CHAPITRE VI
LES DERNIERS PROPHÈTES i .
Le principe rationaliste, d'où toute critique doit partir nécessairement, ne permet pas de supposer qu'il y ait jamais eu des prophéties au sens où l'on prend ce mot généralement, c'est-à-dire de véritables prédictions de l'avenir. Ce principe suffit pour faire voir tout de suite combien on doit se défier de la tradition en ce qui regarde les Prophètes. Voici, par exemple, des prophéties attribuées à Isaïe, c'est-àdire à un prophète du temps d'Ëzéchias. Eh bien ! aux chapitres xm et xiv, au chapitre xxi, et, enfin, dans la dernière partie du livre, qui commence au chapitre xl, on trouve exposé, avec la ruine de Babylone par Cyrus, le retour des Juifs dans la Palestine et le rétablissement de Jérusalem. Tous ces morceaux ne peuvent être d'Isaïe, qui vivait près de deux cents ans avant la chute de l'empire babylonien. Il est donc
1. Ce sont ceux qu'on appelle simplement d'ordinaire les Prophètes : Isaïe, Jérémie, Ézéchiel et les Douze. On verra plus loin que Daniel ne doit pas être compris parmi les Prophètes.
établi dès à présent, sinon pour tous les livres des Prophètes, du moins pour certaines portions de ces livres, qu'elles ne sont pas l'œuvre des personnages antiques auxquels on les attribue, mais qu'elles ont été composées longtemps après par des écrivains qui ont emprunté ces noms vénérés pour donner plus d'autorité à leurs discours. Les anciens prophètes prêchaient pour les hommes de leur temps ; on les fit prêcher encore pour ceux d'un autre âge. Les anciens passaient pour avoir prophétisé au sens où nous prenons ce mot, c'est-à-dire pour avoir prédit l'avenir; on le leur fit prédire encore, et rien ne fut plus facile, puisque ce qui avait été pour eux l'avenir était devenu le passé. Dans la réalité, les inspirés qui croient voir l'avenir ne font que l'entrevoir bien vaguement; ils s'écrient : Jérusalem va périr; ou bien: Jérusalem sera sauvée ; voilà tout ce que les vrais prophètes avaient pu dire. Ceux qui parlaient sous leur nom pouvaient leur en faire dire bien davantage, et leur faire marquer le temps précis et les circonstances particulières de la ruine ou de la délivrance : c'est ce qu'ils ont fait. Il ne faudrait pas pour cela les accuser de mensonge. Le poète qui voulait épancher son âme sur des événements accomplis et développer ses sentiments et ses espéranees ne trouvait rien de plus naturel que de faire parler dans son chant un de ces inspirés du temps passé, comme si celui-ci avait en effet aperçu et annoncé de loin les choses dont l'écrivain avait été le témoin. 11 y a là d'abord un grand elfet d'imagination, les événements, tristes ou
glorieux, paraissant plus extraordinaires et plus divins quand ils sont ainsi comme annoncés à l'avance par une voix d'en haut. Puis, le prophète à qui l'écrivain donne la parole a une bien autre autorité, pour conseiller ou pour condamner, que lui-même n'en aurait parlant en son propre nom. Et enfin, remarquons qu'aucun scrupule ne pouvait arrêter celui qui hasardait cette espèce de prosopopée ; car lui-même est un croyant, pénétré de la grandeur de Iehova et du mystère de ses conseils ; il ne doute pas que ces événements qui agitent Israël ne soient, en effet, l'œuvre de son dieu, et qu'il ne les ait préparés comme autant de leçons ou de consolations pour son peuple. Il pense donc que les prophètes de Iehova ont du les prédire, et que sans doute ils les ont prédits : si leurs prédictions se sont perdues, ou sont mortes avec eux, il ne s'agit que de les faire revivre par un effort de l'imagination : ce n'est pas mentir, ce n'est pas même feindre ; c'est retrouver et mettre en lumière la vérité : c'est faire à la fois œuvre de piété, de patriotisme et de poésie. Supposons que la tradition prophétique se fût perpétuée pendant les siècles chrétiens du moyen âge, et concevons que cinquante ans après la mort de la Pucelle, vers la fin du règne de Louis XI, un esprit passionné ait voulu parler au nom de Dieu à la France chrétienne, il aurait mis en tête de ses discours : « Paroles de Jeanne la voyante. » Il lui aurait fait prophétiser avant tout la terre française recouvrant son indépendance et l'Anglais chassé au nord et au midi ; puis sa pensée aurait pu s'envoler vers
l'Orient : il aurait peint en vives images les barbares de l'Asie enveloppant la ville de Constantin, et la croix tombant du dôme de la Sainte-Sophie ; il aurait tonné contre la lâche indifférence des chrétiens, ou contre leurs divisions misérables ; il aurait flétri les lignes des grands vassaux contre leur roi, et sommé peut-être ce roi lui-même de se distraire de l'œuvre de sa grandeur et de sa fortune pour se charger de celle du salut de la chrétienté, d'être un saint Louis au lien d'être un Louis XI. Chacun peut remplir en idée ce cadre, que je ne fais qu'indiquer. Et quel effet eût produit la voix de la bonne Lorraine, sortant en quelque sorte des flammes du bûcher de Rouen, pour faire appel à son pays ! Voilà à peu près ce qu'ont fait les auteurs du livre dVsaïe et des autres livres semblables. Si la France n'a rien vu de pareil aux temps dont je parle, ce n'est pas la foi qui manquait, ni peut-être l'imagination; mais on était déjà trop savant; il y avait trop de livres, trop d'écoles; l'imprimerie même était née. Les inspirés, d'ailleurs, auraient eu affaire à des pouvoirs réguliers fortement assis, exerçant un contrôle rigoureux sur tout enthousiasme et toute hardiesse particulière, et qui auraient fait demander aux prophètes, ou à ceux qui les auraient fait parler, un compte sévère de leurs prophéties. 11 n'y avait rien de cela en Judée au temps des livres prophétiques : ce n'est que plus tard qu'il s'établit dans Jérusalem une discipline religieuse assez forte pour gêner la liberté de l'inspiration.
Malheureusement, le grand événement de la chute
de Babylone est à peu près le seul point de repère qui puisse déterminer, sinon la date des prophéties
qui en parlent, du moins une limite au-dessus de laquelle ces prophéties ne peuvent remonter. Il s'en faut donc beaucoup que Ton puisse constituer par là une chronologie des Prophètes. Etablir cette chronologie est un travail des plus complexes et des plus difficiles, et qui n'a pas encore été fait.
Il semble que je pourrais me dispenser d'aborder même cette question, puisque, n'étudiant les Prophètes qu'au point de vue des origines du christianisme, il me suffirait de les prendre tels que les Juifs les ont donnés au monde hellénique, à la veille des temps chrétiens. Mais pourtant est-il possible de se trouver en présence de ces grands monuments religieux, sans les interroger sur les situations qui les ont inspirés, et d'écouter ces ardentes paroles, sans chercher où elles vont et d'où elles viennent ? Je ferai donc là-dessus d'abord quelques réflexions très-générales. Si je ne puis donner la solution d'un sj grand problème, j'essayerai de la préparer : je dirai ce qui empêche d'accepter simplement, à ce sujet, les idées reçues; quels doutes et quelles conjectures s'offrent à l'esprit dans cette recherche, et comment on ne doit rien tenir pour décidé, ni par la tradition de la Synagogue ou de l'Église, ni même par le consentement des savants, s'il n'est pas assez appuyé de preuves, et s'il ne se présente que comme une autre espèce de tradition, à laquelle on n'a pas regardé d'assez près.
Ainsi tout d'abord, dans Isaïc, les savants s'accor-
dent généralement à accepter les douze premiers-chapitres comme appartenant en effet à l'époque où l'on place Isaïe lui-même, celle d'Ezéchias et de l'invasion assyrienne. Sur quoi cependant se fondent-ils? Sur la tradition d'abord ; mais la môme tradition donne aussi à Isaïe les prophéties sur Babylone, qu'aucun critique ne peut plus lui attribuer; ensuite (et cette raison semble meilleure), sur ce que l'auteur des premiers chapitres parle des événements de cette époque comme un homme qui vit au milieu de ces événements et qui en paraît tout occupé ; mais voici une objection bien grave. Au milieu de ces mêmes pages, toutes pleines de l'invasion assyrienne, éclatent tout à coup des prophéties dont on ne peut trouver l'application sans descendre au temps de Nabuchodonosor, et même au temps de Cyrus.
On lit en effet, dès la première page du livre (i, 8) : « Sion est demeurée comme une cabane abandonnée dans le vignoble après la vendange... comme un poste de guette isolé dans la campagne. Si Iehova n'avait laissé subsister un misérable reste, nous aurions été comme Sodome... »
Un peu après (m, 1) : a Iehova a enlevé à Jérusalem et à Juda son soutien... le soldat, le juge, le prophète... Les filles de Sion seront rasées; on verra leur nudité... Les hommes tomberont par l'épée... Sion, désolée, sera gisante à terre dans son deuil. »
Puis (v, 13) : « Mon peuple a été emmené prisonnier tout à coup; les plus grands sont tourmentés de la faim et les plus riches sont consumés par la soif...
La colère de lehova s'est enflammée contre les siens... Il a élevé un signal pour appeler l'étranger ; il le siffle, et le voilà qui arrive du bout de la terre. »
Plus loin encore (xi, II) : « Le jour viendra que la main de [ehova recueillera les débris de son peuple, reste d'Assur, del'Égypte et de l'Ethiopie... Il ramène les exilés d'Israël ; il rassemble les dispersés de Juda des quatre coins, de la terre. » II, est impossible que de telles paroles aient été prononcées avant le retour à Jérusalem qui suivit l'exil de Babylone.
Pour attribuer de tels passages à l'Isaïe du temps d'Ézéchias, il faut admettre qu'Isaïe a réellement prophétisé l'avenir. Dira-t-on que, sans être prophète, il a pu craindre et pressentir la ruine de son pays et la peindre de loin avec éloquence, pour effrayer et ramener ceux qui poussaient Juda à sa perte ? Mais comment aurait-il prédit le retour miraculeux ? Non ; cela est écrit par quelqu'un qui a vu réellement Jérusalem désolée et les Juifs dispersés, et surtout par quelqu'un qui les a vus rétablis à la suite d'une révolution extraordinaire et inattendue. Ainsi, ce qu'on appelle le premier haie n'est pas non plus authentique, et la distinction entre deux ou plusieurs Isaïes n'a rien sauvé.
Il reste, il est vrai, h s'expliquer comment un écrivain qui est au plus tôt du temps de Cyrus a pu prendre intérêt à ce qui se passait près de deux cents ans avant lui et s'en montrer si touché. Ici s'offre une explication qui se représentera souvent à nous, qui est <pie cet intérêt tient à la ressemblance de deux situant. \i
tions pareilles prises dans des époques diverses. Supposons, par exemple, qu'au temps où vivait réellement l'auteur du livre, Jérusalem ait été en danger comme elle l'avait été au temps d!Ézéchias, et qu'ensuite soit venue la délivrance : on comprend que l'écrivain se soit plu à mettre dans la bouche du vieux prophète, sous la figure du passé, le présent même qui le touchait si vivement.
Ce que je dis d'Isaïe, on verra tout à l'heure qu'il laut le dire également d'Osée, de Joël, d'Amos, d'.l£dias, de Michée, et qu'ainsi il faudra tirer d'une manière générale cette conclusion, non pas seulement comme probable, mais comme certaine, qu'aucun livre prophétique n'a pu être écrit avant le temps de Cyrus.
Venons maintenant à cette époque même, et voyons si nous pouvons nous y reposer, soit pour les prophètes qu'on faisait remonter jusqu'au VIIIe siècle, soit pour ceux qu'on plaçait d'un commun accord au VIe, tels que Jérémie et Ézéchiel. Une première difficulté se présente.
Quand on passe des quatre premiers livres du Pentatenqae, que j'appellerai, pour abréger, les Quatre livres, klsaïe, et en général aux Prophètes, on aperçoit dans ceux-ci un autre esprit, un esprit nouveau, le même qui paraît dans le Deutéronome. La religion juive s'y montre sous un aspect moins primitif; elle est plus profonde et plus délicate à la fois, en un mot plus spirituelle; on dira, si on veut, plus chrétienne. C'est ce que je vais développer tout à l'heure ; mais
on le sent même avant tout examen. On reconnaît aussi (jiio le judaïsme a dans les Prophètes, jusqu'au travers de leurs lamentations, un accent de fierté que rien ne fait pressentir dans les Quatre livres, qui montre qu'il se sent fortement établi et considérable en face des Gentils.
Il faut donc admettre que les Prophètes sont postérieurs aux Quatre livres; mais si les Quatre livres eux-mêmes ne peuvent être placés avec vraisemblance avant le temps d'Esdras, c'est-à-dire avant le milieu du Ve siècle, il faudra faire descendre les Prophètes plus bas encore ; et maintenant où s'arrêter ? On ne peut s'empêcher de se dire qu'une fois la tradition démentie, une fois qu'on est emporté loin de la grande date de la captivité de Babylone, on ne sait plus à quoi se rattacher. Car, entre la restauration de Jérusalem et l'époque des rois macédoniens de Syrie, on ne trouve dans les annales des Juifs qu'un vide de trois siècles, où pas un fait de leur histoire n'a surnagé.
Rappelons ce qu'on nomme le second Isaïe, c'està-dire les chapitres xl-lxvi : nous y voyons que Iehova règne; son Temple reçoit les hommages des nations ; on peut déjà s'écrier : Dieu des Juifs, tu l'emportes !
— « Les bords de la mer recevront ta loi (xlii, 4). »
— « Iehova s'est rendu glorieux en Israël (xliv, 23). »
— «L'Egypte, l'Ethiopie, l'Arabie... se prosterneront devant toi en suppliants et diront : « Avec toi seul « est le Dieu fort (xlv, 14). » — « J'en ai fait le serment, dit Iehova... tout genou ploiera devant moi,
toute langue jurera par mon nom (xlv, 23] .» — « Les nations accourent à Jérusalem, lui rapportant ses enfants dans leurs bras; les reines sont leurs nourrices et les rois leurs nourriciers; tous se prosternent devant Israël et baisent la poussière de ses pieds (xlix, 23). » — Le poète dit à Jérusalem (liv. S : « Ton rédempteur, le Saint d'Israël, sera appelé 1»' dieu de toute la terre. » — Plus loin iai. 6) : «Les enfants de la terre étrangère qui se donneront à lehova pour le servir, qui voudront aimer le nom de Iehova et se faire siens, qui craindront de profaner mes sabbats et observeront mon pacte, je les recevrai aussi sur ma montagne sainte ; je leur ferai fête dans la maison où mon nom est invoqué ; leurs victimes et leurs holocaustes seront bien reçus sur mon autel; car ma maison sera appelée I" maison de prière de tous les peuples. » Et enfin (lx, 4) ; « Lève les yeux, Jérusalem : voici tes fils et tes filles ; voici les trésors des nations ; les chameaux et les dromadaires apportent de tous côtés l'encens et l'or ; tous chantent les louanges de Iehova... Voici les peuples des bords de la mer; voici les vaisseaux qui arrivent de ïharsis... Les fils de l'étranger aideront à bâtir tes murailles, et les rois se mettront à ton service... Ceux mêmes qui t'avaient accablée viendronl se courber devant toi; ils salueront la ville de lehova et Sion aimée du Saint d'Israël. »
Quand est-ce que de telles paroles ont été dites ? Je ne prétends pas le déterminer d'une manière précise; maison ne peut croire que ce soit dans le siècle
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qui suivit la chute de Babylone, temps rempli de difficultés, où les annales mênies des Juifs nous les représentent comme ayant grand'peine à rétablir clandestinement, en quelque sorte, leur ville et leur Temple ; celui-ci ne fut rebâti que cent ans après Cyrus. Où donc faudra-t-il descendre ? Mais je ne sais pourquoi je suis allé chercher dans le second haie ce qui n'éclate pas moins dans le premier. Voyez ces prophéties du chapitre n : « 11 arrivera dans la suite des temps que la montagne de la maison de Iehova sera au-dessus de toutes les montagnes... et. toutes les nations s'y rassembleront. Et les peuples y viendront, disant : Allons, montons à la montagne de Iehova, à la maison du dieu de Jacob, pour qu'il nous enseigne ses voies... La doctrine descend de Sion, et la parole de Iehova de Jérusalem. Il jugera entre les nations, il prononcera entre les peuples ; ils échangeront l'épée et la lance contre la faux et la charrue; un peuple ne lèvera plus le fer contre l'autre ; ils ne se feront plus la guerre. Allons, maison de Jacob, marchons à la lumière de Iehova. » — Et plus loin : « Pour ce qui est des choses de néant (les idoles), tout périra... L'homme jettera les choses de néant faites de son argent et de son or; il les laissera aux taupes et aux chauves-souris, au lieu de se prosterner devant elles. » — Je m'en rapporte à l'impression du lecteur : croit-il que ce règne de Iehova, dans une Judée paisible et respectée, du milieu de laquelle toutes les idoles auront disparu, ait pu être annoncé avec cette confiance au temps de Zorobabel ? Est-ce dans
ce même temps qu'un prophète a pu dire encore : « Éphraïm ne sera plus jaloux de Juda et Juda ne fera plus de mal à Ephraïm ; mais ils se jetteront sur le dos des Philistins, vers la mer ; ils feront le ravage ensemble chez les fils de l'Orient ; Édom et Moab seront leur proie, et les fds d'Àmmon leur seront assujettis » ? — Où donc sonnnes-noHS ?
Au chapitre xix à'Isaïe, au milieu d'oracles sur l'Egypte qui semhlent d'abord se rapporter aux temps anciens, on trouve tout à coup les versets suivants : « En ce temps-là, il y aura cinq villes au pays d'Egypte qui parleront la langue de Chanaan et jureront par Iehova Sabaoth ' ; et l'une d'elles sera appelée la ville du Soleil (suivant la leçon qui paraît la mieux autorisée). En ce jour-là, il y aura un autel à Iehova au milieu de l'Egypte... l'Egypte connaîtra Iehova et lui offrira des sacrifices... En ce temps-là, il y aura chemin ouvert entre Egypte et Assur, et Assur viendra en Egypte et Egypte en Assur, et Egypte et Assur adoreront ensemble; et Israël fera le tiers avec Egypte et Assur; et il y aura bénédiction sur cette terre; car Iehova Sabaoth l'aura bénie par ces paroles : « Que béni soit l'Égyptien, mon peuple, et Assur, « l'œuvre de mes mains, et Israël, mon héritage.
Au milieu de l'obscurité que ce passage présente à quiconque veut l'interpréter par l'histoire antique d'Israël, un trait de lumière sort d'un pussn^e de Joseph. Après qu'il a raconté comment Onias, dépossédé
'.. Cinq villes pour dire simplement plusieurs villes, d'après les hébraïsants.
par le roi de Syrie de la dignité de grand prêtre, à laquelle sa naissance lui donnait droit, se "réfugia en Egypte sous la protection de Ptolémée Philométor, et lui demanda la permission de bâtir en Egypte un temple à son dieu pour remplacer celui de Jérusalem, Joseph ajoute : « Il était encouragé surtout dans cette demande par le prophète Isaïe, qui avait annoncé plus de six cents ans auparavant qu'il fallait absolument qu'un temple du dieu suprême fût élevé en Egypte par un Juif. » Il suffit de ces paroles pour faire soupçonner que les versets qui prophétisent ainsi rétablissement du temple d'Onias n'ont été faits que pour ce temple et après ce temple ; de sorte que ce fragment au moins iV Isaïe se trouverait dater d'une époque étonnamment récente, puisqu'il descendrait jusque vers loO avant notre ère l.
Joseph fait dire un peu plus loin à Onias lui-même : « Isaïe le prophète l'a prédit en ces termes : Il y aura en Egypte un autel où on sacrifiera au Seigneur notre dieu. Et il a ajouté diverses autres prédictions au sujet du lieu même. » Joseph fait sans doute allusion au nom de Yille du soleil, en grec Héliopolis; c'est en effet dans le nome de ce nom que fut construit le temple d'Egypte. Il est reconnu aussi qu'à cette même date où Onias établit son temple, le roi de Syrie Alexandre fit alliance avec le roi d'Egypte, dontil épousa la fille, et que le grand prêtre des Juifs, le frère de Judas le Machabée, fut convié aux fêtes