PRÉFACE. XVII
trouveraient pas davantage dans les monuments primitifs du christianisme, et s'éloignent des anciens, non pas tant comme chrétiens que comme modernes.
Despois nous montre par exemple dans Bourdaloue des développements sévères sur la richesse, qui aboutissent à ce trait, que la richesse contient en soi le péché, tout riche étant nécessairement injuste de sa personne, ou héritier de l'injustice d'autrui, et il croit que ces idées viennent uniquement de la prédication galiléenne. Mais si on lit ces invectives contre les richesses, qui étaient un lieu commun de la philosophie hellénique, on y trouvera précisément les mêmes reproches. Ce cri de Fabianus : « 0 pauvreté ! que tu es un bien inconnu ! » est un élan de la sagesse hellénique l.
Bien avant l'évangile où Jésus dit à un jeune Juif : « Ya, vends tout ce que tu as, et donne-le aux pauvres, puis viens et suis-moi, » des philosophes avaient donné le même conseil à leurs disciples, et ils avaient été obéis 2.
Despois objecte que le philosophe qui embrassait ainsi la pauvreté prétendait y trouver le bonheur dans cette vie même, tandis que le chrétien disait : « Heureux les pauvres, parce que le royaume des deux est à eux ! Heureux ceux qui ont faim, parce qu'ils seront rassasiés ! » [Luc, vi, 20.) Et il est vrai que le philo-
1. « O paupertas ! quam ignotum bonum es ! » Sénèque le père, Controversiœ, II, ix, 21, 25. Sénèque, Lettre 85, 22, etc.