XVI PREFACE
tiques ont exprimé cette pensée, mais personne ne l'a développée avec plus de force que ne Ta fait Eugène Despois, dans un article de la Revue politique et litténaire du 25 janvier 1873. L'auteur était des plus bienveillants pour moi, mais il présentait à l'appui de sa thèse les considérations les mieux faites pour m'engager moi-même à me défier de l'entraînement de ma pensée. Il m'a fait beaucoup réfléchir; mais, après réflexion, je crois pourtant devoir m'en tenir au point de vue où je m'étais placé d'abord l.
Je crois que plusieurs des dogmes et des sentiments qu'on a regardés comme essentiellement chrétiens et étrangers à l'hellénisme, ou bien ne lui sont pas en effet aussi étrangers qu'on le pense ; ou bien, s'ils ne se trouvent pas dans les philosophes antiques, ne se
]. En 1874, M. Boissier a publié ses deux volumes intitulés : La Religion romaine, d'Auguste aux Antonins (librairie Hachette^, et il a parlé de mon Hellénisme dans sa préface. Après quelques mots très-obligeants pour son ancien professeur, il ajoute : « Mais on verra que l'étude des faits m'a conduit à des conclusions différentes des siennes. » Je ne suis pas bien convaincu de cette différence. Ici et là, l'histoire établit également ces deux faits : 1° qu'il y a dans l'hellénisme beaucoup d'éléments qui ont préparé le christianisme et qui y sont entrés ; 2° que cependant le christianisme ne se compose pas seulement d'éléments helléniques, mais qu'il a fallu autre chose encore pour le produire. Il me semble que je m'accorde avec M. Boissier sur ces deux points. La différence est plutôt dans une certaine manière générale de penser ou de sentir à l'égard des choses religieuses ; mais ces sentiments ne sont plus précisément des conclusions. Quoi qu'il en soit, je regarde le succès de l'ouvrage de M. Boissier comme ayant beaucoup profité à la critique historique, puisqu'il a su la faire accepter même dans ce qu'on appelle le monde, c'est-à-dire dans un public assez mal disposé à l'accueillir.