III
ces curiosités mystiques. Et c'est là que se trouve un passage fort singulier sur l'incarnation, où l'on voit que les esprits nourris d'hellénisme ne pouvaient se résigner à prendre à la lettre un Fils de Dieu se revèlaut de chair, né d'une vierge, puis mort et ressuscité. La plupart ne voyaient là qu'une allégorie et un symbole : quelques-uns (c'était l'hérésie qui s'appelait elle-même la Connaissance ou la Gnose) en faisaient, si l'on peut parler ainsi, une allégorie réelle, en supposant que le Verbe était enveloppé dans l'homme qui a vécu, mais que l'homme seul est né, a souffert et est mort, et non le Verbe. Et Clément lui-même semble penser ainsi, d'après la manière énigmatique dont il s'exprime l.
Origène enfin commente perpétuellement l'Écriture ii la manière de Philon. Il dira, par exemple, que le paradis de la Genèse, c'est l'Église, et que, s'il ne faut pas toucher au fruit de l'arbre de la science du bien et du mal: cela signifie qu'il faut aimer également comme nos. frères tous les membres de l'Église, sans distinction entre le bon et le mauvais. Quand il lit que le Seigneur fit à Adam et Eve des vêtements de peau, il déclare que d'entendre cela au sens propre serait puéril et bon pour une vieille femme; que ce vêtement n'est même pas le corps, puisqu'il a déjà été parlé du corps ; ce vêtement, c'est la mortalité, dont le corps se trouve alors revêtu pour la première fois. A. propos de ces mots : « Le Seigneur souilla dans
i. VI, 15, p. SOi de Pottcr.
l'homme un souffle de vie ». Où est-ce, dit-il, que Dieu l'a soufflé ? Est-ce dans les narines, est-ce sur la face? Ces difficultés montrent, suivant lui, qu'il ne faut pas prendre à la lettre les paroles sacrées, mais toujours chercher le trésor caché qu'elles recouvrent. Ailleurs enfin, parlant des puits qu'il est dit qu'Isaac a creusés : « El nous., dit Origène, qui distribuons la parole sainte, nous creusons aussi des puits ; nous cherchons l'eau vive sous le sol aride. Les incrédules se moquent de nous et ne veulent pas nous suivre, ou bien ils disent : Cette science est à nous, et non à vous ; elle est toute grecque. Laissons les dire, et poursuivons l ». — On voit la place considérable que l'allégorisme alexandrin tient dans l'histoire, et ce n'eût pas été faire mon devoir de critique que de le dissimuler ou de le laisser dans l'ombre. On peut d'ailleurs se préserver par cette étude d'une erreur grave, quoique très-commune, qui est de supposer, quand les hommes d'une certaine époque ont eu telles pensées ou telles croyances, que nous-mêmes, tels que nous sommes, nous aurions eu à leur place les mêmes pensées et les mêmes croyances, parce que nous aurions été frappés des mêmes faits ou persuadés par les mêmes raisons. Il faut bien comprendre que probablement nous n'avons pas la tête faite comme eux, et qu'ainsi les choses qui les ont touchés ne nous auraient pas touchés de même. Et c'est ce qu'on ne comprend parfaitement qu'à la condition de se rendre