XVIII PREFACE
sophe nepouvait parler ainsi, puisqu'il n'attendait pas, comme le Galiléen, la fin prochaine de ce monde et l'avènement d'un monde nouveau. Mais je ne vois pas que cela constitue ce que Despois appelle une inspiration morale tout autre ; car on aboutissait toujours en pratique au mépris de la richesse et à l'amour de la pauvreté. Et, au contraire, il est clair que l'inspiration d'où est sortie cette croyance galiléenne, c'est précisément le sentiment moral exalté qui, dans le monde tel qu'il est, faisait voir à certaines âmes, dégoûtées du spectacle de la corruption- et de Tinjustice, la richesse comme un mal et la pauvreté comme un bien.
Despois relève encore ces paroles de Bourdaloue : « La morale de l'évangile nous apprend que plus un chrétien est riche, plus il doit être pénitent, c'est-àdire plus il doit se retrancher des douceurs de la vie : et que ces grandes maximes de renoncement, de dépouillement, de crucifiement, si nécessaires au salut (c'est Despois lui-même qui souligne), sont beaucoup plus pour le riche que pour le pauvre. » Il est clair que le crucifiement est un mot chrétien, et Bourdaloue pense ici aux passages des évangiles où Jésus dit : « Celui qui veut marcher derrière moi, qu'il se renonce, qu'il porte sa croix et qu'il me suive » {Marc, vin, 34, etc.). Mais cela signifie simplement que le disciple du Christ doit être prêt à sacrifier sa vie, comme le Christ lui-même : les versets suivants le