‹ Le Christianisme et ses origines (volume 5)Chapitre 92 sur 183 · C'e^i le placens uxor d'Horace · texte numérisé non relu

C'e^i le placens uxor d'Horace

2. « Les corps se produisent pour passer, depuis le temps do Dieu (c'est-à-dire, de tout temps), et les générations pour venir en leur place. Le soleil levant se lève au matin ; le soleil couchant se couche à l'occident; les mâles engendrent, les femelles conçoivent; toute narine goûte les souffles de vie, du matin de leur naissance jusqu'au jour où ils vont à la place qui leur est destinée. Prends du bon temps, ô prêtre! qu'il y ait des parfums et des essences exquises pour ton nez, des guirlandes de lotus pour les épaules et la gorge de ta sœur chérie, qui est assise auprès de toi [on sait que les Égyptiens épousaient leur sœur] ; qu'il y ait du chant et de la musique devant toi : négligeant tous les maux, ne songe qu'à la joie, jusqu'à ce que vienne ce jour où l'on aborde à la terre'qui

aime le silence Prends du bon temps, ô prêtre ! donne du pain à

qui n'a pas de champ, et tu auras bon nom pour toujours. » Annuaire de l'association pour l'encouragement des études grecques en

Il faut bien se garder de croire que VEcclésiaste soit pour cela un livre irréligieux. Nous ne séparons guère aujourd'hui le sentiment religieux de la croyance à une autre vie ; mais il n'en était pas ainsi chez les anciens Juifs, qui n'avaient pas cette croyance. Et quand ils réfléchissaient aux injustices et aux mécomptes de cette vie, ils croyaient être assez pieux de dire : « Résignons-nous, laissons faire à Dieu : soyons heureux comme nous pouvons, sans nous tourmenter de ce qui est au-dessus de nous, et en faisant d'ailleurs notre devoir1. »

Oui, ce livre étrange, et touchant à sa manière, est bien un livre pieux. Il l'est d'abord par la force avec laquelle il rend le mépris de la vie, de ses spectacles, de ses connaissances, de ses joies. C'est VEcclésiaste qui a dit : « Il n'y a rien de nouveau sous le soleil » (i, 9). Il appelle l'étude de la nature « une tache fatigante que Dieu a donnée à l'homme pour s'y peiner » (i, 13). — « J'ai dit au rire : Tu n'es que folie, et au plaisir : Que me veux-tu? » (n, 2)... — Un couplet fameux étale les vicissitudes de la vie : « Temps pour naître, et temps pour mourir... Temps pour pleurer et temps pour rire » (m, 2)... Et cette vie qui n'est rien, elle est tout pourtant : « Mieux vaut un chien vivant qu'un lion mort » (ix, 4). — Il n'y a pas, sur ce thème, d'éloquence à la fois plus sobre et plus forte.

France, 187G, pag. 188. Voir encore Maspero, Hist. anc. des peuples de l'Orient p. 42.

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