Le jour en est fixé dans un verset du Lévitique, xn
2. Co?itrc Apion, I, 22. — Le témoignage d'Hérodote est confirmé par les monuments égyptiens : voir M. Chabas dans la Revue arcliéologique do 1861, page 298.
lisme doivent être cherchées avant tout dans la Chaldée ; mais les rapports entre l'Egypte et Jmla ont été fréquents en tout temps, au témoignage du Livre des Rois; l'Egypte paraît avoir été un refuge toujours ouvert aux Judéens menacés chez eux, et on nous dit, en particulier (II, xxv, 2G), qu'après la chute de Jérusalem, il y eut une émigration générale de Juda en Egypte l.
Au contraire de la circoncision, la Pâque est censée établie par la Loi, et rapportée à la sortie d'Egypte (Ex. xu, 2-27). Je me suis déjà expliqué sur l'origine très-antique et certainement astronomique de cette fête. Mais, en la rattachant au souvenir de l'exode des Juifs, la Loi en a fait, on peut le dire, la fête des exilés : « Vous le mangerez ainsi (l'agneau de la Pâque), les reins retroussés, la chaussure aux pieds et le bâton à la main ; vous le mangerez en hâte. » Par là encore, le judaïsme semblait se déclarer une religion d'opprimés et de fugitifs.
Les deux autres grandes solennités annuelles (xxiii, 36) se rapportent aussi aux révolutions des saisons. Toutes les fêtes religieuses ont été d'abord
1 . Vie de Jésus, 1867, p. G. — M. Michel Nicolas dans ses Études critiques sur la Bible, 1862, avait résumé en quelques pages (96-100) les ressemblances qu'on a signalées entre les pratiques religieuses des Égyptiens et celles des Juifs. — Voir aussi Léon Carré, Y Ancien Orient, 1875. Je citerais plus souvent ces quatre volumes, œuvre d'un très-bon esprit, s'il n'avait manqué à l'auteur une certaine précision d'érudition, faute de laquelle on ne peut pas toujours se reporter facilement aux textes qu'il a étudiés. Sa critique est d'ailleurs très-philosophique : il ne croit pas, par exemple, et je ne crois pas plus que lui au prétendu monothéisme de l'antique Egypte.
des fêtes de la nature, et c'est un caractère qui ne s'efface jamais.
Je ne puis entrer dans le détail des sacrifices et de tout l'appareil du culte. Rechercher les origines de ce culte et de ses cérémonies serait une question curieuse, mais difficile, et que je ne suis pas tenu de résoudre. Il ne faut pas ouhlier, en lisant les magnificences de la description du sanctuaire, qu'elle ne répond probablement à aucune réalité l.
Il y a dans Y Exode un passage très-célèbre, in, 14, mais qui doit sa célébrité et son importance à la traduction qui en a été donnée : « Je suis celui qui est (ou, celui qui suis) », traduction qui ne répond pas au texte. Il sera temps d'en parler quand j'arriverai à l'époque où a été faite la version grecque du Pentateuque.
Je passe aux préceptes qui se rapportent, non plus au dieu, mais aux hommes, et qui ne sont pas la partie la moins intéressante de la Loi.
On a vu qu'elle est née des épreuves les plus fortes de la nation juive et les plus capables d'amener une révolution morale. Dans l'affaiblissement et dans la chute de la royauté, deux puissances se sont agrandies : l'une est l'autorité religieuse ; je n'appellerai pas l'autre l'opinion publique, de peur que le mot ne semble trop moderne ; mais je dirai le sentiment populaire, mis en liberté par la ruine mémo. Un désastre, dans les cités grecques, rendait toujours
1. Ainsi il est dit (xxxvm, 24), qu'il y avait de l'or pour près de trois millions dans le sanctuaire.
les citoyens moins orgueilleux et moins durs envers
les sujets et les esclaves ; niais les Juifs reçurent plus qu'aucun autre peuple celte éducation du malheur. Et leur dieu se montre en effet particulièrement ami et protecteur des faibles.
Ce n'est pas que de ce côté non plus la Loi soit toujours conforme à l'idée qu'on se ferait aujourd'hui d'une loi divine, c'est-à-dire d'une loi selon l'humanité; car l'idéal de l'humanité est précisément ce que nous appelons divin. Quand le législateur, en déclarant coupable le maître qui a tué son esclave sous le bâton, (xxi, 20), ajoute que, si pourtant l'esclave a survécu un jour ou deux, le maître ne sera pas puni, parce que c'est sonargent, nous ne croyons pas volontiers que ce soit un dieu qui parle. Un pareil trait a grand besoin de l'excuse que Jésus donne à Moyse dans l'Évangile: « Il parlait ainsi à cause de vos esprits rudes et grossiers » ; et cette excuse ne nous satisfait pas encore, si on suppose qu'il s'agit non plus de Moyse seulement, mais du dieu lui-même; car nous ne comprenons guère qu'un dieu se plie à la barbarie de son peuple au lieu de la corriger l. Mais les populations du monde antique avec qui les Juifs communiquaient n'avaient pas sur tout cela nos délicatesses. Elles ne pouvaient pas s'étonner qu'un esclave eût été tué impunément ;
1. M. Wallon, dans un livre mémorable, qui a été comme la préface des grandes lois françaises pour l'abolition de l'esclavage (Histoire de l'esclavage dans l'antiquité), a été obligé de recourir h cette excuse, pour échapper h l'objection que lui faisaient ses adversaires, et qui, pour un chrétien, était si grave, que l'esclavage a été consacré par la Loi de Dieu (t. I, p. 7).
mais au contraire elles devaient accueillir avec respect et avec amour, dans la Loi juive, bien des préceptes de justice et de charité.
Et d'abord Israël, d'après la Loi, est une république. Il n'y avait pas encore de rois au temps où elle est censée promulguée par Moyse; il n'y en avait plus au temps où elle a été faite en réalité. On n'y voit que le peuple, avec ses magistrats et ses prêtres. Quand plus tard il y eut de nouveau une royauté juive, l'esprit du judaïsme n'en demeura pas moins républicain. D'ailleurs le pouvoir des rois était enfermé dans la Judée, tandis qu'il y avait de tous côtés, en pays étranger, des Juifs qui comme tels n'avaient affaire qu'à la Loi. Ce fut là encore, sans aucun doute, une des forces de la propagande juive, et on ne peut la méconnaître quand on voit le Juif Philon répéter si volontiers dans ses écrits que la démocratie est le gouvernement par excellence.
Le Juif Joseph a demandé à la langue grecque, pour exprimer ce gouvernement des Juifs, qui ne reconnaissaient d'autorité suprême que la Loi de leur dieu, le mot de théocratie, qui a fait fortune, mais qui n'a pas toujours été entendu comme il doit l'être *. Il n'implique nullement l'asservissement à un prêtre, dont la volonté est regardée comme celle même du dieu : il n'y avait chez les Juifs rien de semblable. Point d'autre souverain que la Loi ellemême, et la Loi était interprétée par un conseil où