‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 4 sur 183 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

critique en sens contraire ; je veux dire en méconnaissant les lois de l'histoire dans le développement du judaïsme lui-même. Séduite par la conception purement idéale d'une religion perpétuelle et immuable, elle suppose arbitrairement que tout ce qui se trouve dans le judaïsme au temps de Jésus s'y trouvait déjà au temps de Moyse : un dieu incorporel, la foi au Messie, la croyance à la résurrection ; elle s'imagine que depuis Moyse (ou ce qu'on appelle de ce nom) rien n'a changé. Et elle prétend reconnaître dans la Bible, non-seulement ce qui n'a été juif qu'après la Bible, mais même ce qui ne l'a jamais été, et que le christianisme a pris ailleurs, comme la Trinité ou l'Incarnation. Ce sont là de pures illusions, et l'histoire du judaïsme, comme toute histoire, n'est qu'une suite de transformations, qui tiennent à l'influence des événements sur les idées. Les idées elles-mêmes ne sont que des événements : les faits extérieurs agissent sur les faits de l'ordre moral, comme ceux-ci agissent à leur tour sur les autres. C'est l'étude de ces transformations de la foi juive, dont la dernière est l'avènement même du christianisme, qui fait l'objet de ce volume. C'en est le fond, et les questions accessoires que je puis rencontrer sur mon passage ne doivent jamais le faire oublier.

Parmi ces questions accessoires, la plus considérable est celle de la chronologie des livres de la Bible. Elle rentre même jusqu'à un certain point dans

Page 1