‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 79 sur 183 · III · texte numérisé non relu

III

dévie, et dis : Ainsi dit lehova : Souffle de vie, viens des quatre vents, et souffle sur ces morts pour qu'ils revivent. Et je criai... et le souffle de vie vint sur eux, et ils revécurent, et ils furent debout sur leurs pieds, et ce fut une grande, grande multitude. Et il me dit : Fils de l'homme, ces os, c'est toute la maison d'Israël. Ils disent : Nos os sont desséchés, notre espérance est anéantie; nous sommes disparus; c'est fini pour nous. Prophète, crie et dis-leur : Ainsi dit le seigneur lehova : Voici que je vais ouvrir vos tombeaux, et que je vais vous faire sortir de vos tombeaux, et vous faire rentrer dans la terre d'Israël. » — Telle est cette grande parabole, qui a entretenu dans l'âme des Juifs une indestructible espérance ; elle les a soutenus jusqu'au delà delà ruine définitive de leur pays, et peut-être que d'autres peuples morts l'ont murmurée aussi dans leurs sépulcres.

C'est une idée qu'on est bien tenté d'appeler chrétienne, que celle du ministère du prêtre au milieu des hommes pécheurs, envoyé pour les détourner du mal et pour les appeler au salut, ayant, comme on dit, charge d'âmes et responsable pour celles qu'il laisse perdre. C'est ainsi précisément qu1 Èzéchiel exprime la mission du prophète (m, 18) : « Fils de l'homme, je t'ai établi comme un avertisseur pour la maison d'Israël ; tu écouteras les paroles de ma bouche, et tu les avertiras en mon nom. Quand j'aurai dit au méchant : Tu mourras ; alors, si tu ne l'avertis pas..., afin qu'il vive, le méchant mourra en son péché, niais je te réclamerai son sang. Mais si tu avertis le

méchant, et s'il ne se détourne pas de son péché..., il mourra de son péclié; mais toi, tu seras sauvé. » — On voit là d'ailleurs, ainsi qu'en bien d'autres occasions, comment tel sentiment, qui est devenu plus tard intérieur et tout spirituel, était à son origine plus extérieur et plus populaire. Le péché ici, c'est l'infidélité du Juif qui trahit son dieu, et en son dieu sa patrie, et c'est cette trahison que la voix du prophète doit prévenir, sous peine d'en être complice.

Mais la page moralement la plus élevée d'Ézéchiel est celle où il reprend, après Jérémie, l'idée que les enfants ne doivent pas être chargés du crime des pères (xvm, 2) : « Pourquoi dites-vous : Les pères ont mangé le verjus, et les dents des enfants en sont agacées?... Toute vie est à moi, celle du père comme celle du fils, mais c'est celui qui a péché qui mourra. Celui qui est juste, celui qui pratique le droit et l'équité, qui ne mange pas le festin de fête sur les Hauts-Lieux, qui n'invoque pas les idoles, abominations d'Israël ; celui qui ne souille pas la femme de son prochain, qui n'approche pas de la femme pendant les jours de séparation ; celui qui n'opprime personne, qui laisse au débiteur son gage, qui ne ravit pas le bien d'autrui, qui donne de son pain à l'affamé et habille celui qui est nu, qui ne prête pas à intérêt, qui retire sa main de l'injustice et prononce suivant le droit entre celui-ci et celui-là, qui marche suivant mes règles et garde mes ordonnances en toute vérité ; c'est un juste, il vivra, dit le Seigneur Iehova. » — Et il ajoute que si cet homme a un fils qui fasse tout

le contraire de son père, ce fils ne vivra pas pour les mérites de son père, mais il mourra pour son péché ; et si ce fils à son tour a lui-même un fils qui se garde des crimes de son père, celui-ci ne mourra pas pour les crimes de son père, mais il vivra; le père mourra seul.

J'abrège, mais ce que je viens de dire en une phrase tient dans le texte onze versets entiers, le 'prophète répétant sans se lasser les mêmes formules. « Il prévient, dit Michelet, toute équivoque, reprend par trois fois la chose, s'arrête avec une force, une lenteur, une gravité dignes des juristes romains. On voit qu'il sent l'importance de la pierre sacrée qu'il fonde, scelle à chaux et à ciment l. »

« Et vous dites : Pourquoi le fils ne porte-t-il pas le péché du père? Mais le fils a fait ce qui est juste et équitable, il a gardé mes ordonnances et les a pratiquées; il vivra. Celui qui a péché est celui qui mourra ; le fils ne portera pas le crime du père et le père ne portera pas le crime du fils ; il sera fait au juste selon sa justice, et au méchant selon sa méchanceté. »

Michelet a rendu hommage à ces belles nouveautés. Il stigmatise d'abord de son sarcasme l'idée que la vieille foi se faisait de la justice de son dieu : « Quand il punit le coupable, il est contraint de le faire; il ne peut faire autrement. Mais quand il frappe l'innocent, le fils innocent du coupable, qu'il est grand et qu'il

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