Michelet, Bible de l'humanité, page
est dieu! » Puis il célèbre le grand et noble effort des deux prophètes, arrachant de leur cœur sanglant ces détestables racines, proclamant enfin le Droit.
Ces belles idées, devons-nous les appeler chrétiennes? Mais pourquoi? Où y voit-on particulièrement la marque chrétienne? Dans l'Évangile, au contraire, Jésus ne reproche-t-il pas aux rabbins d'être les enfants de ceux qui ont tué les prophètes? Ne les appelle-t-il pas « race de vipères? » Ne dit-il pas que sur eux retombera tout le sang innocent versé sur la terre, depuis le meurtre d'Abel l ? Ne lui fait-on pas dire que Jérusalem périra, parce qu'elle l'a méconnu à son passage, quoique la ruine de Jérusalem n'ait eu lieu qu'un demi-siècle environ après lui ? Et cette idée n'est-elle pas le fond des sentiments de l'Église à l'égard des Juifs, qu'elle regarde comme expiant encore à l'heure qu'il est, et comme devant expier jusqu'à la fin des temps, ce qu'elle appelle le déicide commis au temps de Pilate? Mais, parce que nous sommes nés chrétiens, nous donnons trop facilement le nom de chrétien à tout ce qu'il y a de meilleur en nous. Eh bien! s'il nous plaît de nous servir de ce mot, reconnaissons donc que Jérémie et Ezéchiel ont été ici plus chrétiens que l'Évangile.
On a remarqué sans doute dans la citation d'Ezéchiel ce portrait du Juste dont je n'ai voulu rien retrancher, mais où il y a si peu de chose à effacer pour qu'il soit simplement humain au lieu d'être juif.