exprimer, sans se compromettre, ce qui était la pensée de tous les siens. J'arrive aux doctrines propres à Philon.

La métaphysique manquait à la religion de la Bible ; l'école juive d'Alexandrie la lui donna. Moyse devint Athénien, suivant l'expression de Numénios 2, et il parla dans Philon d'après les maîtres de la sagesse grecque. La Bible ne fait pas profession de spiri-

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