‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 30 sur 183 · I Rois, xv, li · texte numérisé non relu

I Rois, xv, li

riens. Ce n'est pas là une loi violée comme toutes les lois peuvent l'être, par la faiblesse ou la passion de* hommes; cette infraction universelle, continue, solennelle témoigne assez qu'on ne viole pas la Loi, mais qu'on l'ignore, c'est-à-dire qu'elle n'existe pas. Le livre des Rois suppose même que la destruction des Hauts Lieux par Ézécbias fut pour beaucoup un scandale: il semblait que le roi, en exigeant qu'on ne sacrifiât plus qu'à Jérusalem, avait diminué le dieu pour agrandir ses prêtres. Pendant le siège de Jérusalem par les Assyriens, un envoyé du roi d'Assyrie, qui parlemente avec les principaux de Juda pour les déterminer à la soumission, leur parle ainsi (xvm, 22) : « Vous dites : « Nous nous confions en lehova notre » dieu; » — maisÉzécbias neluia-t-ilpasôtéses-Hauts Lieux et ses autels, en disant à Juda: « Yous n'adorerez » qu'ici, en Jérusalem ? » Ainsi, ce même zèle du Temple et du sacerdoce de Jérusalem, qui depuis a consacré pour les Juifs le nom d'Ézécliias, avait paru d'abord une nouveauté téméraire.

Par les trois grands caractères que j'ai signalés, le culte des dieux étrangers, celui du taureau d'or, celui des Hauts Lieux, l'israélisme paraît déjà bien semblable aux religions des Gentils: il l'est encore en ce que lehova, comme tant d'autres dieux, était honoré en ces temps-là par l'homicide et par la débauche. Et d'abord il recevait des sacrifices humains. Tout le monde connaît l'histoire de Jephté (Juges, m) : il voue à lehova, avant de livrer bataille, le premier

être vivant qui à son retour sortira des portes de sa maison ; c'est sa fille qu'il en voit sortir, et il la sacrifie sans pitié, comme Agamemnon sacrifie Iphigénie. Il fait là précisément la même chose que ce que le livre des Rois raconte de Mésa, roi de Moab, au temps du roi de Juda Josias. Assiégé par les deux rois de Juda et de Samarie et près d'être forcé, il immole son fils aîné en holocauste à Iehova sur les murailles de la place, et par ce sacrifice il obtient que la colère de Iehova se retourne contre Israël l. Nous ne savons si ce fils est déjà grand, comme la fille de Jephté, ou si c'est un enfant au berceau; mais les sacrifices de petits enfants étaient une habitude de ces temps barbares. On les tuait par le feu en l'honneur d'un dieu qu'on appelait le molek (le roi), et qui parait avoir été le dieu de tous les peuples sémitiques. Les historiens grecs et latins parlent de sacrifices de cette espèce qui se faisaient à Carthage, et appellent le dieu du nom de Cronos ou Saturne. Diodore raconte (XX, 14) que, vers 300 avant notre ère, dans l'alarme que donna à la cité une victoire d'Àgathocle, on brûla ainsi jusqu'à trois cents enfants des meilleures familles. Voici comment parle Plutarque, à la fin de son livre De lu peur des dieux, au sujet de ces auto-da-fé antiques : « Ainsi ils sacrifiaient eux-mêmes leurs enfants en connaissance de cause; ceux qui n'en avaient pas achetaient les enfants des pauvres, pour les égorger -, comme des moutons ou des poulets.

1. II Roi*, m, 27. Voir la note do M. Ed. Reuss sur co passage. :\ Ainsi parle Plutarque, mais Diodore dit que les enfants étaient

La mère était là, sans marque d'émotion et sans plainte; car, s'il lui échappait un gémissement ou une larme, on ne lui payait pas son enfant, et il n'en était pas moins sacrifié. Cependant, autour de l'image, tout retentissait du bruit des flûtes et des tambours, afin qu'on ne pût entendre les cris des victimes. » Les Hébreux pratiquaient également ces sacrifices, et on nous dit que les rqis mêmes brûlaient ainsi leurs enfants l.

On a soutenu que Iebova et le molek n'étaient à l'origine qu'un même dieu, et il est certain que le LéviUque, dans les versets où il interdit ces affreux sacrifices, non-seulement n'indique en aucune manière qu'ils s'adressent à un dieu étranger, mais au» contraire les condamne à ce titre qu'ils profanent le nom de Iebova2.

Mais, tandis que jusqu'ici la Loi témoignait contre l'ancienne religion d'Israël en la contredisant d'une manière formelle, au contraire, sur cet article des sacrifices humains, elle atteste l'antique barbarie en ce qu'elle en a gardé quelque chose. Elle déclare expressément que tout premier-né appartient à Iehova, et qu'il doit lui être ; offert (Exode, xxit, 29). Elle accorde, il est vrai (xni, 12), que l'enfant peut être racheté par

placés sur les mains de l'idole, qui étaient faites de manière à. ne pouvoir les retenir, de sorte qu'ils roulaient dans une fournaise, où ils étaient consumés. Y a-t-il eu un temps où on tuait les enfants avant de les jeter au feu?

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