‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 56 sur 183 · Lévitique, xxi, 17. etc · texte numérisé non relu

Lévitique, xxi, 17. etc

Hérode suivit fidèlement, dans ses rapports avec les Romains, les exemples de son père. Après la bataille de Philippes et la mort de Cassius, il s'était jeté sous la protection d'Antoine, qui avait pris possession de l'Orient, et par ses respects, surtout par ses magnifiques présents, il avait gagné Antoine et Cléopâtre. Au moment où il fut forcé de fuir de la Judée. Antoine était retourné à Rome : il l'y rejoignit, et obtint par lui un sénatus-consulte qui le déclarait roi des Juifs (l'an 40 avant notre ère). 11 s'était d'ailleurs approché de la royauté par son mariage avec une fille des Asmonées, Mariamne, qui était à la fois petitefille des deux frères ennemis.

Les troupes romaines de la Syrie furent chargées de soutenir le nouveau roi. Hérode entoura avec elles Jérusalem, et la prit d'assaut après un long siège; ce fut encore une journée affreuse. Antigone prisonnier fut mis à mort ; Hérode demeura roi, et il fit un grand prêtre, n'osant prendre lui-même cette dignité, sans doute à cause de son origine iduméenne ; un Tduméen, dit Joseph, n'est qu'un demi-Juif. La royauté fut donc séparée de la prêtrise, comme aux temps antiques. Peu après, Hérode déposa le grand prêtre qu'il avait fait, pour mettre à sa place un jeune frère de Mariamne; mais ce ne fut pas pour longtemps ; il ne tarda guère à le faire tuer. Quant au vieux grandprêtre déchu, il était venu de lui-même, avec la permission des Parthes, se remettre entre les mains du fils de son serviteur Antipatre. Lorsque la guerre éclata entre Antoine et Octave, Hérode servit Antoine

de toutes ses forces. Après Actium, il eut peur et, pensant que l'existence du prince octogénaire pouvait être encore un danger, il le fit étrangler, d'après le récit de Joseph. Ainsi finit la race illustre des Asmonées.

Cependant Hérode était allé droit à Octave, lui avait offert le dévouement et les ressources avec lesquels il avait servi Antoine, et les lui avait fait accepter. Octave lui rendit le diadème, qui dès lors fut assuré sur son front. Le monde était pacifié, la Judée aussi fut tranquille : Hérode régna sans obstacle, sous le patronage de César l.

Hérode eut une longue vie, qui présente des aspects bien divers. Dans son intérieur, dans ce palais plein de femmes, de mignons, d'eunuques, se succèdent des scènes odieuses et misérables, toutes les horreurs et tous les scandales des cours d'Orient. Le premier des siens qu'il fit tuer fut son oncle Joseph ; il l'accusait d'être l'amant de sa femme favorite, la belle Mariamne, dont l'histoire est un roman tragique. Il tua bientôt Mariamne elle-même, et n'en fut que plus amoureux de celle qu'il avait tuée. Vieux, il fit mourir les deux fils qu'il avait eus de Mariamne, et «plus tard enfin un autre fils d'une autre femme ; il n'avait plus que cinq jours à vivre quand il frappa ce dernier coup. On attribuait à Auguste un mot sur son

1. Régnez; César le veut. Je remets en vos mains L'autorité qu'aux rois permettent les Romains.

Voltaire, Mariamne, acte III, scène ni.

(Sous sa première forme.)

ami le roi Hercule, qu'il valait mieux être de ses cochons (en sa qualité de Juif) que de ses enfants*. Quant aux victimes moins illustres, on ne les comptait pas : en proie à des défiances et à des fureurs perpétuelles, il frappait ses meilleurs amis, et ne cessa tant qu'il vécut de tuer et de torturer.

Et pourtant son règne ne fut pas sans grandeur, en ce que l'habileté et l'énergie avec lesquelles il avait fait sa fortune ne profitèrent pas seulement à lui. mais aussi à son pays. Il prolongea de quarante ans l'indépendance apparente de la Judée, et fit oublier l'humiliation subie sous Pompée, les pillages de Crassus, l'invasion des Parthes ; il mit fin aux guerres intestines et au brigandage ; il tint en respect les Arabes. Enfin il se fit rendre peu à peu par Auguste tout ce qui avait été enlevé à la Judée, et il obtint même des agrandissements nouveaux. Aussi entendu en finances que son père, il eut son trésor toujours rempli, et ce trésor fournit à des dépenses pleines d'éclat, faites pour lui assurer la faveur de l'empereur et celle des peuples. Il restaura Samarie sous le nom de Sébaste ou Augusta ; il fonda Césarée, qui fut le port et comme la capitale profane de son royaume, et d'autres villes encore. Il fit des bâtiment- et des travaux publics de toute espèce ; il les multiplia jusque dans des villes étrangères, où ces largesses répandaient sa gloire. Mais il s'illustra surtout par la restauration du Temple, œuvre grandiose, qu'il accomplit en huit années, et qui força pour ainsi dire la reconnaissance des Juifs.

Il s'en fallait beaucoup en effet qu'il fût populaire. Commenl L'âpre zèle des Juifs dévots, déjà si menaçant à l'égard des rois sous les Àsmonées, ne se lùtil pas révolté contre l'étranger, L'Iduméen, qui s'était fait roi de Judée en extirpant une race royale et sacerdotale, qui avait amené devant Jérusalem les armées romaines, et qui régnait en préfet et en courtisan de César? Dès sa jeunesse, au temps où son père gouvernait sous le nom du prince Asmonée , chargé par lui, à quinze ans, de commander en Galilée, il avait montré tout d'abord ce qu'il devait être; mais il s'était aliéné les saints en exterminant impitoyablement des bandes de fanatiques conduites par un certain Kzéchias. On l'accusa d'avoir violé la Loi en tuant des frères sans jugement, et il faillit être condamné par le sanhédrin l. Quand plus tard il assiégea Jérusalem et le Temple avec les Romains, il sembla qu'il tenait assiégé le dieu lui-même. Enfin sa royauté étalait aux yeux scandalisés des Juifs toutes les habitudes d'une royauté hellénique. Il célébra, en l'honneur de César, des jeux quinquennaux ; il osa bâtir dans la ville sainte un théâtre, et un amphithéâtre à ses portes ; il donna le spectacle de condamnés aux prises avec des bêles féroces. « C'était une impiété, dit Joseph, de faire dévorer des hommes par des bêtes pour servir de spectacle à des hommes ; c'en était une autre d'introduire ces coutumes étrangères au mépris de la Loi. » Il alla jusqu'à élever des temples

1. C'est-à-dire le synédrion. Le nom de ce tribunal est un mot grec écrit en hébreu. Derenbourg, p. 80-

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à Auguste, non pas sur la terre de Juda (cela, dit Joseph, n'aurait pas été souffert), mais à Sébaste, à Césarée, et en pays étranger, et il remplissait ces temples de statues. Il subvenait de ses largesses à des fêtes païennes, par exemple aux frais des jeux Olympiques et des sacrifices qui accompagnaient ces jeux. Toutes ces démonstrations étaient odieuses aux Juifs fidèles; elles leur faisaient détester leur roi, et leur roi les détestait à son tour, parce qu'ils refusaient de lui rendre les hommages que lui-même rendait aux Romains. Ils lui en voulaient encore de ce que, ne trouvant pas la Loi assez sévère contre le vol avec effraction, il avait établi que les coupables seraient vendus comme esclaves à l'étranger, c'est-àdire aux Gentils, ce qui était les arracher à leur dieu. Dès les premiers temps de son règne, dix de ces zélés conspirèrent pour l'assassiner ; ils furent dénoncés et suppliciés, mais le dénonciateur fut assassiné lui-même. Hérode tâcha de s'assurer de ses sujets en leur faisant prêter un serment de fidélité ; il sévit de diverses manières contre ceux qui le refusaient ; il en dispensa pourtant les pharisiens les plus respectés, et aussi ces espèces de cénobites appelés Essées ou Essènes. Plus tard il exigea de nouveau qu'on prêtât le serment, non pas seulement à lui, mais même à César : plus de 6000 pharisiens le refusèrent; il les frappa d'une amende, qu'une femme pieuse de sa propre famille paya pour eux. Ces pharisiens formaient un parti qui se faisait suivre du peuple et des femmes, et qui tenait le roi en échec. Ce

niSTOIRE DES JUIFS, ETC.

qu'Hérode faisait de plus populaire, jusqu'aux diminutions d'impôt, ne réussissait pas à lui ramener les esprits.

Il était difficile pourtant qu'ils ne fussent pas touchés par la restauration du Temple, quoique l'idée en eût été d'abord accueillie avec défiance, comme tout ce qui venait d'Hérode. Il se faisait ainsi le continuateur de Salomon ; il était tout au moins un Zorobabel. Il accomplissait ce qui n'avait pas même été essayé pendant les cent vingt-cinq ans qu'avaient régné les Asmonées. Il donnait au Temple une grandeur et une magnificence dignes du prestige que son dieu exerçait à cette époque, et il avait lui-même beaucoup ajouté à ce prestige en faisant retentir de tous côtés, par ses monuments et ses dépenses, son nom et le nom des Juifs. La fête de l'inauguration solennelle du Temple fut un jour de grande joie, et cette joie dut être ressentie dans le monde entier ; car la race des Juifs avait pénétré dans toutes les cités, et il n'y avait pas d'endroit sur la terre où elle n'eût sa place et où elle ne fit sentir sa prédominance l. Ce jour-là Hérode reçut des bénédictions universelles. On racontait que pendant les huit années que dura cette reconstruction, il n'avait jamais plu le jour, mais seulement la nuit, pour que les travaux ne fussent pas interrompus. «Telle est, dit Joseph, la tradition de nos pères, et on ne refusera pas de le croire, si on considère tant d'autres manifestations que notre dieu a données de lui. »

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