Contra Faustum, XVIII
probablement ce qui est condamné dans un versel du Lévitique (xix, 29), et plus tard dans le Deutéronome (xxm, 18); il faut remarquer pourtant que ces passages n'interdisent ces prostitutions sacrées qu'aux fils et aux filles d'Israël. Le Deutéronome, qui est, comme on le verra, un livre plus récent que les autres livres du Pentateuque, défend de faire du salaire de ces prostitués une offrande à Iehova l.
Malgré les traces des anciennes mœurs que la Loi conserve encore, la religion de la Loi est donc dans son ensemble beaucoup moins libre et moins païenne que l'antique religion d'Israël. Cette transformation ne s'est pas faite tout d'un coup sans doute, et on peut en suivre les progrès dans l'histoire des deux royaumes : on reconnaîtra qu'ils répondent à ceux d'un patriotisme qui de plus en plus s'éloigne des étrangers et s'attacbe au dieu et au culte du pays. Tel est déjà le caractère de cette lutte entre Iehova et le Baal phénicien, qui éclate sous Achab et Jézabel à
1. La place que tenaient dans les religions antiques l'ivresse des sens et ce qu'on pourrait appeler le culte des instincts sexuels est un sujet qui a fourni récemment encore à un critique deux volumes entiers (Jules Baissac, les Origines de la religion, librairie Deeaux, 1877). L'ouvrage est malheureusement plein de désordre et de confusion dans les détails ; mais l'auteur peut se flatter qu'il est absolument impossible à qui a seulement feuilleté son livre de méconnaître la vérité de sa thèse générale et l'importance de cette thèse dans l'histoire des religions.
Sur les hiérodules, voir, entre autres textes, celui de Strabon (p. 559), sur Comana et Zéla, deux cités du Pont, placées sous un gouvernement sacerdotal qui ressemblait beaucoup à celui de Jérusalem.
Les prostituées sacrées figurent aussi dans les textes cnaldéens F. Le.normant, la Magie chçz les Ckaldéens, 187 i, p. 4).
Samarie, et sous leur fille Athalie à. Jérusalem. Le tableau de cette crise, dans Samarie, est un des plus dramatiques du livre des Rois. C'est là qu'on voit paraître les grands prophètes, ces espèces de tribuns sauvages, qui sortent tout à coup de leur désert et de leurs jeûnes pour se jeter au milieu de la multitude et pour commander aux rois. Les récits sur Elie et Elisée sont de la poésie, mais cette poésie recouvre une histoire, et ne fait que traduire avec éclat la puissante originalité des hommes et des mœurs.
A Jérusalem, c'est le grand prêtre qui renverse Athalie et son dieu; un prêtre était tout autre chose qu'un prophète. Quand les Chroniques, livre moderne et sans autorité, font prophétiser le grand prêtre Zaeharie, fils de Joad, elles le confondent peut-être avec Zaeharie le prophète ; en tout cas, ce trait n'est pas dans le livre des Rois. — C'est de ce passage des Chroniques que Racine s'est autorisé pour faire prophétiser Joad lui-même.
Iehova donc avait prévalu, mais la religion de Iehova ne ressemblait guère encore à ce qu'elle est devenue depuis. Le passage de l'israélisme au judaïsme ne s'acheva que par la destruction du royaume de Samarie, au commencement du VIIIe siècle. Cette destruction même parut condamner les anciennes croyances et l'ancien culte, d'après le livre des Rois II, (xvu, 7).
Jusqu'à ce temps, Juda et Jérusalem étaient peu de chose en Israël. Joseph, père d'Ephraïm et de Menasse, est le plus illustre des tils de Jacob, et bien
supérieur à son frère Juda. Jérusalem était une ville ehanauéenne, qui ne fut. conquise que fort tard par Israël ; les villes saintes étaient Béthel et Silo, du royaume du nord ; c'est dans ces villes que résida longtemps l'arche du dieu l. Quelle que soit la date du Temple de Jérusalem (car la tradition qui le rapporte à Salomon n'a peut-être aucune valeur historique), il n'intéressa longtemps que les deux tribus dont cette ville était la capitale.
Mais la disparition du royaume du nord donna à celui de Juda une importance toute nouvelle. Sous le coup de cette catastrophe, tout ce qui restait d'Israël se resserra autour de Jérusalem, de son roi et de ses prêtres. C'est alors, sous Ezéchias, que commence à prévaloir la religion du Temple. Il devient le centre auquel s'attachent toutes les affections du peuple de Iehova. Le torrent de l'invasion assyrienne qui emporta Samarie avait failli emporter Juda; ses campagnes furent ravagées, ses villes forcées, à l'exception de Jérusalem; Jérusalem même fut bloquée et affamée. Cependant les Assyriens finirent par lever le siège et sortirent même du pays ; mais ce ne fut pas sans emporter des sommes énormes ; le roi avait épuisé, pour les payer, son trésor et celui de son dieu ; il avait livré jusqu'à l'or dont les portes du Temple étaient revêtues ; mais enfin Jérusalem et le Temple restèrent debout, et semblèrent désormais les garants de la protection de Iehova. Ezéchias vécut encore quinze ans et régna en paix :