‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 33 sur 183 · Juges, xx, 18, 27. — Josué, xvm, 1, etc · texte numérisé non relu

Juges, xx, 18, 27. — Josué, xvm, 1, etc

iJ2 LE CUIUSTIAN1SME ET SES ORIGINES.

on jouit d'autant plus de cette paix qu'on avait été plus près de la ruine. Son règne passa pour un règne heureux et réparateur ; il fut consacré d'ailleurs dans la suite par cette même réforme religieuse qui n'avait paru d'abord qu'une nouveauté téméraire.

CependantManassé, le fils mèmed'Ezéchias, pendant un règne de cinquante-cinq ans, qui ne fut traversé par aucune disgrâce, remit en honneur, si on en croit le livre des Bois, le culte des Hauts Lieux et celui des dieux étrangers ; il offrit son fils au molek en sacrifice. Il versa d'ailleurs beaucoup de sang, dit le texte, peut-être celui des prêtres et des zélés de Iehova, que révoltait ce retour aux traditions du passé. Son fils Amon suivit la même voie vingt ans encore, mais il fut assassiné, et remplacé par son lîls.Josias, qui était un enfant de huit ans. Sous ce nouveau règne, qui dura trente ans, on reprit la tentative d'Ezéchias, toujour d'après le livre des Rois, et on s'efforça d'exterminer toutes les religions qui pouvaient faire obstacle à la domination de Iehova et de ses prêtres. L'avènement du judaïsme pourrait être daté de Josias, c'est-à-dire de la fin du vme siècle avant notre ère l.

Voici, d'après le livre des Rois, quelle fut l'occasion

1. Je n'ai pas tenu compte du récit des Chroniques, livre dont j'ai dit le peu d'autorité, sur la prétendue captivité de Manassé el

sa prétendue conversion (II Chron., xxnr. 11-19). Ce récit est absolument démenti par le silence du livre des Rois. Il a été inventé sans doute pour l'édification des dévots, qui ne pouvaient souffrir que ce. fils impie d'un saint roi mourût à la lois en pleine prospérité et en plein péché.

de oelle révolution religieuse. Dans la dix-huitième année du règne de Josias, le roi ayant envoyé un sôpher

yç.-A[Vi.'jL-z'J;.ïr, ■//>'/! auprès du grand prêtre, pour conférer avec lui sur des dépenses à faire en vue de la réparation du Temple, le grand prêtre dit au sopher : « J'ai trouvé un livre de la Loi dans la maison de Iehova ; » et il le lui donna à lire. Le sopher à son tour le lut au roi, et le roi, à cette lecture, fut profondément troublé ; il déchira ses habits en signe de deuil quand il eut entendu « les paroles du livre de la Loi ». « Allez, dit-il, consultez Iehova pour moi, pour tout, le peuple et pour tout Juda, au sujet des paroles de ce livre, qui vient d'être trouvé ; car grande est la colère de Iehova contre nous, parce que nos pères n'ont pas obéi aux paroles du livre et n'ont pas' fait ce qui y est ordonné. » Là-dessus, les envoyés du roi, le grand prêtre à leur tète, vont consulter « Hulda, la prophétesse». Que le grand prêtre ait besoin d'une prophétesse pour obtenir l'oracle de son dieu, rien ne montre mieux la différence entre les prêtres et les prophètes. On voit d'ailleurs que la femme, qui n'avait point de part au sacerdoce dans Israël, n'était pas exclue de la prophétie. Ilulda rend aux envoyés cette réponse : « Ainsi a dit Iehova, dieu d'Israël : « Dites à l'homme qui vous a envoyés vers » moi : Ainsi a dit Iehova : Yoici que je vais envoyer » la ruine sur ce lieu et ses habitants, selon toutes » les paroles du livre que le roi de Juda a lu. » Pour le roi lui-même, la prophétesse annonce qu'il lui est fait grâce, parce qu'il s'est humilié devant Iehova, ni. 3

et ce n'est qu'après lui que les calamités envoyées d'en haut frapperont son peuple. Le roi fait assembler alors le peuple entier « dans la maison de Iehova », et fait lire dans cette assemblée les paroles du livre du Pacte, comme le texte l'appelle cette fois, et le roi et le peuple conclurent solennellement « un pacte » avec Iehova (II, Rois, xxn, 3 ; xxm, 3).

Les « paroles du livre » dont il est question ici sont sans doute celles qu'on lit au chapitre xxviii du Deutéronome, à partir du verset lo. Il y est dit en effet que, si les fils d'Israël sont infidèles à Iehova, ils seront frappés de toutes les malédictions, et particulièrement qu'ils seront battus par leurs ennemis ; qu'ils perdront leurs terres ; qu'ils se verront enlever leurs femmes et leurs enfants; que Iehova suscitera contre eux une nation inconnue, qui détruira leurs villes, les emmènera en captivité, eux et leur roi, et les dispersera à tous les points de la terre; mais quel jugement peut-on porter sur un tel récit?

Rien de plus étrange d'abord que cette parole du grand prêtre: « J'ai trouvé le livre de la Loi, » sans qu'il explique ni comment ce livre a pu se perdre, ni comment il a été retrouvé. Cela a conduit tout naturellement à supposer que la Loi en effet n'avait pas été alors retrouvée, mais bien écrite pour la première fois, de sorte qu'on pouvait dater du règne de Josias la composition du Pentateuque. On concevait ce travail comme ayant été fait précisément pour autoriser les nouveautés qui se produisirent à cette époque et pour servir de fondement à Tordre non-

veau qui s'établissait. On s'expliquait par là (pie la prétendue Loi de Moyse lût en si complète opposition avec toute l'histoire d'Israël: autant il était impossible de croire qu'elle eût pu être méconnue pendant tant de siècles, autant il était aisé de comprendre qu'elle avait été pendant ce temps inconnue, c'est-àdire qu'elle n'existait pas.

Ainsi, la critique acceptait ce passage du livre des Rois pour s'en servir contre la tradition; mais elle aurait dû aller plus loin et se défier de ce passage même. Elle n'aurait pas dû admettre que ni un livre, ni une prophétesse, vingt ans avant la destruction du royaume de Juda et la captivité de Babylone, eût pu annoncer à Jérusalem ces calamités et en marquer le temps précis. Ce n'est là qu'une fiction dramatique imaginée après coup, et qui ne peut servir par conséquent en aucune manière à déterminer la date du livre ou des livres de la Loi.

L'écrivain, qui vivait sous la Loi et qui rencontrait au temps de Josias un mouvement religieux analogue à celui dont plus tard la Loi est sortie; qui d'ailleurs était nourri dans la tradition que la Loi remontait jusqu'à Moyse, a été tout naturellement conduit à imaginer que la Loi avait été oubliée pendant des siècles et pour ainsi dire enterrée, et qu'on l'avait tout à coup retrouvée alors.

La vérité est sans doute qu'un ensemble de réformes religieuses s'étant accompli, sous le règne de Josias, au profit du Temple de Jérusalem et du sacerdoce de Juda, on se servit, pour les appuyer, du nom antique

et vénéré de Moyse, et peut-être parla-t-on alors pour la première fois d'une Loi qu'on supposa qu'il avait reçue de son dieu et qu'il avait transmise à son peuple. Aussi bien ce passage est à peu près le seul dans le livre des Bois où il soit parlé de la Loi, dont il n'est jamais question dans ceux des Juges et de Samuel. Dans les Bois mêmes, elle n'avait été jusqu'alors nommée que deux fois. En rappelant les dernières recommandations de David à son fils Salomon, on lui fait dire qu'il faut observer « tout ce qui est dans la Loi de Moyse » (I, n, 3). Ailleurs (II, xiv, 6), on raconte qu'Amasias fit mourir les assassins de son père, et on ajoute qu'il ne fit pas mourir leurs enfants, « conformément à ce qui est dit dans le livre de la Loi de Moyse l. Il n'est pas étonnant qu'un écrivain qui lui-même vivait sous la Loi ait laissé échapper ces paroles, expression de sa propre pensée. Mais nulle part sous les rois, non plus que sous les Juges, la Loi n'est elle-même en action, pour ainsi dire, et ne parait tenir une place dans l'histoire du temps. Il est vrai que dans YAthalie de Racine, avant de couronner le jeune Joas, on lui fait prêter serment sur le livre de la Loi, et Racine a pris cela dans le second livre des Chroniques ou Paralipomènes (xxm, 11) 2. Le même livre dit ailleurs xvn. 9) que le roi Josaphat fit faire dans Juda ce que nous appellerions des missions par des lévites

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