Derenbourg, pages 163 et suivantes et
rable de ce qui compose aujourd'hui la religion chrétienne. Ce n'est pas sans doute notre christianisme tout entier, puisqu'il y manque la personne de Jésus; mais c'en est une grande partie.
Et ici je demande qu'on fasse pour un moment une supposition qui est bien aisée à faire. Imaginons que les écrits de Philon se soient perdus, comme se sont perdus ceux de Zenon, de Chrysippe et de tant de philosophes, ou comme nous avons perdu, dans d'autres genres, toutes les comédies de Ménandre, tous les récits des historiens contemporains d'Alexandre, les trois quarts des Annales de Tite-Live, etc. Quelle lacune ne ferait pas dans l'histoire cette seule perte des livres de Philon, qui a tenu sans doute à si peu de chose! Combien nous verrions moins clair encore dans la révolution religieuse qui s'est accomplie en ce temps-là! Combien d'idées, de dogmes, de symboles que nous ne retrouverions que dans les livres chrétiens ! Et combien serait naturelle et puissante l'illusion qui nous les ferait paraître, dans ces livres, comme tout nouveaux et en quelque sorte tombés du ciel! Ce ne serait pourtant qu'une illusion. Que ces considérations nous demeurent donc toujours présentes, et s'il arrive jamais, sur quelque point que ce soit, que le lien nous échappe entre l'événement et l'événement, entre l'idée et l'idée, n'allons pas douter pour cela que ce lien existe ; mais tenons a priori pour certain que la loi de continuité qui gouverne toute histoire a son application dans celle des religions comme dans toute autre.