‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 69 sur 183 · Joseph, Ant., XVI, i · texte numérisé non relu

Joseph, Ant., XVI, i

du règne d'IIérode, la grande figure que faisaient alors la Judée et le judaïsme, justifient tout à fait ce verset célèbre (vin, 23) : « En ce temps-là, dix hommes de toute langue s'attacheront au Juif par le pan de sa robe, lui disant : Nous irons avec vous, car nous avons reconnu qu'un dieu est avec vous. » Quant aux visions du chapitre u, les quatre cornes sont sans doute les quatre empires qui avaient tenu les Juifs sous leur domination (comme au chapitre vu de Daniel), et les ouvriers qui brisent ces quatre cornes sont les Romains.

Les derniers chapitres (à partir du neuvième), où on a cru voir une prophétie plus antique que la première, peuvent recevoir pourtant la même interprétation, quelle que soit l'obscurité où restent certains détails. Les trois pasteurs retranchés en un mois (xi, 8) ne seraient-ils pas les trois derniers ÀsmoDées? Le siège de Jérusalem, décrit au chapitre xir, peut être celui qu'Hérode, appuyé d'une armée romaine, fit subir à la ville sainte, qu'il emporta après cinq mois, en l'année 37 avant notre ère : c'est alors que Juda même (c'est-à-dire les hommes de Juda), était au nombre des assiégeants (xu, 1). Joseph nous apprend ' que, peu de temps après la prise de la ville, pendant la bataille d'Actiuin, il y eut en Judée un affreux tremblement de terre, qui tua des milliers d'hommes et beaucoup de bétail ; ce tremblement de terre se retrouve dans la prophétie \i\. 4-5). Et elle ajout»4 qu'à partir de là, c'est-à-dire à partir l. Ant., W, v, •>.■

du règne d'Auguste, la Judée sera tranquille (la royauté d'Ilérode étant affermie), et Jérusalem reposera en pleine paix.

On remarquera que les deux prophéties qu'on peut supposer écrites sous le règne et à l'honneur d'Ilérode l'Iduméen se distinguent en ce qu'elles ne contiennent rien contre Édom ou l'idumée, si volontiers maudite ou menacée par les prophètes.

La courte prophétie de Malachie ne contient aucune allusion particulière qui puisse servir à en déterminer la date. Seulement, si l'on admet, par une première hypothèse, que ce prophète, venant le dernier dans le recueil des Douze, en est sans doute le plus récent, et si d'autre part on ne recule pas devant l'idée de faire descendre jusqu'au temps d'Hérode les livres à'Aggée et de Zacharie, alors la malédiction contre Édom placée en tête de Malachie conduirait à rejeter celui-ci jusqu'après la mort d'Hérode.

Je reviens maintenant à ce qui est mon véritable objet, l'étude de ce que les livres des prophètes ont donné au christianisme. Ce qu'on a appelé le caractère chrétien de ces livres, et qu'il ne faut pas appeler ainsi, puisque ce serait en ôter injustement l'honneur au judaïsme, n'a été méconnu par personne, partisans ou adversaires de la tradition, orthodoxes ou sceptiques. On peut dire seulement que la critique hardie à laquelle je fais appel en rend mieux compte, puisqu'elle met les Prophètes aussi près des Évangiles par la date que par l'esprit.

Si on compare la religion ù'Isaïe (pour commencer par celui qui ouvre la liste des Prophètes) avec celle des quatre premiers livres du Pentateuque, on est frappé de voir ici, comme dans le Deutéronome, combien s'est développé cet attachement exclusif à un dieu uniquement servi, ce monothéisme du cœur, déjà si marqué dans les livres mosaïques. Israël dit à Iehova dans Isaïe (xxvi, 13) : « Nous avons eu d'autres maîtres que toi, niais nous ne sommes qu'à toi, et n'invoquons que ton nom. » Sa grandeur s'est révélée comme incomparable :

Au seul son de sa voix, la mer fuit, le ciel tremble ; Il voit comme un néant tout l'univers ensemble, Et les faibles mortels, vains jouets du trépas, Sont tous devant ses yeux comme s'ils n'étaient pas '.

Je suis, dit-il, le premier et le dernier; nul dieu n'a existé avant moi ni n'existera après moi (xli, 4; xliii, 10) ; c'est-à-dire qu'à la différence d'autres dieux, qui n'ont qu'un règne passager et éphémère, qui commencent et qui finissent, lui au contraire subsiste et règne éternellement. Ou plutôt, hors de moi, ditil, il n'y a pas de dieu (xliv, G). Mais il faut redire ici ce que j'ai dit à propos du Deutéronome : n'exagérons pa^ la portée de ces paroles, ni de celles qu'on trouvera un peu plus loin (xlv, 5) : « 11 y a moi, Iehova, et il n'y a que moi ; il n'y a point de dieu hors de moi. » Rien ne parait d'abord plus proprement et plus absolument monothéiste. Mais voici que

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