‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 63 sur 183 · I Rots, xvm · texte numérisé non relu

I Rots, xvm

2. Il y a dans la Flûte enchantée une scène de ce genre, tra-

A la suite du meurtre des prophètes de Baal, pendant que roi et peuple, consumés par la sécheresse, attendent avidement la pluie, Élie se tient sur le Carmel, prosterné et la tête dans ses genoux. Puis il dit à son serviteur : Ya regarder du côté de la mer. Il y va et dit : Il n'y a rien. Élie lui dit : Vas-y jusqu'à sept fois. A la septième fois, il dit : Je vois une petite nuée, grande comme la main, qui monte de la mer. Élie dit au roi : Attelle ton char et hâtetoi de partir, si tu ne veux être enveloppé par la pluie. Aussitôt une grande pluie commence à tomber, et le roi monte sur son char. « Et la main de Iehova fut sur Élie ; » et, retroussant ses habits, il se mit à courir devant le char du roi, et entra courant ainsi dans Jezrahel. » C'est de l'histoire populaire que celle de la Bible, et la poésie de cette histoire est de la poésie populaire. Dans ces pays de l'Orient sémitique, les imaginations de la foule peuvent suffire à faire une littérature, et à contenter toutes les classes, parce qu'il n'y a pas de classes, et que les plus petits y sont par la nature et par la culture au niveau des plus grands *.

Tout étranges que sont ces récits, il ne faut pas

duite en fantaisie bouffonne. — Voir pour tous ces traits, I Sam., xviii, 10, et II Rois, m, 15. — I Rois, xxn, II et 24 et xvm, 29. — I Sam., xix, 20-24. — Zac/i., xm, 6.

1. 11 faut pourtant reconnaître que tout n'est pas grandiose dans ce qu'on nous raconte des prophètes ; ainsi, par exemple, si un homme a perdu ses bètes, il s'adresse tout simplement à un prophète pour les retrouver, comme on ferait aujourd'hui à une somnambule, et on lui paie sa consultation (1 Samuel, ix, 6 et 7).

les oublier dans la recherche des causes qui ont aidé à la propagande du judaïsme. Quand le inonde s'est mis à judaïser, il n'a pas été entraîné seulement par l'exemple des vertus des Juifs, de leur patience, de leur austérité, de leur charité, mais aussi par l'influence de leur superstition; car jamais cette perpétuelle maladie du genre humain n'a été plus violente et plus contagieuse qu'à cette époque d'ébranlement et de désordre universel dont sortit l'empire. De même que le corps énervé a besoin de liqueurs fortes, l'esprit dévoyé a soif de l'ivresse du surnaturel. Les livres des Juifs respirent cette ivresse et la communiquent.

Quelques-uns des miracles d'Élie et d'Elisée ont servi de modèle pour ceux qu'on a prêtés à Jésus, comme le jeune de quarante jours et la multiplication des pains !.

Mais, laissant là les récits sur les prophètes, si on considère d'une manière générale et dans leur ensemble les narrations des Juges, de Samuel et des Bois, on y trouve le même caractère qui est dans celles de la Genèse et de V Exode; elles produisent sur les âmes la même impression ; elles ont causé aux philosophes le même scandale. Il suffit de rappeler l'article fameux de Bayle sur David, ce roi selon le cœur de Dieu 2. Ailleurs encore, il y a bien des traits odieux ou pitoyables ; mais je ne veux pas m'arrêter au scandale

1. Rois, I, xix, 8, et II, rv, 43. Pour le jeûne, il y avait déjà celui de Moyse, Exode, xxxiv, 28.

Page 1