‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 19 sur 183 · PREFACE. XIX · texte numérisé non relu

PREFACE. XIX

prouvent assez : il n'est nullement question ici de ces privations, de ces austérités, de ces actes pénibles, par lesquels le langage dévot dit qu'on se crucifie ou qu'on se mortifie, suivant une autre expression empruntée aussi au Nouveau Testament, mais détournée encore de son sens1.

Cette morale ascétique vient réellement de Platon, non de l'évangile : il suffit de relire, pour s'en convaincre, les pages 64 à 84 du Phédon. Elles ne sont que le développement de ce thème, que la philosophie est un apprentissage que l'âme fait de la mort dans la vie même, en se détachant du corps par la renonciation volontaire à tous les désirs et à toutes les jouissances des sens. Je n'ai pas besoin de remonter ici aux origines orientales de l'ascétisme; il suffit de montrer qu'il est pour le moins aussi hellénique que galiléen.

On se fait bien d'autres illusions sur les prétendues nouveautés chrétiennes. Voici des moines ; voici des couvents ; on s'écrie que l'antiquité n'a rien connu de tel : mais il n'y a dans le Nouveau Testament ni couvents ni moines. D'où viennent-ils donc? Si on con-

1. Dans les Lettres de Paul, les termes de crucifier et de mortifier ont un sens particulier tout mystique, et très-différent de celui que le style dévot exprime par ces mots de mortifications et de croix. C'est l'idée que nous devons tuer en nous ce que Paul appelle le vieil homme, ainsi que le Christ a été tué sur sa croix : et cela se fait simplement par la renonciation au passé de l'humanité, et non par la recherche ascétique des privations et des souffrances.

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