III
1res, dans les versets où il condamne l'astrolâtrie l. Dans les livres des Juges, de Samuel et des Rois, il est souvent parlé, ainsi que dans les vieux récits du Pentateuque, de ce que le texte appelle des Messagers (ou des Anges) d'Élohim ou de Iehova. Mais dans le Pentateuque, et même dans les Juges, on reconnaît que ces Messagers ne sont pas des êtres distincts du dieu lui même, et qui le servent, ainsi qu'on se les est représentés depuis; mais de pures apparitions par lesquelles il se manifeste et qui se confondent avec lui, à peu près comme si on appelait l'éclair le messager de la foudre. Ainsi, dans la Genèse (xvi, 13), un « Messager de Iehova » parle à Agar dans le désert, et aussitôt il est dit : « Elle donna un nom cà Iehova qui lui parlait, disant : tu es un dieu visible. » Ainsi dans les Juges (vi, 22), Gédéon s'aperçoit à un signe miraculeux que c'est un « Messager de Iehova » qui lui est apparu, et il s'écrie: « Seigneur Iehova, j'ai donc vu le Messager de Iehova face à face. Et Iehova lui dit : Ne crains pas; tu ne mourras point. » Il n'y a pas dans ces livres un seul passage qui doive être pris autrement ; mais il n'en est pas de même pour certains endroits de Sa?nuel ou des Rois. Là on trouve plus d'une fois ces expressions : Bon comme un « Messager de Iehova » ; clairvoyant comme un « Messager de Iehova », qui indiquent assez qu'on prend maintenant ces Messagers pour des
1. Voir iv, 19 et xvn, 3. — Sur les autres points que je signale, voir I, m, 1 ; II, vu, 7 et '22.
personnes, intermédiaires entre l'homme et le dieu; et il y a un verset tout à fait décisif (II Sam. , xxvi, 16),
où il est dit que le « Messager de Iehova » ayant étendu sa main sur Israël pour y répandre la peste, et ayant fait mourir ainsi soixante-dix mille hommes, « Iehova dit au Messager : C'est assez; retire ta main ». Les Messagers divins sont bien désormais ce que nous appelons des Anges.
Mais les questions de date, toutes curieuses qu'elles sont, ne sont pas si intéressantes, en ce qui touche les livres historiques, qu'en ce qui regarde le Deutéronome ou les écrits prophétiques : je les laisse pour étudier les livres eux-mêmes. Et la première chose à dire, c'est que, bien qu'assez récents dans la forme dernière sous laquelle nous les lisons, ils n'en son pas moins antiques par les choses dont ils parlent, par les sources où ils ont puisé, et par la simplicité avec laquelle ils reproduisent d'ordinaire de vieux récits. Ils continuent la Genèse.
C'est pour cette raison sans doute que, comme la Genèse et les trois livres qui la suivent, ils nous parlent des Messagers ou Anges de Iehova. Ces apparitions figuraient dans les vieux récits qu'ils nous transmettent. Il ne s'en trouve pas dans le Deutérono?ne, parce que le Deuléronome ne contient pas de ces récits : ce n'est pas un livre de narration, mais de prédication; il se compose uniquement de discours de Moyse l.
1. On verra que les Messagers ou^Anges de Iehova ne se trouvent pas non plus dans les livres que nous appelons prophétiques,
Les Juges et Samuel racontent les temps héroïques ; l'époque relativement historique est dans les Rois : précieux monument, qui nous a conservé la double succession des rois d'Israël et de Juda, avec la durée de chaque règne et avec les principaux événements. C'est là qu'on voit le grand royaume du nord toujours agité, toujours en révolution; les rois et les familles royales y tombant les uns sur les autres ; tandis que le petit royaume du sud se conserve dans ses montagnes, fidèle à la race de David, constamment faible, humilié et menacé, mais subsistant; survivant même à Samarie plus d'un siècle, et ne périssant enfui que pour revivre.
Ce n'est pas que les Juges, Samuel, ou même les Rois, soient proprement de l'histoire; les Juifs sont bien loin d'atteindre jusque-là. Ils n'ont pas la curiosité, le besoin de savoir et de comprendre, qui crée l'histoire et qui en fait la grandeur; ils n'ont ni la philosophie, ni la politique, ni l'éloquence, ni l'art qui compose des tableaux ou des portraits. Mais plus leur chronique est pauvre, plus aussi elle est à la portée de tous, et entre dans les esprits les plus simples. Et si elle manque d'art, elle ne manque pas pour cela d'imagination ; cette imagination n'est pas riche, mais elle est forte. Nous n'oublions, une fois que nous les avons vus, ni Débora, ni Jahel, ni Gédéon, ni Jephté ni Samson, quelque rapidement qu'ils aient passé devant nous. Rien de plus animé que les avensauf dans quelques cas très-rares, où on transcrit par hasard dans ces livres une légende des anciens temps.
tures de David, ou la peinture des merveilles du règne de Salomon. L'histoire des rois qui les suivent est plus sèche, mais elle offre encore des détails très-dramatiques, et elle a surtout une partie bien originale : c'est celle où figurent les prophètes , et en particulier Klie le The s bi te, type idéal et merveilleux de ces Inspirés, qui sont tout autres que les prophètes écrivains. Il vit dans le désert; des corbeaux lui apportent à manger, et il a pour boire l'eau du torrent ; il sort de là peur paraître devant les rois qu'il menace, ou pour soulager les malheureux par des miracles. Il lutte aussi par des miracles co'ntre les prophètes des dieux ennemis, leur enlève la foule et les extermine. Dans cette scène avec les prophètes de Baal, il y a de la comédie à côté de la tragédie (et c'est à peu près la seule trace de génie comique dans toute la Bible), une comédie grandiose et sauvage l. Toute la peinture du prophétisme a des traits d'une étrangeté saisissante. Les prophètes entrent en inspiration au son des instruments ; alors ils ne se possèdent plus ; ils se livrent à des mouvements désordonnés et à toutes sortes de démonstrations bizarres ; ils se roulent tout nus à terre pendant de longues heures ; ils se font sur le corps des incisions et des blessures. C'est quelquefois en troupe qu'ils s'abandonnent à ces transports, et la bande finit par entraîner avec elle dans son vertige le passant indifférent, ou même ceux qui prétendaient la contenir et l'arrêter 2.