‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 78 sur 183 · Ch. xx, 5. Cela se retrouve encore dans le poème de Job · texte numérisé non relu

Ch. xx, 5. Cela se retrouve encore dans le poème de Job

de Jérusalem) ! » Et l'admirable passage sur le deuil de Rachel (xxxi, 15) : « Ainsi dit Iehova : Une voix est entendue dans Rama, une lamentation, des pleurs amers; Rachel gémissant sur ses enfants : elle ne veut pas être consolée de ses enfants, car elle ne les a plus. Ainsi dit Iehova : Épargne ta ta voix les lamentations et les pleurs à tes yeux... ; car ils reviendront. )> Ce cri maternel a été bien des fois admiré et imité, mais les imitations n'en ont point conservé la grandeur. La mère qui pleure ici, c'est la mère des Juifs; c'est Israël qui a disparu, et Rachel, du fond de son tombeau (ce tombeau était à Rama), fait le deuil de tout un peuple. Ceux qui ont mené un deuil semblable, le deuil de la dignité de leur patrie et de ses membres arrachés, sentiront tout ce qu'il y a dans ces paroles. Mais voici que ce peuple va reparaître, et les gémissements de l'antique aïeule vont être apaisés. Je ne connais rien de plus touchant et de plus auguste. Eh bien! je ne crois pas que cela ait été trouvé au temps de Sédécias et de Nabuchodonosor. Les hommes d'alors ont souffert sans doute, comme ceux du temps d'Antiochos, mais je ne crois pas qu'ils aient senti d'une manière si délicate et si profonde.

Ézéchiel est le plus étrange des prophètes. Ses visions d'animaux fantastiques, de roues lumineuses, sont bizarres. Elles font leur impression pourtant, parce qu'elles sont naïves, et elles laissent un éblouissement dans les yeux. Tout le monde connaît ses cru-

dites de toute espèce : ici, ces images qu'il s'applique à faire dégoûtantes pour mieux rendre l'opprobre et l'abjection l ; là, ces invectives contre Samarie et Juda, représentés sous la figure de deux prostituées; des pages que notre délicatesse moderne ne peut lire tout haut ; des traits d'une audacieuse impudeur, et qui pourtant n'impriment pas de taches au lecteur, comme font les obscénités de Juvénal; admirables pour peindre ce qu'on peut appeler en effet les prostitutions de l'âme, la dépravation et la dégradation des multitudes qui s'abandonnent.

Mais il n'a rien de plus fameux que cette image du champ des ossements, expression si puissante, non pas de ce qu'on appelle la résurrection des morts (c'était une idée inconnue des Juifs d'alors), mais de la résurrection d'un peuple (xxxvii, 1-12) : « Fils de l'homme 2, ces os que voici peuvent-ils revivre? Et je dis : Seigneur Iehova, toi seul le sais. Et il me dit : Prophète, crie et fais appel à ces os; dis-leur : Os desséchés, écoutez la parole de Iehova... Alors je criai ainsi qu'il m'avait été ordonné... et il y eut un bruit et une secousse... et les os se rapprochèrent, un os de celui qui le touchait, et je vis qu'il y eut des tendons1 et que la chair se reforma, et sur la chair s'étendit la peau, mais le souffle de vie n'y était pas. Et il me dit : Prophète, crie et fais appel au souffle

1. Pas si dégoûtantes pourtant, comme on sait, que les fait Voltaire. Voir iv, 12, et le chap. xxm.

.2. Fils de l'homme, ou plutôt Fils d'homme, hébraïsme pour dire simplement homme : c'est un dieu qui parle.

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