Actes, xxviii, 13. Guerre des Juifs, II, vu
une religieuse vénération, la solennité annuelle du grand jeune. Et les vers d'Horace, ceux d'Ovide, d'autres textes encore témoignent que Philon n'a dit que la vérité. Ce sont les démonstrations extérieures et les signes sensibles qui s'emparent le plus vite et le plus fortement des hommes : c'est ainsi que l'ablution ou baptême s'est imposée universellement aux chrétiens et a semblé contenir tout le christianisme. La reconnaissance du sabbat a été la première victoire du judaïsme, la plus éclatante et la plus durable, puisqu'on le célèbre encore aujourd'hui par toute la chrétienté et par tout l'islam; car il importe peu qu'on ait transporté le jour sacré, qui était le samedi, au lendemain ou à la veille *.
Si maintenant on cherche l'explication de la fortune de cette propagande, la première démarche de la critique sera de reconnaître dans le succès du judaïsme un cas particulier, quoique extraordinaire et hors de comparaison, de l'empire que les cultes de l'Orient ont exercé sur le monde hellénique dans tous les temps. Je les ai rencontrés partout sur mon chemin dans l'histoire de l'hellénisme. En plein siècle
1. Ajoutons que les Juifs, en observant le sabbat, forçaient les autres, jusqu'à un certain point, à l'observer : « A Salonique, on peut dire que le sabbat s'observe encore de nos jours, la population juive y étant assez riche et assez nombreuse pour faire la loi et régler par la fermeture de ses comptoirs le jour du repos. » Renan, Les apôtres, 186G, p. 295.
On comprend que si je ne me sers pas ici des fragments célèbres de Sénèque où il représente le judaïsme faisant la loi au monde (victi victoribus legem dederunt), c'est que cela est écrit quand il y avait déjà des chrétiens, confondus par Sénèque avec les Juifs.
de Périclès, à côté des religions d'Athéné et de Déméter, j'ai vu le culte syrien d'Adonis, sa Passion, son tombeau, sa résurrection ; puis les orgia tout asiatiques de Dionysos et de ses bacchantes ; des religions dédaignées par les classes élevées et par les penseurs, mais qui entraînaient la foule : elles opposaient fièrement aux raisonneurs la foi des simples, leur sainte folie, et les miracles qu'elle enfantait l. Mais ce ne sont pas seulement les simples, ce sont aussi les sages qui se laissent émouvoir par les religions de l'Orient; on a vu Hérodote, Isocrate, Platon enfin, touchés par les mystères des Égyptiens, par le caractère imposant de leur sacerdoce, et l'ardeur sombre de leur foi et de leurs dévotions. Hérodote est frappé aussi chez les Perses par le culte du feu, culte sans temples et sans images ; Théopompe interroge avec respect la croyance des Mages à la résurrection future. Puis l'Inde à son tour et ses brahmanes étonnent les esprits : c'est de chez eux que Pyrrhon rapporte cette philosophie qui ne voit qu'illusion dans la vie et dans la pensée humaines ; d'autres y puisent la mocale du renoncement et de l'abnégation 2. Quand de la Grèce on passe à Rome et au monde romain, on y trouve le même entraînement des peuples vers les cultes étrangers ; l'histoire de la conjuration des bacchanalia, deux cents ans avant notre ère, en est déjà un bien remarquable monument. Mais