Ambroise, De Carnet Alet, I
j'ai parlé tout à l'heure et qu'on traduit par son Verbe, et quoique ces écrits soient de date récente, et qu'on les rapporte seulement au IVe siècle de notre ère, les hébraïsants admettent généralement qu'ils ne sont que des compilations de commentaires beaucoup plus anciens. Mais le Verbe des targoumn'a pas le caractère métaphysique de celui de Philon : il exprime la manifestation extérieure de Iebova, appelée dans la Bible sa gloire, kabod, et plus tard son rayonnement, schechina. Néanmoins celle expression de Verbe de Iebova, si elle était déjà en usage au temps de Philon et de ses maîtres, a pu autoriser et consacrer à leurs yeux le Logos de la philosophie grecque l.
On ne peut trop dire combien il est difficile, dans ces conceptions extraordinaires, de faire la part exacte de ce qui est grec et de ce qui est rabbinique. Qu'on voie, par exemple, la curieuse explication de Philon sur la manière dont la Genèseexçose la création de l'homme. D'une part, il est dit de Dieu : « Il créa l'homme à son image... : il les créa mâle et femelle. » Puis, un peu plus loin, le dieu, qui cette fois s'appelle
1. Le Logos paraît pris tout à fait en ce sens dans Sagesse, xyiii, 15, et aussi dans un poème juif et grec conservé par Eusèbe [Prépar. évaïig., IX, 29) :
cO S'êx Sxrou eroi 0;To: EX^àjiitet kéyoç.
Voir aussi Actes, vin. 10. On trouvera les passages des targoum sur le Verbe de Iehova dans Kuinoel : Comment, in evang. Joh. prolegom., p. 97 et 108 (1825). — Quant au mot grec o-niat::, c'est celui par lequel la version grecque des Psaumes traduisait tsebaot'i (sabaoih dans la Vulgate), qui signifie les armées célestes des dieus ou des anges.
Ieliova, forme d'abord l'homme du limon de la terre cl lire ensuite la femme de la cote de l'homme. En réalité, ce sont deux récits de date et d'origine diverses, qui ont été mis bout à bout. Suivant Philon, le second passage seulement se rapporte à la création de l'homme réel; dans le premier, il n'est parlé que de l'homme idée, purement intelligible, incorporel, éternel, et qui n'est ni mâle ni femelle; car c'est ainsi que Philon parait entendre qu'il est mâle et femelle à la fois. C'est que Philon ne peut admettre que l'homme réel soit fait « à l'image de Dieu » ; cela n'est vrai que de l'homme idée, et celui-ci n'est autre que le Verbe lui-même, la vraie image et le vrai relief de l'Être.
Yoilà qui parait d'abord de la métaphysique toute platonique. Cependant, quand on lit dans Paul, qui est fort loin de cette métaphysique, l'opposition entre Adam et le Christ, le premier Adam et le dernier Adam, l'Adam terrestre et l'Adam céleste (I Cor. xv, 22, 45), il est difficile de ne pas croire que cet Adam céleste, manifestation de la divinité sous forme humaine, est le même que le memra de Iehova des targoum l.
Aussi bien un critique des plus considérables en cet ordre d'études, M. Franck, dans un livre qui est devenu classique, la Kabbale, 1843, s'est attachée établir que la théologie de la Kabbale, quelque res-
1. On se demande encore si cette idée d'un homme céleste ne se rattache pas à celle des ferouers de mazdéisme. Voir J. Darmesteter, Ormazd et Ahriman, p. 129-130. M. Renan a déjà développé ces origines juives de l'idée du Verbe. Vie de Jésus, édition de 1867, p. 257 et suivantes.