PRÉFACE. III
fait delà polémique, mais de l'histoire. Ou du moins l'histoire était toute ma polémique. Sans discuter ni combattre les doctrines, je m'attachais à montrer que la révolution qui a fait du monde hellénique le monde chrétien n'a rien de brusque, rien qui sente le miracle ou le mystère; que le christianisme était déjà en grande partie dans l'hellénisme et en est sorti naturellement. J'ajoutais cependant qu'il y a autre chose dans le christianisme que l'hellénisme, et d'abord le judaïsme, qui en est un élément considérable. C'est cet élément que j'ai à reconnaître aujourd'hui, et cette étude ne paraîtra pas d'abord devoir être très-intéressante ; car personne ne conteste qu'il y ait du judaïsme dans le christianisme, puisque l'orthodoxie professe au contraire que les deux religions n'en font qu'une, et que la nouvelle n'est que le développement et l'achèvement de l'ancienne. Cependant ici encore l'orthodoxie est trop souvent en désaccord avec la critique historique, et cela de deux manières. Tantôt en effet, comme elle a rompu avec ce judaïsme dont elle est sortie, elle s'efforce de s'en distinguer, et de se montrer à la fois autre et supérieure. Elle parle comme parle le Discours sur la montagne : « Il a été dit aux anciens... Et moi, je vous dis... », et il s'en faut bien que ses prétentions soient toujours justes; on verra que le christianisme doit quelquefois plus au judaïsme qu'il ne l'avoue. Mais l'orthodoxie chrétienne pèche surtout contre la