‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 7 sur 183 · PRÉFACE. VII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. VII

encore, même dans le Premier haïe, détacher certains chapitres, où on retrouvait célébrée la prise de Babylone. On a rectifié de même la tradition au sujet de quelques autres passages prophétiques, comme le xix1 chapitre (VIsaïe. Mais en général, pour ce qui regarde les prophètes, on s'en est tenu aux idées reçues. On a continué d'admettre que le Premier haïe était du temps de l'invasion assyrienne, c'està-dire du VIIIe siècle avant notre ère; de placer à la même date Amos, Osée, Michée, et Joël encore plus haut. On met toujours Jérémie et Ézéchiel au commencement du VIe siècle; Aggée et Zacharie à la fin. En un mot, la tradition, au sujet des prophètes, fait encore loi parmi les critiques, et M. Reuss l'accepte et la consacre dans sa Bible.

Pour moi, la lecture des prophètes m'a laissé des impressions toutes différentes. Il m'a paru que tout indiquait dans ces livres une époque beaucoup plus moderne que celle à laquelle on les rapporte. Je suis arrivé à croire que les noms d'Isaïe ou de Jérémie ne devraient pas imposer à la critique plus que ne lui impose le nom de David dans les Psaumes, et qu'au lieu de regarder les livres prophétiques comme inspirés par la destruction de Samarie, ou par celle de Jérusalem, on peut supposer avec plus de vraisemblance qu'ils sont nés de la lutte des Juifs contre les rois de Syrie au second siècle avant notre ère. Il y a même tels livres prophétiques, ceux que d'ail-

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leurs tout le monde estime les plus récents, que je ne craindrais pas de faire descendre jusqu'au temps d'Hérode. Il m'a paru aussi que l'esprit dans lequel ont été composés les livres iïlsaïe et des prophètes du môme âge est le même que l'on sent dans le Deutéronome (à la différence des quatre premiers livres du Pcntateuque), et qu'ainsi le Deutéronome devra être également rapporté à l'époque hellénique de l'histoire des Juifs.

J'ajoute que si une fois on en vient à faire ces livres aussi modernes, on sera conduit par là à penser que ceux que la critique a déjà fait descendre jusqu'au temps des Asmonées sont encore placés trop haut, et on arrivera à regarder les Psaumes et Daniel comme appartenant à l'époque d'Hérode et des Romains.

Je propose à l'examen des héhraïsants ces idées, qui ne sauraient prévaloir que si elles trouvent appui parmi eux. Je ne me dissimule pas qu'autrement il est difficile quelles soient acceptées par le public l.

Il faut reconnaître que pour celui qui ne recule pas

1. Mon chapitre des Prophètes, où je développe ces conjectures sur la date des livres prophétiques, a paru pour la première fois dans la Reçue politique et littéraire des 30 septembre, 7 et 1-4 octobre 187C.

M. Maurice Vernes, dans un article de la Revue critique du 4 mai 1818, rabat beaucoup de l'antiquité attribuée à Joui, qu'il fait descendre jusqu'au quatrième et même jusqu'au troisième siècle avant notru ère, c'est-à-dire qu'il le place déjà cinq siècles plus bas que ne le fait la tradition.

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