‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 160 sur 183 · Diogène de Laérte, VI, 87. Marc, x · texte numérisé non relu

Diogène de Laérte, VI, 87. Marc, x

vail de la terre. Il n'y avait pas de femmes parmi eux ; il n'y avait pas non plus d'esclaves; ils se servaient les uns les autres. Tout appartenait également à tous, et nul n'était reçu sans s'être dépouillé d'abord de son bien. Ils s'abstenaient de se frotter d'huile; ils étaient toujours vêtus de blanc; ils s'interdisaient toute volupté ; ils donnaient une partie de leur temps à la prière et à la méditation ; ils faisaient des œuvres de charité. Ils croyaient et ils enseignaient l'immortalité des âmes, et cet appât, dit Joseph, agissait fortement sur ceux qui avaient une fois goûté à leur sagesse. C'était une communauté de saints administrée par des prêtres. L'étonnement qu'ils causaient était tout à fait semblable à celui que donna plus tard au monde la vie monastique : « Ils se repeuplent incessamment et se retrouvent toujours en nombre, par l'affluence de ceux que la vie a lassés, et que les orages de leur destinée jettent dans la même voie... Le dégoût que d'autres ont de leur existence perpétue la leur L »

Ce dégoût de l'existence dont parle Pline, vitœ pœnitentia, ne pouvait être nulle part plus vif et plus profond qu'en Judée, sous l'odieux empire des Romains 2.

Les circonstances n'ont pas peu contribué à déve-

1. Pline, Natur. hist., V. 15. Joseph, Antiq., WIII. 2, ô. et Guerre des Juifs, II, vin, 2-13. — Il y avait cependant aussi, d'après Joseph, des Essènes mariés.

2. Dans la formation de cette étrange société dos Essées, on est tenté de reconnaître l'influence du bouddhisme, qui aurait pénétré on Syrie et en Judée. Renan, Vie de Jésus, édition de 18i>:. p. [02.

lopper chez les Juifs l'humanité, ou, comme les chrétiens rappellent, la charité. L'humanité est aussi ancienne que l'homme lui-même ; on en rencontre la vive expression dans les monuments de la vieille Egypte, et on la retrouve chez les Grecs à toutes les époques ' ; mais chez les Juifs, ce sentiment devient une institution, par l'effet du lien qui les unit contre les étrangers comme des frères. Il y perd, je l'avoue, en étendue : les Juifs, qui sentaient continuellement sur leur poitrime le pied des Gentils, ne pouvaient guère concevoir la large humanité des Stoïques. La leur ne s'adressait qu'au Juif, ou à celui qui se faisait Juif. Mais ainsi resserrée, elle n'en Revenait que plus ardente, et la flamme en était sans cesse rallumée au feu de la passion, qu'entretenaient la lutte et la persécution. Tous les jours, ils avaient hesoin l'un de l'autre ; tous les jours ils se portaient assistance l'un à l'autre. L'affiliation juive n'a pas inventé la charité, mais elle l'a fortement organisée ; elle était, par la nature des choses, une grande association de secours mutuels. Les distributions d'argent établies parmi eux, qui mettaient le bien des riches au service des pauvres, étaient, dit Joseph, un exemple que les peuples admiraient et qu'ils s'efforçaient d'imiter. Et c'était aussi un attrait qui pouvait faire incliner vers eux ceux qui avaient besoin d'assistance 2.

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