‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 57 sur 183 · Strabon, cité par Joseph, Antiq., XIV, vu · texte numérisé non relu

Strabon, cité par Joseph, Antiq., XIV, vu

Cependant c'est précisément comme profanateur du Temple qu Hérode, vieux et près de mourir, fut encore une fois en butte à la fureur de ses sujets. Il avait osé placer au-dessus de la porte principale une aigle d'or, en l'honneur de Rome et de César. Deux rabbins, docteurs éloquents et maîtres vénérés de la jeunesse, prêchèrent que c'était un devoir pour les fidèles de détruire l'odieuse figure, au péril même de leur vie. Hérode était très-malade, et le bruit s'étant répandu qu'il était mort, une troupe nombreuse alla en plein midi arracher l'aigle. La chose faite, la plupart se dispersèrent devant les troupes du roi ; mais quarante de ces jeunes gens se laissèrent prendre, prêts à répondre de ce qu'ils avaient fait. Plusieurs furent brûlés vifs, avec l'un des deux rabbins, qui avait été le principal instigateur de la sédition, et le grand prêtre qui était alors en fonctions fut révoqué, comme suspect d'être l'ennemi du roi. Quelque temps après, Hérode fit enfermer dans Jéricho tout ce qu'il y avait d'hommes considérables dans la nation, et on prétendait qu'il avait donné l'ordre (qui ne fut pas exécuté) de les tuer tous quand il serait mort, afin d'être sûr que sa mort serait honorée par un grand deuil.

Ainsi Hérode mourut détesté de ce parti dévot avec lequel il avait eu à lutter toute sa vie. A sa mort, la haine de ce parti alla jusqu'à demander aux Romains d'abolir la royauté juive et de réunir la Judée à leur province. Néanmoins on ne peut guère douter qu'Hérode n'ait eu aussi des partisans, et même des en-

thousiastes. A distance, l'éclat de son règne frappa de plus en plus les esprits ; il demeura, comparé à ses héritiers, Ilérode le Grand l. Ces mêmes Juifs, qui s'abandonnaient aux Romains en haine des rois, ne purent guère, sous les Romains, ne pas quelquefois regretter ce roi, au temps de qui la Judée était encore quelque chose. Peut-être même a-t-il été, aux yeux de plusieurs, non pas seulement un Oint, comme étant roi, mais aussi l'Oint attendu, dont il a été parlé un peu plus haut. C'est du moins ce que dit Epiphane, et je ne vois pas de raison de ne pas l'en croire. A certains beaux moments du règne d'Hérode, on put penser qu'il était celui que Iéhova avait promis à son peuple. On lisait dans les bénédictions de Jacob à ses fils, ou du moins on croyait y lire (car il fallait pour cela ajouter au texte) que le sceptre ne sortirait pas de Judanile commandement de sa postérité, jusqu'à la venue de l'Oint. Or, sous Hérode, le sceptre était sorti de Juda, puisque la royauté avait passé à un fils d'Édom; le temps de la prophétie était donc venu ; le Messie devait paraître sous Hérode : pourquoi alors n'aurait-ce pas été Hérode lui-même? Cette croyance se perpétua après lui, toujours si on en croit Épiphane, et ces Hérodiens, dont il est parlé dans les évangiles, étaient ceux qui acceptaient Hérode pour Messie. Cette secte, si elle a existé, n'a pas dû vivre longtemps, et s'est réduite sans doute bientôt aux courtisans des princes issus d'Hérode. C'est

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