‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 54 sur 183 · Athénée. V, p. 193, et X. p · texte numérisé non relu

Athénée. V, p. 193, et X. p

prêtre, nommé Mathathias, donna le signal de la résistance dans le bourg de Modin, à quelques lieues de Jérusalem. Il était d'une famille dont le chef avait porté le nom d'Asmonée, pris sans doute de la ville d'Asmon, et qui devint celui de la famille elle-même. Mathathias tua un Juif qui sacrifiait dans Modin sur l'autel des Grecs, et avec lui l'homme du roi qui présidait au sacrifice, et il démolit l'autel ; puis il s'enfuit aux montagnes avec ses cinq fils déjà hommes, entraînant toute une troupe avec lui. Ils furent bientôt assez nombreux pour oser courir le pays, renversant les autels profanes, et faisant circoncire les enfants non circoncis. Mathathias mourut en 166, au début même de la lutte ; mais son troisième fils, Judas, fut reconnu pour chef par les insurgés et commença la Guerre de l'indépendance. Judas mérita d'être surnommé Machabée, c'est-à-dire, à ce qu'il parait, le Marteau l.

Judas défit les Macédoniens dans plusieurs rencontres ou batailles, et put reprendre possession de Jérusalem, à l'exception de Yacra. Pendant que ses troupes victorieuses tiennent en respect la garnison de Yacra, il restaure et purifie le Temple en 163, trois

1. Ni le livre sacré, ni Joseph, ne donnent jamais à nul autre qu'à Judas le surnom de Machabée. On ne doit donc pas dire les Machabées (quoiqu'on ait fait de ce nom le titre de nos deux livres . mais les Asmonées. — C'est bien plus improprement encore qu'on a appelé Machabées les sept frères que le Seco?u/ livre représente comme ayant été martyrs avec leur mère pendant la persécution. Le texte ne leur donne pas de nom, et celui de Machabées n'a pu leur être attribué que parce que leur histoire se trouvait dans un livre dont ce nom était devenu le titre.

ans et demi après qu'il avait été profané. Une fête commémorative fut établie pour célébrer la grande journée où on revit le culte de Iehova. Cependant les Juifs sont entourés d'ennemis ; leurs voisins jaloux ont associé leurs haines à celles des Macédoniens. Il faut tenir tête à la fois du côté du sud, de l'est et de l'ouest; à l'iduméen, à ceux de Galaad sur la frontière des Arabes, à la Galilée dite des Gentils, à ceux mômes de Tyr et de Sidon. Judas repousse les uns. dévaste à son tour le pays des autres, et détruit les temples et les autels profanes qui souillent la Terre d'Israël. Antiochos l'Épiphane mourut en 164, laissant pour héritier un enfant. Ceux qui gouvernaient au nom du jeune Antiochos mirent à mort ce grand prêtre Ménélas, qui était pourtant la créature des Macédoniens. Ces malheureux prêtres hellénisants se faisaient détester des Juifs fidèles, sans réussir à contenter l'étranger. Les Macédoniens firent l'année suivante un nouvel effort, qui fut décisif. Tandis que Judas assiégeait Yacra, ils assiégèrent à leur tour Jérusalem, et le manque de vivres réduisit ses défenseurs, après qu'ils eurent beaucoup souffert de la faim, à traiter avec l'ennemi, qui détruisit les fortifications du Temple.

Cependant, Démétrios, oncle du jeune Antiochos, tua son neveu et se mit à sa place. Un nouveau grand prêtre, appelé du nom grec d'Alcime (Iakim était son nom juif), fut établi dans Jérusalem. Alcime n'était pas de la famille des grands-prêtres. Onias, fils d'Onias le dernier grand-prêtre de ce nom, et neveu de Jason et deMénélas, ne put supporter cette chute de sa maim. 8

i!4 LE CHRISTIANISME ET SES ORIGINES.

son, et se retira en Egypte. Le roi d'Egypte Ptolémée Philométor, qui avait vu, dix ans auparavant, l'Egypte envahie par Antiochos l'Épiphane, qui avait été à peu près fait prisonnier, et qui n'avait sauvé son royaume qu'à l'aide de l'intervention des Romains, devait accueillir avec faveur un prince juif de la famille régnante, dépossédé par les Syriens. Il lui donna un territoire, où Onias bâtit depuis un temple au dieu des Juifs l. Cet établissement de Iehova en Egypte, dans un temps où Jérusalem et son Temple étaient encore sous la main des Gentils, marqua pour les Juifs d'Egypte comme une ère nouvelle et l'ouverture d'un âge de régénération et de salut. Ils exercèrent depuis, dans le royaume égyptien, une influence considérable. Ils étaient très-puissants sous la reine Cléopàtre, veuve tour à tour de Philométor et d'Euergète. Plus tard, ils aidèrent César dans la guerre d'Alexandrie.

Le grand-prêtre, père d'Onias, était l'arrière-petitfils du grand prêtre Siméon, surnommé le Juste ou le Saint. Il était le fils d'un autre Siméon (Simon sous forme grecque), contemporain d'Antiochos le Grand, dont le pontificat est célébré magnifiquement à la fin du livre du Fils de Sirach, sans doute parce qu'il était le dernier qui eût exercé sa charge avec une pleine indépendance, avant la prépondérance des Gentils -.

1. En lr>0 avant notre ère. Je donne cette date, ainsi que toutes les autres, d'après le livre de M. de Saulcy : Sept siècles de l'histoire judaïque, depuis la prise de Jérusalem par Nabttrhod jusqu'à la prise deBeitir par les Romains (librairie A. Lévy. 1874.

2. En s'abstenant d'identifier Siméon le Juste avec le Siméon du

HISTOIRE DES JUIFS, ETC. il.,

Cependant Alcime, qui régnait à la dévotion des Macédoniens, ne put se maintenir à Jérusalem. On y ménageait encore les maîtres; on offrait au Temple des sacrifices et des holocaustes au nom du roi ; mais Judas continuait la guerre, et, dans une bataille, vainquit et tua le général macédonien Nicanor.

L'an 161, les Macédoniens assiégeaient de nouveau la ville sainte ; ils sont forcés de lever le siège pour combattre, et c'est alors que Judas le Marteau est tué dans une dernière journée, au moment, diton, où il allait vaincre.

Le récit juif, toujours si sobre, laisse échapper un cri à la mort de Judas: « Et ils firent le deuil pendant plusieurs jours, et ils dirent: Comment est-il tombé, le fort qui sauvait Israël? » Judas est en effet un personnage héroïque, et les Juifs durent prendre pour des miracles ses victoires sur le successeur d'Alexandre, sur le fils d'Àntiochos le Grand et le maître d'un si vaste empire ; car Mithridate le Parthe n'avait pas encore détaché de la Syrie cette grande portion de l'héritage des Séleucides, qui bientôt allait leur être enlevée pour toujours. Il y avait du merveilleux dans cet élan d'un petit peuple et dans le génie de son chef ; mais le succès fut aidé par la surprise des Macédoniens. La surprise passée, tout était à craindre; quand Judas périt, il sembla que tout fût perdu. Les Juifs parurent entièrement démoralisés ; une grande

Fils de Sirach, on s'épargne la nécessité de donner un démenti à Joseph. — Voir l'examen de cette question dans Derembourg, pages 46 et suivantes.

famine qui survint acheva de les abattre. Les ennemis de la Loi se sentent forts et tuent de tous côtés ceux du parti de Judas : « Il y eut alors une tribulation en Israël, comme il n'y en avait pas eu depuis qu'il n'y a plus de prophète l. » Les fidèles se rassemblèrent sous Jonathas, frère de Judas, qui tint de nouveau la campagne et réussit à se défendre. Jonathas se tient au nord du pays de Juda, laissant Jérusalem au parti grec, qui n'a plus de chef, Alcime étant mort. Il se passa neuf ans sans qu'il y eût un grand prêtre.

Ce qui sauva les Juifs, ce fut l'état de faiblesse et de division où tomba le royaume de Syrie. La situation de Jonathas était bien précaire, lorsqu'un Alexandre, qui se donnait pour un fils d'Antiochos l'Épiphane, se leva contre Démétrios. Aussitôt tout est changé pour Jonathas : chacun des prétendants veut avoir pour soi les bandes de ses braves. Démétrios le prend à son service, le laisse reprendre et fortifier Jérusalem, et lui fait rendre les otages enfermés dans Yacra; la plupart des places de la Judée sont évacuées par les Macédoniens. Alors, Alexandre à son tour offre à Jonathas le titre de grand prêtre, et Jonathas passe à lui. C'est ainsi que le fils de Mathathias, le frère deJudas, le commandant de l'insurrection, devient, de l'aveu des Macédoniens et par eux, le chef reconnu de la nation juive.

Pendant les onze ans qu'il régna, bien des révolutions se succédèrent. Alexandre devient roi de Syrie à la place de Démétrios tué dans une bataille; puis

1. Tribulatio. 6Xtyt;, écrasement, se dit proprement du grain battu par le fribuultn.

Alexandre est vaincu et tué par un autre Démétrios, fils du premier; enfin, ce Démétrios lui-même est renversé par Tryphon, au nom d'un jeune Antiochos, fils d'Alexandre. Jonathas combat tour à tour pour Alexandre, pour le second Démétrios, pour Tryphon, et à chaque changement il gagne quelque chose. Il devient considérable auprès du roi d'Egypte (le protecteur d'Onias), qui se mêle à ces querelles de la Syrie. Il obtient même, d'après le Premier des Machabées, le patronage des Romains, qu'avait déjà recherché Judas. Il se sent assez établi pour oser faire à Jérusalem des travaux qui lui permettent de bloquer Xacra et la garnison macédonienne. Alors Tryphon, se défiant de lui, réussit à le surprendre, et le tue quand il l'a en son pouvoir. Une pareille trahison était pour la Macédoine une faible ressource, et montrait assez combien le chef des Juifs était devenu important. Simon, qui succéda à son frère, offrit à Démétrios son alliance contre Tryphon ; elle ne pouvait être refusée. Non-seulement il est confirmé par Démétrios comme grand prêtre, mais il est si fort, ou, en d'autres termes, la royauté de Syrie est si faible, qu'il fait reconnaître l'indépendance des Juifs. Démétrios renonce à l'impôt de \&couronne, qu'on lui payait jusque-là. Une fête commémorative fut établie pour célébrer cet acte décisif d'affranchissement.

Voilà l'explication historique de la fortune inespérée des Juifs sous l'empire des Séleucides. Les Juifs ne virent dans cette fortune que l'œuvre de leur dieu, et ils ne se trompaient pas tout à fait. Ce sont les

événements du dehors qui leur permirent de mener à bien leur tentative d'affranchissement ; mais auraient-ils fait cette tentative s'ils n'avaient aimé leur Iehova « de tout leur cœur, de tout leur être et de toutes leurs forces, » et s'ils n'avaient compté sur lui? La destinée de ce peuple fut déterminée par son esprit; cet esprit, développé par une situation extraordinaire, produisit la Loi, qui à son tour fortifia la foi même qui l'avait faite.

En l'an 143 avant notre ère, les Juifs cessent de se tenir pour sujets du roi de Macédoine, et n'inscrivent plus dans leurs actes que le nom de Simon, grand prêtre et prince. Jérusalem et la Judée sont libres et autonomes pour la première fois depuis quatre cent cinquante ans \

Dès l'année suivante, Simon , maître du pays, réussit à affamer la garnison des hellénisants dans Yacra, et les contraignit^ se rendre. C'était le complément de la délivrance, et ce fut le sujet d'une seconde fête commémorative. L'année d'après, le roi de Syrie tombait entre les mains des Parthes, dont le roi Mithridate, aussi grand que le Mithridate du Pont, venait d'enlever aux Syriens toute la haute Asie. Le principat de Simon est célébré dans le Premier des Machabées comme un véritable âge d'or : « Sous lui, le pays de Juda fut en paix. Il eut dans la ville de Joppé (que son père avait prise), un port qui le mit en communication avec les côtes et les

1. Le titre de Simon parait avoir été sar am cl (chef du peuple du dieu). Dercnibourg, pages G7 et 451.

lies des Gentils. Il élargit les frontières de sa nation ; il les assura par des forteresses. Il fit des prisonniers en grand nombre ; il fit disparaître toute profanation;

il abattit toute résistance. Chacun cultiva sa terre en repos, et recueillit les fruits de son sol et ceux de ses arbres. Les anciens siégeaient sur les places, discutant les affaires publiques; les jeunes gens marchaient revêtus des habits et des honneurs de la guerre. Il fournissait aux villes des provisions pour leurs marchés ; il leur assurait des ressources pour la défense ; sa renommée s'étendait d'un bout à l'autre du pays; il y établit la paix et Israël fut en joie. Chacun était assis sous sa vigne ou sous son figuier, et ils n'avaient pas de sujet de crainte. Il n'y avait plus personne pour les combattre, et les rois furent brisés en ces jours-là. Il soutint tous les humbles parmi son peuple; il s'attacha à la Loi; il fit disparaître tout ennemi de la Loi et tout méchant. Il honora le sanctuaire, et prodigua tout ce qui pouvait orner les saints lieux (ch. xiv). »

Cependant, après une nouvelle révolution dans la Syrie, les Macédoniens, sous Antiochos de Sidé, reprirent les armes contre les Juifs, qui furent gravement menacés. Un combat heureux les délivra ; mais tout à coup, en 135, Simon fut assassiné avec deux de ses fils par un Ptolémée,. son gendre. Son fils Jean, qui avait échappé à ce meurtre, lui succéda : il prit le nom grec d'Hyrcan l.

1. Commémoratif des succès qu'il avait eus dans une guerre contre les Parthes en Hyrcanie.

Ici se termine le Premier des Machabées (le Second des Machabées s'arrête beaucoup plus tôt, en 161). En finissant, l'auteur du livre renvoie ses lecteurs à une Yie d'Hyrcan, et, en effet, c'est sous Hyrcan seulement que s'achève cette indépendance de la Judée, qui devait d'ailleurs durer si peu : il est le plus puissant et le plus heureux des Asmonées. Il lui fallut pourtant d'abord se soumettre au roi de Syrie, qui avait assiégé Jérusalem. Les Macédoniens lui imposèrent un tribut, se firent livrer des otages et rasèrent les fortifications de la ville sainte. Ils prirent alors Hyrcan et ses troupes à leur service contre les Parthes ; mais le roi Antiochos ayant été vaincu et tué dans une bataille, et les Parthes ayant mis à sa place son frère, l'ancien roi Démétrios, leur prisonnier, cette mort paraît avoir affranchi le prince des Juifs. Le roi rétabli était fort mal assis dans sa royauté, qu'il ne garda pas longtemps. Hyrcan, sans s'inquiéter de lui, conquit Sichem et ferma le temple samaritain de Garizim, odieux à ceux qui adoraient dans Sion. Il soumit l'Idumée, força les habitants de se circoncire, et les confondit pour jamais avec les Juifs. Il avait cessé dès la mort d'Antiochos de payer tribut et de reconnaître la royauté syrienne. La Syrie était en pleine anarchie : un Alexandre', un Séleucos, deux Antiochos se l'arrachaient les uns aux autres. Hyrcan osa attaquer Samarie, et l'enleva malgré les Syriens et malgré un secours envoyé de l'Egypte; il rasa sans pitié cette antique rivale de Jérusalem.

C'est sous Hyrcan que les Pharisiens figurent pour

la première fois dans l'histoire des Juifs : ils existaient déjà du temps de Jonathan, d'après Joseph, mais c'est tout ce qu'il nous en dit à cette date. Ils se présentent dès lors comme un parti de dévots ou de zélés, qui s'appuient sur le peuple et qui font de l'opposition aux princes. Leur nom paraît signifier Séparateurs, parce qu'ils prêchaient la séparation absolue (en grec l'au^i'a) entre les saints et les profanes i.

llyrcan mourut en paix après un règne de trente ans, et le pauvre royaume de Syrie, partagé en deux moitiés où régnaient deux frères ennemis, se trouva alors si faible, que Judas ou Aristobule, fils d'Hyrcan, ne craignit pas de ceindre le diadème, et de prendre, avec le titre de grand prêtre, celui de roi des Juifs. Mais précisément alors, l'histoire des Asmonées, jusque-là pure de crimes, commence à présenter les tristes spectacles qu'offre d'ailleurs celle de toutes ces royautés de l'Asie. Tacite nous peint ces rois grands prêtres « emportés par des révolutions populaires, rétablis par la force des armes, toujours prêts à bannir des citoyens, à raser des villes, à tuer leurs frères, leurs femmes, leurs mères, à attenter tout ce qu'attentent les rois (Hisl., V, 8)». Aristobule tout d'abord fit tuer sa mère, puis un de ses frères ; il ne vécut pas deux ans. Il avait pris le surnom si peu juif d'Ami des Grecs. Sa veuve Salomé (Alexandra)

1. Separati epulis, discreti cubilibus, Tacite, Hist., v, 5. Voyez Dercmbourg, p. 76 et 452, et Renan, t. V, p. 9. — M. J. Cohen a publié, en 1817, un livre considérable, intitulé : Les Pharisiens, 2 vol. in-8 (librairie Calmann Lévy).Voirla préface du présent volume.

fit roi un autre frère de son mari, qu'elle épousa ; ce fut Jonathan ou Jannée (Alexandre). Son règne de vingt-sept ans fut traversé par les troubles les plus graves, soulevés par le fanatisme des Pharisiens. Chassé d'abord de Jérusalem, il reprit le dessus, força les mécontents à se retrancher dans une petite place, qu'il emporta ; puis ayant ramené avec lui huit cents prisonniers, il les fit périr tous ensemble par l'affreux supplice de la croix, après avoir égorgé leurs femmes et leurs enfants sous leurs yeux : pendant ce temps. il était à table avec ses femmes en un lieu découvert, d'où il jouissait de ce spectacle. A partir de là, il régna tranquille. Au dehors, Alexandre put continuer l'œuvre de son père, comme son frère l'avait fait déjà, et agrandir encore le royaume juif. A sa mort, il laissa la royauté à sa veuve, qui put la conserver en s'abandonnant aux Pharisiens. Son fils aîné fut grand prêtre ; le second était en pleine révolte au moment de la mort de sa mère, et, après elle, il se proclama roi et grand prêtre, au préjudice de son aîné. Mais tandis que les frères se disputaient le diadème, une grande révolution s'était accomplie au dehors. Pompée avait achevé de détruire le royaume de Syrie, et il n'y avait plus rien entre la Judée et les Romains. Pompée intervint dans la querelle, protégea d'abord le cadet contre son aîné, puis celui-ci contre l'autre, et enfin il parut en armes devant Jérusalem avec son protégé. La ville lui fut livrée par les partisans de celui-ci; mais il fallut assiéger le Temple. 11 le prit d'assaut après trois mois, malgré une résis-

tance désespérée, en l'année 63 avant notre ère, celle du consulat de Cicéron. 11 y eut un grand massacre dans cette journée. Au fond les vrais Juifs ne se souciaient ni de l'un ni de l'autre frères ; ils étaient réi publicains, et ne voulaient reconnaître que des grands prêtres et non des rois. Ces zélés se montrèrent déjà alors tels que Titus devait les retrouver plus tard. Au moment où le Temple fut emporté et où les Romains s'y jetaient en furieux, massacrant tout ce qu'ils trouvaient sur leur passage, les prêtres, dit Joseph, qui étaient occupés aux sacrifices, ne les interrompirent pas, et se laissèrent égorger dans l'accomplissement de leurs fonctions sacrées ; et il cite sur ce fait le témoignage de Strabon et de Tite-Live.

Le vainqueur ne toucha pas aux richesses du Temple l, mais il pénétra jusque dans le sanctuaire profané, ce sanctuaire qui ne s'ouvrait jamais qu'au grand prêtre, et il s'étonna de n'y pas trouver d'image 2. Le vaincu fut emmené prisonnier à Rome; son aîné redevint simplement grand prêtre, et il n'y eut pas de roi. La Judée fut dès lors tributaire des Romains et leur sujette. Pompée lui ôta d'ailleurs la plupart des conquêtes de ses princes, qui retournèrent à la province de Syrie.

Ainsi le Temple avait été pris d'assaut, et la Judée était assujettie en fait au pouvoir de Rome : ce fut un coup terrible pour l'orgueil et la foi des Juifs. Mais quelles durent être ensuite leurs pensées, lorsque,

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