Joseph, Guerre des Juifs, II, xvm
48i LE CHRISTIANISME ET SES ORIGINES.
sans doute lisaient les livres saints, assistaient aux réunions des proseuctères, s'associaient aux aumônes, entraient enfin dans la plupart des sentiments des fils d'Israël, attendant avec eux le règne du Seigneur. On pouvait être judaïsant à bien des degrés, et j'imagine, par exemple, que la fameuse Poppée, qui protégeait les Juifs, à ce que dit Joseph, « parce qu'elle servait Dieu » (eso^eër,? yàp ?jv), n'allait pas très-loin dans son judaïsme l. Mais souvent aussi, pour les femmes surtout, que la circoncision ne gênait point, il n'y avait qu'un pas de judaïser à être juive. C'est sans doute ainsi que sous Néron, les Gentils de Damas ayant résolu, dit Joseph, de massacrer les Juifs de leur ville, durent se cacher de leurs femmes, qui toutes, à très-peu près, suivaient la religion des Juifs 2. » Je ne sais donc pas quel était, à la veille de l'avènement du christianisme, le compte des Gentifs qui s'étaient faits Juifs, et peut-être n'était-il pas très-considérable ; mais on peut dire sans hésiter que déjà à cette époque, une assez grande partie du monde judaïsait, au-dessous du moins des classes supérieures, et ces judaïsants ont été le noyau des chrétiens.
Cependant le mouvement révolutionnaire, qui longtemps a aidé et porté le judaïsme, a fini par le déborder et par sortir des limites de la Loi et de la tradition; il a produit alors le christianisme, qui a été à sa naissance, plus encore que le judaïsme lui-même, la
1. Antiq., XX, vin, 11. De même, o\ asêofiEvoi, Act. siii, 43, etc.