‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 148 sur 183 · Exode, xxiii, 'J. Lévit., xxv · texte numérisé non relu

Exode, xxiii, 'J. Lévit., xxv

que la Loi défend à l'Israélite de prêter à intérêt «à ses frères. Ses frères, dit-il, sont les hommes de sa race ; les autres sont des étrangers, et avec les étrangers il n'y a pas de communauté ». Jusqu'ici c'est le Juif qui parle, mais le Grec reprend tout à coup : « A moins que par une vertu supérieure, on ne se fasse aussi de l'étranger un prochain et un frère; car la constitution et les lois vraiment conformes à la vertu sont celles qui ne reconnaissent d'autre bien que l'honnête. » Voilà l'esprit nouveau, qui commençait à remplacer l'autre. Dans un autre passage, à propos de ces sentiments de concorde qui ralliaient entre eux tous ceux qui servaient le dieu des Juifs, Philon dit que c'est en effet la croyance à un dieu unique qui est la source d'où dérive cette union. C'est ainsi précisément que la Lettre à ceux d'Ephèse explique la fraternité chrétienne : un seul corps et un seul esprit en un seul dieu (iv, 4-6) l.

Quanta la condamnation de l'intérêt de l'argent, on sait qu'elle est un lieu commun de la philosophie antique, qui s'est perpétué dans l'Église jusqu'aux temps modernes. Cette doctrine, si peu conforme à la science économique et au bon sens, s'explique par l'inégalité profonde et révoltante qui était alors le principe des sociétés humaines; de sorte que le capital, enfermé dans un tout petit nombre de mains, était

1. M. Egger dit donc justement de Philon : « Sa morale est d'une élévation et d'une pureté remarquables ; elle annonce l'Évangile, sans le connaître et sans le prévoir. » Mélanges de littérature ancienne, 18G2, p. 471.

forcément oppresseur, quelques hommes tenant tout le reste absolument à leur merci, et que la langue ne distinguait pas l'intérêt de ['usure l.

Plus on pénètre dans Philon, plus on est frappé de tout ce qu'il exprime de pensées chrétiennes ; mais c'est avec une plus grande surprise qu'on y retrouve jusqu'à des idées qui semblent d'abord constituer la principale distinction entre le christianisme et le judaïsme.

Les deux nouveautés les plus éclatantes du christianisme, à ce point de vue, sont l'abolition de la circoncision et l'abolition des sacrifices. On y ajoutera, si on veut, l'abandon de l'observance superstitieuse du sabbat. Eh bien ! on voit, en lisant Philon, que de son temps les esprits allaient au-devant de ces nouveautés, et qu'elles étaient, comme on dit, dans l'air. Il y avait autour de lui des hommes qui avaient si bien appris à chercher l'esprit sous la lettre, qu'ils en étaient venus à mépriser la lettre elle-même. Philon n'allait pas jusque-là, mais voici comment il s'exprimait à cet égard : « Je n'approuverai pas cette négligence ; il fallait s'attacher également à ces deux

1. On lit dans les Psaumes (xv, 5) : « Iehova, qui est-ce qui séjournera en ton tabernacle?.... Celui.... qui ne prête pas son argent à intérêt, etc. » Ce verset ne distingue pas entre l'emprunteur Juif ou non Juif, et le Talmud, en commentant ce verset, dit expressément, « même à un non Juif. » Maccoth, f. 24. Je prends cette citation dans J. Cohen, Les Déicides, 1861, p. 181. — Voir aussi Ézéchiel, xvm, 8.

Le Coran (IV, 158) condamne les Juifs comme ayant exercé l'usure u contrairement à leur Loi ». Garcin de Tassy, Y Islamisme d'après le Coran, 1874, p. 90.

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choses, la recherche curieuse de l'invisible, et l'irréprochable fidélité au signe visible. Mais ceux-là vivent isolés et enfermés en eux-mêmes, comme en plein désert, ou comme s'ils étaient des esprits sans corps ; ils ne connaissent plus ni cité, ni quartier, ni maison, ni rassemblement d'hommes quelconque, et dédaignant l'opinion du plus grand nombre, ils poursuivent la vérité nue et abstraite... Mais si le repos du septième jour est institué pour nous apprendre à agir en vue de ce qui est éternel, et à ne rien faire pour la créature, ce n'est pas une raison pour violer les règles établies au sujet de ce jour... Et parce qu'une fête n'est qu'un symbole de joie spirituelle et d'actions de grâces rendues à Dieu(eyxaPtff,"a), nous ne manquerons pas pour cela aux solennités annuelles. Ni, parce que la circoncision signifie le retranchement des voluptés, des passions et des opinions impies1..., nous n'abrogerons pas pour cela la loi qui l'a instituée ; car il faudrait négliger aussi le culte qui s'exerce dans le Temple, et bien d'autres choses encore, si nous voulons nous en tenir au sens intérieur. » Phi- Ion lui-même, dans d'autres passages, sans renoncer aux sacrifices, développe avec force la pensée des prophètes, que les sacrifices ne sont pas la religion : « Le tribunal de Dieu est incorruptible ; ceux dont fàrne est coupable, quand ils amèneraient cent bœufs tous les jours, il les repousse, et l'innocent, sa?is faire absolument aucun sacrifice, y est bien reçu. » Et plus loin : « On ne saurait véritablement rendre grâces à

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