‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 23 sur 183 · PRÉFACE. XXIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. XXIII

tiennes, absolument originales, et on a le droit de dire qu'il ne se trouve rien de pareil dans l'antiquité profane. Mais ce qu'il faut ajouter, et ce qui surprendra bien des chrétiens, c'est qu'il ne se trouve non plus rien de pareil dans le christianisme lui-même pendant des siècles. En mettant à part le génie d'un Pascal et son imagination maladive, ces effusions, dans leur fond même, étaient étrangères aux anciens chrétiens : ils ne se livraient pas à ces sentiments; ils ignoraient la plupart de ces idées. Les Pères ne s'intéressaient pas en général à l'humanité de Jésus-Christ. On n'appuyait pas volontiers sur son supplice, regardé comme ignominieux par les Gentils ; on ne le figurait pas aux yeux; on ne fabriquait pas de crucifix ; Minucius Félix écrivait même en propres termes : « Nous n'avons pas le culte de la croix » (Octav. 29). Il semble que les Pères ne veuillent considérer dans le Christ que le Verbe et le Fils de Dieu. Léon va jusqu'à dire dans ses sermons qu'il ne faut pas s'attristerni pleurera l'occasion delà Passion (Sermons 58 et 59). Et Ambroise avait déjà dit que Marie elle-même, au pied de la croix, ne pleurait pas, donnant ainsi un démenti par avance à la prose fameuse :

Stabat mater dolorosa Juxta crucem lacrymosa '.

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