Voir Deutéronome, x\iv, 1G
2. Ou plutôt il a cru l'y prendre : la plirase dont il s'est autorisé, et dedenint in manus ejus tenendam legem, ne se trouve que dans la Vuleate.
« qui portaient avec eux le livre de la Loi ».Mais il n'y a rien de cela dans le livre des Rois; les Chroniques sont un ouvrage très-récent et très-éloigné des sources, dont le témoignage ne prouve rien dans le silence du livre des Rois, et fait qu'on n'en remarque que mieux ce silence.
Le détail que nous donne l'Ecriture de la révolution religieuse faite par Josias est una révélation éclatante , de ce que disait l'histoire sur le paganisme d'Israël pendant toute la durée de l'existence des deux royaumes. A cette date de Josias, c'est-à-dire mille ans après celle où on place Moyse, le Temple, d'après le livre des Rois, était encore rempli de vases et d'ustensiles sacrés employés au culte du Baal ou à celui du soleil, de la lune et des étoiles, et c'est Josias qui les fait jeter au feu. Â l'entrée de Jérusalem s'élevaient des autels d'Astaroth, de Chamos, de Melchom. Partout il y avait, des Hauts Lieux, que Josias fit profaner, brisant les pierres saintes, coupant les arbres sacrés et jetant par-dessus des os de morts. Jérusalem était pleine d'inspirés, en proie à toute sorte d'esprits, et de devins ventriloques, qui faisaient monter et parler les morts, comme la femme d'Endor. Partout s'étalaient dos pratiques que nous sommes habitués à considérer comme abominables aux yeux des Juifs, et parmi lesquelles il faut compter les prostitutions sacrées et les sacrifices au molek. Un feu était toujours allumé dans la vallée des fils d'Hinnom, attendant les enfants que leurs parents allaient donner au dieu à dévorer.
Enfin, d'après le livre des Rois, Josias fit célébrer solennellement la fête du pesa ou de la Pâque, « comme il est écrit dans le livre du Pacte ». Et le texte ajoute: « Cette Pàque n'avait pas été faite, ni du temps des Juges qui gouvernèrent Israël, ni du temps des rois d'Israël on des rois de Juda. C'est dans la dixhuitième année du roi Josias que fut faite cette Pàque à Ieh'ova dans Jérusalem. » Il est évident par ces versets que la célébration solennelle de la Pàque était une institution nouvelle, et que c'est par une pure fiction que plus tard on la fit remonter jusqu'à Moyse dans les livres de la Loi.
Qu'était-ce que cette fête de la Pàque? VExode donne de ce mot une explication trop subtile pour être vraisemblable (xu, 11-12). Si on considère qu'elle se célébrait à la première pleine lune du printemps, el que le mois lunaire, dont elle marque la moitié, était le premier de l'année juive, on ne doutera pas qu'elle n'eût pour objet de fêter le renouvellement de l'année l. Les fêtes religieuses d'origine antique se rattachent toujours aux grandes dates astronomiques. J'imagine d'ailleurs que cette époque était fêtée par les enfants d'Israël bien avant le temps de Josias. La nouveauté fut de la fêter, comme dit le texte, « dans Jérusalem », et d'y convoquer pour cela le peuple entier. Rien n'était mieux fait pour établir la religion du Temple, et pour faire de la maison de Iehova le centre de l'existence des hommes de Juda.
1. Le mot hébreu signifiant passage, il exprime peut-être le passage d'une aimée à l'autre.
Il semble doue qu'une grande révolution religieuse est définitivement accomplie, et que le judaïsme, comme nous l'entendons, règne désormais. Et pourtant, d'après le livre des Rois, notre source unique, Joachas, fils de Josias, fit, comme ses pères, « tout ce qui déplaît à Iehova ». Il en fut de même de ses successeurs Joachim et Joaçhin, et enfin de Sédécias, le dernier roi de Juda. Environ vingt ans après la mort de Josias, la royauté .de Juda finissait en plein paganisme.
Il n'est donc pas possible d'en douter, la Loi, cette œuvre prétendue deMoyse, n'existait pas encore quand le royaume de Juda a été détruit. On doit croire seulement que les révolutions religieuses racontées dans le livre des Bois l'ont préparée. Ces révolutions ont pu être exagérées à distance ; cela n 'empêche pas qu'elles n'aient été réelles, et que Jérusalem, à mesure qu'elle a vécu davantage, ne soit allée s'attachant de plus en plus à* son Iehova, dieu jaloux, dont le culte tendait à devenir toujours plus sévère. C'est la ruine et l'exil qui ont achevé de former le judaïsme ; mais la ruine même et l'exil n'y auraient pas suffi, si le mouvement qui aboutit à l'établissement de la Loi n'avait commencé longtemps déjà avant la crise qui L'a conduit à son terme.
Après la prise et la destruction de Jérusalem par le roi de Babylone, la population de Juda, ou du moins l'élite de cette population, fut transportée dans le pays de ses maîtres : c'est ce qu'on appelle la transmigration ou la captivité de Babylone. Elle dura environ
trois quarts de siècle, puis tout à coup la ville et l'empire de Babylone tombèrent à leur tour sous les armes de Cyrus.
Par des motifs sur lesquels nous ne pouvons faire que des conjectures, Cyrus victorieux permit aux Juifs de rentrer dans la Terre d'Israël et de rétablir Jérusalem. On peut croire qu'ils faisaient déjà, surtout depuis l'exil, le commerce de l'argent; que déjà aussi ils avaient, comme capitalistes, la force que donne l'association, et qu'ainsi ils avaient rendu à Cyrus des services. Du reste, ce rétablissement des Juifs ne se fit pas tout d'un coup, puisque l'on compte près de cent ans de Zorobabei à Esdras etXébémie. L'état juif ne fut donc réellement reconstitué qu'environ un siècle et demi après qu'il avait été détruit ; de suite que ce qui s'établit alors a. dû être profondément différent de ce qui avait été autrefois.
J'ai dit l'état juif, car c'est par la tribu de Juda que se fit le rétablissement d'Israël. Les Israélites des dix tribus, transportés depuis deux cents ans dans l'Assyrie, ne paraissent pas s'être remués alors, soit parce qu'ils s'étaient accoutumés à leur existence nouvelle, soit parce qu'ils n'étaient pas restés unis par un aussi fort lien de patriotisme et de foi. C'est Juda qui reprit possession de son pay-. el c'est seulement à la longue qu'on vit se grouper autour de Juda comme autour d'un centre tous les restes d'Israël.
Cependant il n'y avait plus dans Juda de famille royale ; la race de David avait disparu, et probablement bien des cboses du passé avaient disparu avec
elle. Les Juifs eurent donc le champ libre pour les réformes et purent établir entre eux l'égalité et la
justice, sous la suprématie de leur dieu et de sa Loi, qui en fut la garantie. Les Juifs n'avaient plus audessus d'eux que leur grand prêtre. Ces grands prêtres devinrent dans la suite de vrais princes ou rois; il est probable qu'ils ne furent d'abord que les chefs honorés d'une république. Cette constitution nouvelle, cette espèce de démocratie religieuse, avait besoin de s'appuyer sur l'autorité d'une écriture. I! fallait que cette écriture traduisit l'état nouveau, et il fallait aussi qu'elle parut consacrée par 1<> temps. L'esprit juif se reporta alors de lui-même à ses plus antiques souvenirs; il s'attacha au nom de Moyse, qui passait pour avoir tiré les Juifs de l'Egypte et en avoir fait un peuple, et c'est à Moyse qu'il attribua les institutions qu'il se donnait. C'est ainsi que se produisit la Loi, tora.
Les livres compris sous ce titre contiennent à la fois, cl mêlés ensemble, le texte même de la Loi, et l'histoire d'Israël jusqu'à la Loi. L'histoire évidemment a été faite avec des livres plus anciens, qui ont disparu, mais dont on aperçoit encore la trace, soit dans les livres du Pcntateuquc, soit dans ceux qui suivent l.
Tout ce que nous pouvons dire de cette littérature primitive, c'est que la source n'en était pas dans Juda, mais dans Ephraïm. L'importance donnée dans ces histoires au personnage de Joseph, père
i. Sombres, xxi, 14. — Josué, x, 13. — II Samuel, i, 1S.
d'Éphraïm et de Manassé ; la sainteté de Béthel et celle de Silo; les noms des villes auxquelles appartiennent la plupart des héros du livre des Juges, Débora, Gédéon, Àbimélec, Jephté, Samson, etc. ; tout indique que c'est dans le royaume du nord qu'il faut aller chercher la naissance des récits qui nous ont été transmis par Juda.
La Loi elle-même peut avoir d'antiques origines, en ce sens que les commandements appelés les Dix Paroles ont peut-être été pris dans ces monuments primitifs, ou qu'elle peut contenir encore quelques proscriptions qui remontent à une tradition reculée. Mais l'ensemble de la Loi appartient incontestablement à la restauration de la république juive après l'exil, et elle a sa raison d'être dans cette restauration même.
Elle suppose évidemment qu'Israël ne fait qu'un seul peuple. Or cela ne s'est vu qu'avant la séparation des deux royaumes, ou après que tous deux ont été détruits. On a vu que la première hypothèse est impossible; la seconde est donc obligée.
La Loi s'adresse à un peuple qui n'a pas de roi ; rien n'y suppose l'existence de la royauté. Si donc elle n'est pas antérieure à David (et cela est établi , elle est nécessairement postérieure à l'exil de Babylone 4.
Les livres de la Loi supposent l'existence d'un
1. Il semble qu'il y ait la mention d'une royauté dans le cinquième livre du Pentntcuquc, le Deutéronome. Mais j'ai averti que ce livre doit être mis tout ;\ fait ;i part des autres, et qu'il est d'une date bien plus récente. J'expliquerai, quand il en sera temps, les versets où on a cru trouver des rois.
Temple unique, où réside le dieu d'Israël. Il est vrai qu'il n'y est parlé que d'un tabernacle ou tente sacrée, parce que ces livres met lent tout dans la bouche de Moyse, et que, du temps de Moysc, il n'y avait pas de Temple. Cependant quelquefois ils nomment « la maison de Jehova », et il est clair que c'est le Temple qui est désigné par les mots : « A l'endroit, quel qu'il soit, où j'attacherai la mémoire de mon nom' » *. Enfin la Loi qui veut que tous les mâles d'Israël se présentent « devant Iehova » aux trois fêtes solennelles, est encore faite en vue du Temple. Si maintenant la Loi n'existait pas pendant la durée du premier Temple, elle ne peut avoir été écrite qu'après qu'on a eu bâti le second, et même après que le culte de Iehova y était depuis un assez long temps régulièrement pratiqué. Car on ne peut s'expliquer autrement. ces détails si abondants et si minutieux sur toutes les observances de ce culte : description du sanctuaire et de tous les objets dont il est meublé, ainsi que des vêtements des prêtres ; indication de tous les rites des sacrifices et de toutes les fonctions sacerdotales ; prescriptions sur les fêtes, sur les prémices et sur les dîmes, sur les vœux et les impuretés. Cela nous conduit au moins jusqu'au milieu du ve siècle avant notre ère. C'est précisément l'époque d'Esdras, qui paraît être le véritable auteur de la Loi. Nous n'avons sur Esdras et son œuvre aucun témoignage
1 . Exode, xxin, 19 et xxxiv, 26. — Exode, xx, 24. — Si je ne cite pas le verset xv, ;7, plus explicite encore, c'est qu'il est dans un cantique qui ne fait pas corps avec le récit.
contemporain. Le livre qui porte son nom, et celui qui y fait suite sous le nom île Néhémie (ou second livre d'Esdras), sont très-postérieurs aux événements qu'ils racontent. Yoici comment ils s'expriment:
« Esdras monta de Babylone ; c'était un sopher (YpafxfjKXTeuç, scriba) exercé dans la loi de Moyse... Il avait appliqué son esprit à étudier la Loi de Iehova et à 'la pratiquer, et à enseigner en Israël ses commandements. Yoici la teneur de la lettre que le roi Artaxerxès donna à Esdras, prêtre et sopher, le sopher qui enseignait les paroles des commandements de Iehova : — « Artaxerxès, roi des rois, à Esdras le » prêtre, sopher de la doctrine du dieu du ciel... » [Esdras, vu, 6, etc.).
Et dans Néhémie, vm : « Tout le peuple étant assemhlé comme un seul homme..., ils dirent à Esdras le sopher d'apporter le livre de la Loi de Moyse (un peu plus loin il y a simplement le livre de Moyse, xiii, 1)... Esdras le prêtre apporta la Loi devant rassemblée... Et il lut dans le livre... depuis le lever du jour jusqu'à midi..., et les oreilles de tout le peuple étaient à la leclure du livre de la Loi. Esdras le sopher se plaça sur une estrade... Esdras ouvrit le livre aux yeux de tout le peuple. . . et Esdras bénit Iehova le grand dieu, et tout le peuple répondit : « Amen! amen! » en levant les mains, et ils se prosternèrent devanl Iehova la face contre terre. Et Josué, Bani, Serabia... et les lévites expliquaient la Loi au peuple... ils lurent le livre de la Loi du dieu, l'expliquant et en taisant comprendre le sens... Néhémie, l'homme revêtu d'autorité,
et Esdras le prêtre et sopher et les lévites... dirent : « Ce jour est un jour saint devant Ieliova notre dieu; » ne vous affligez pas et ne pleurez pas;» cartoutle peuple s*él;iit mis à pleurer en entendant les paroles delà Loi... » Et tout le peuple alla boire et manger et distribuer les portions des victimes; car ils avaient compris les paroles qu'on leur avait proposées. Et le lendemain les chefs de famille de tout le peuple, les prêtres et les lévites se rassemblèrent encore auprès d'Esdras le sopher, pour étudier les paroles de la Loi. Ils trouvèrent écrit, dans la Loi que Ieho va avait édictée par Moyse, que les enfants d'Israël devaient demeurer sous des tentes pendant la fête du septième mois; et qu'ils devaient publier et proclamer dans toutes les villes et à Jérusalem l'ordonnance suivante : « Allez sur la montagne et apportez des feuillages... >; pour faire des tentes, comme il est écrit. » Le peuple alla et apporta les feuillages et se fit des tentes, et ils demeurèrent sous ces tentes; les enfants d'Israël ri avaient pas fait ai?isi depuis le temps de Josuc fils de Nun jusqu'à ce jour, et il y eut une grande joie. Et il lut dans le livre de la Loi du dieu jour par jour, depuis le premier jour jusqu'au dernier, et ce fut une fête de sept jours... Et, le vingt-quatrième jour de ce mois, les enfants d'Israël se réunirent dans le jeûne, revêtus de sacs et couverts de terre... Ils confessèrent tous leurs péchés et les iniquités de leurs pères. Et, sans quitter la place, ils entendirent la lecture de la Loi de Iehova leur dieu pendant le quart du jour, et, pendant un autre quart, ils confessèrent leurs fautes,
46 LE CnRISTIANISMK ET SES OUI GIN ES
prosternés devant Iehova leur dieu. » — Suit une longue confession ou prière, qui remplit trentetrois versets et qui aboutit à ces paroles :
« C'est pourquoi nous arrêtons ceci par écrit, et nos chefs y mettent leur sceau (suit la liste des chefs)... Et le reste du peuple... leurs femmes, leurs fils et leurs filles, tous ceux qui étaient en âge de comprendre, adhérèrent à leurs frères et aux principaux du peuple, et s'engagèrent avec serment et imprécation à suivre la Loi de leur dieu, qui avait été donnée par Moyse, son serviteur, à garder et à accomplir tous les commandements de Iehova notre dieu, ses jugements et ses ordonnances. »
A ne considérer que la lettre de ce récit, la Loi est plus ancienne qu'Esdras ; il la prend dans un livre, où il la lit, et qui est appelé livre de Moyse ; mais, pour un esprit critique, il y a là tout autre chose qu'une promulgation ; c'est bien l'établissement d'une loi nouvelle. Comme les livres delà Loi étaient déjà anciens, très-anciens même, à l'époque où ont été écrits Esaras et Néhémie, on comprend que les hommes de cette époque les aient reportés aussi loin que possible dans le passé; mais les récits d'Esdras et de Néhémie ont été tirés de livres anciens eux-mêmes, que nous n'avons plus, et il paraît clair que dans ces livres on ne supposait pas que la Loi fût antérieure à Esdra>. L'importance donnée au personnage d'Esdras. la solennité de cette promulgation et de ces ratifications, l'émotion du peuple, cette déclaration enfin si imprévue que la fête des Tentes, prescrite en effet dans la
ISRAËL AVANT LA LOI. i-7
Loi {Lév., xxiii, 34), n'avait pourtant jamais encore été célébrée; tout indique que la Loi n'a pas existe avant Esdras, et qu'il a proposé aux Juifs un pacte nouveau, • consacré seulement par le nom antique sous le patronage duquel on l'a placé.
Ce qui est déjà visible dans Néhémie pour qui sait lire est rendu plus évident par le témoignage d'un livre grec fort curieux, qui ne faisait pas partie de la Bible hébraïque et qui est compris parmi les apocrypha (ce terme sera expliqué plus tard) : c'est le Quatrième livre d 'Esdras. D'après ce livre (ch. xiv), la Loi, toujours supposée antique, avait été brûlée avec Jérusalem et le Temple lors de l'invasion des Chaldéens, et il n'en restait absolument rien; mais Esdras, à l'aide d'une inspiration surnaturelle, la récrit et la restitue d'un bout à l'autre en quarante jours. — Il semble, quoique l'auteur ne le dise pas expressément, qu'il n'entend pas seulement parler de la Loi proprement dite, mais de la Bible tout entière. On voit bien ce que cette fable veut dire : c'est que tout le monde savait que les livres de la Loi n'avaient pas existé avant Esdras ; mais comme, en même temps qu'on les savait nouveaux, on voulait qu'ils vinssent de Moyse, on recourait à l'idée d'une restauration miraculeuse ; et tout le monde l'acceptait, comme on peut voir par le témoignage des Pères de l'Église, à commencer par Clément d'Alexandrie et Tertullien l. Enfin, et c'est un argument décisif, il y a dans un
I. TertulL, De cultu femin., i, 3. — Clément, Stromates, I, p. 410 de Potter.
des livres de la Loi un passage dont la date est marquée d'une manière précise : c'est le chapitre xxvi du Lévitique. Ieliova y tient à son peuple un discours où il étale les châtiments qui menacent les fds d'Israël s'ils viennent à lui être infidèles pour d'autres dieux. Ils seront battus et accablés par leurs ennemis ; ils seront exterminés au pied des autels de leurs divinités, exterminées elles-mêmes ; ils verront leurs villes ruinées, leurs sanctuaires détruits, leurs campagnes dévastées ; enfin ils seront chassés de leur pays et dispersés parmi d'autres nations, où ils vivront misérables, pendant que leur terre restera en triche. Alors ils se repentiront et reconnaîtront leur tante et Ieliova se souviendra du pacte qu'il avait fait avec Jacob ; car il ne veut pas les perdre ; il est toujours celui qui les a retirés de l'Egypte pour être leur dieu. — Il est évident que ce passage n'a pu être écrit qu'après le retour de l'exil de Babylone.
On a regardé longtemps comme une objection décisive à la supposition que la Loi pût être aussi moderne, l'existence du Pentateuque samaritain. On disait que, si les Samaritains, qui ne reçoivent pas les autres livres de la Bible, ont admis le Pentateuque, c'est que, comme héritiers des dix tribus, ils ne recevaient que les livres écrits avant le schisme de Jéroboam. Cette thèse n'est plus aujourd'hui soutenue par personne *. En réalité, les Samaritains
!.. M. Wallon l'abandonne dans sa discussion sur L'authenticité du Pentateuque La Sainte Bible, 1854, pag. 512 : Sans chercher un argument dans le Pentateuque samaritain, qui dans sa forme
d'après la captivité de Babylone n'étaient nullement les héritiers des dix tribus; ils occupaient seulement le sol que la capitale des dix tribus avait occupé. Pendant longtemps ils ne se séparèrent pas des Juifs, et iiViuvnt avec eux qu'une même Loi. Lorsque la Samarie nouvelle et Jérusalem furent devenues ennemies, la haine des Juifs se plut à faire remonter aussi haut que possible dans le passé l'infidélité qu'elle imputait aux Samaritains. Mais tout indique que la séparation ne date véritablement que de la persécution d'Àntiochos, pendant laquelle les Samaritains plièrent sous les rois de Syrie et se détachèrent des Juifs l.
Arrivé ainsi aux livres de la Loi, je vais maintenant étudier ces livres en eux-mêmes. Mais je ne veux pas dire adieu à l'histoire antique. d'Israël sans présenter une dernière remarque. Comme je me suis attaché surtout, en étudiant la religion primitive d'Israël, à faire voir combien elle était en opposition avec la Loi, j'ai pu laisser dans l'esprit du lecteur cette impression, qu'Israël, avant la Loi, ressemblait à tous les peuples païens. Il leur ressemblait sans doute, mais cependant il était lui. Puisque l'israélisme a abouti au judaïsme, il doit en avoir contenu le germe; ces fils de Jacob, à qui s'appliquerait mieux qu'à personne le toto divisos orbe, ont eu de tout temps leur génie particulier. Ce génie paraît déjà
actuelle paraît d'une époque postérieure... » — Voir Michel Xicolas, Études critiques sur la Bible, 18G2, t. I, p. 90. 1. Joseph, Antiquités, XII, v. 5.