‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 161 sur 183 · L'Hellénisme, t. II, p. 33 ; t. I, p · texte numérisé non relu

L'Hellénisme, t. II, p. 33 ; t. I, p

2. Joseph, Contre Ap ion, 11,30. M. Benamozegh, dans un livre intitulé: Morale juive et morale chrétienne, 18G7 , livre qui estd'ailleurs d'un Juif passionné, assure que telle fut en Judée la contagion des idées

Enfin le judaïsme, pour amener à lui les hommes, avait un dernier, un étrange appât, mais très-fort, celui du martyre. Le martyre en effet est encore une chose que les Juifs ont enseignée aux chrétiens ; ce sont eux qui en ont les premiers donné le spectacle au inonde. On a déclamé quelquefois sur ce thème, que la philosophie n'a pas de martyrs : elle en a eu ; les Pères de l'Église l'ont reconnu, et leur ont à l'occasion rendu hommage ; mais le martyre individuel, quelque grand qu'il puisse être en lui-même, est d'un effet médiocre au dehors ; le seul qui compte dans l'histoire est le martyre dans l'association, dont la contagion est irrésistible. Ce n'est, à l'origine, qu'un dernier acte de combat, de la part de ceux surtout qui combattent pour se défendre. Sous cette forme, on le retrouve partout ; il y a eu partout des hommes qui ont mieux aimé se faire tuer, ou se tuer eux-mêmes, comme les Sagontins, que de se rendre. Mais ce que les Juifs ont eu de particulier entre les peuples, c'est qu'on a voulu les forcer, non pas seulement dans

esséniennes, que le sanhédrin assemblé à Ouscha f après la dernière révolte des Juifs sous Hadrien) dut prendre une décision par laquelle il était défendu de donner aux pauvres plus du cinquième de son bien 'page 170). — Les Romains avaient d'ailleurs accordé aux scrupules religieux des Juifs l'exemption du service militaire ; c'était encore un privilège, qu'on faisait sans doute payer en argent à la communauté juive [Jos. Ant., XIV, x, G et 1 1-1 i). Les textes produits par Joseph donnent pour la raison de ces scrupules que les devoirs militai rendaient impossible l'observation du sabbat. Il y en avait d'autres qu'ils sous-entendent : c'est que les Juifs avaient horreur de la vie commune avec les Gentils, et surtout c'est que les soldats avaient à prêter un serment que les Juifs regardaient comme sacrilège, puisqu'il était prêté devant les dieux, contrairement à la Loi [Deut . vi, 13-14j.

leur ville ou dans leur indépendance extérieure, mais dans leur foi même et leur conscience ; on prétendait leur faire abjurer leur dieu, et ils préféraient mourir. C'était peu d'ailleurs que la mort simple. Aucune résistance n'irrite autant que la résistance religieuse, parce qu'elle n'est pas même comprise de l'ennemi, et ne lui parait qu'une déraison méprisable, ou même un crime et un sacrilège; delà les fureurs des persécuteurs, auxquelles répond la noble fureur des victimes. Qu'on songe à quels excès devaient aller ces haines dans l'antiquité, dont les mœurs étaient si dures. Tantôt c'était la foule qui s'emportait, et qui faisait dans une ville un massacre de Juifs, que les Juifs vengeaient quelquefois par d'autres massacres ; tantôt c'était l'autorité et la justice publique qui procédaient contre eux, comme elles faisaient d'ailleurs dans les moindres affaires de tous les jours, par la violence et les tortures. Philon nous a laissé le tableau d'une enquête ouverte contre les Juifs à Alexandrie par un préfet sous Gaius, et qui se faisait au théâtre. « Les spectacles commençaient ainsi : depuis le matin jusqu'à la quatrième heure *, c'étaient des Juifs qu'on fouettait, à qui on faisait subir l'estrapade ou le chevalet, ou que l'on condamnait à mort, et qu'on emmenait pour les mettre en croix à travers l'orchestre. Après cette belle exhibition, c'était le tour des danseurs, des mimes, des joueurs de flûte, et de tous les amusements de la scène. » Et plus loin : « Les fem-

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