Guerre des Juifs, VII, in
d'abord avec vigueur, fut suspendue par la chule de Néron et les révolutions intérieures de Rome ; mais Yespasien fut proclamé empereur, et chargea son fils Titus d'achever son œuvre par le siège de Jérusalem. Il le commença à la fin du mois de février de Tan 70 ; mais longtemps déjà avant celte date, Jérusalem, où étaient accourus de tout le pays tous ceux qui ne voulaient pas se soumettre aux Romains, et qui ne pouvaient pas leur tenir tète, était en proie à toutes les discordes et à tous les attentats. Suivant Joseph, ceux qu'on appelait les zélés « qannaïm », (^Wai en grec), remplissaient la ville de leurs insolences et de leurs violences. La guerre civile avait éclaté, et à peine arrêtée par la victoire d'un parti, elle renaissait aussitôt, le parti vainqueur se divisant à son tour : on se massacrait jusque dans le Temple. Le siège, qui sembla d'abord suspendre ces fureurs, les exaspéra bientôt, quand la ville eut à endurer toutes les souffrances de la famine. On tuait les riches, dit Joseph, à cause des ressources qu'ils avaient, et les pauvres, parce que, n'ayant pas de ressources, ils essayaient de s'échapper. On ne doit pas sans doute accepter tous les récits de Joseph, encore moins toutes ses déclamations : le Juif qui avait passé aux Romains, et qui s'était fait courtisan de César, ne peut en être cru sur parole au sujet des hommes indomptables qui combattirent et qui moururent en patriotes à la fois et en martyrs l. Mais on ne peut
1. Parmi ce que j'appelle ses déclamations, il y en a de pitoyables, telles que le passage où il reproche aux chefs di - ss g -
guère douter que Jérusalem n'ait vu et souffert pendant ces temps-là des horreurs de toute espèce. Le siège, conduit avec La supériorité militaire des Romains, aboutit à des assauts répétés, sous lesquels la ville succomba enfin, arrachée morceau par morceau à ses opiniâtres défenseurs. J)ans un de ces assauts, on mit le feu au Temple, qui fut entièrement consumé : ce sanctuaire, « objet de la vénération de tous les hommes, Grecs et Barbares » l, disparut de la face de la terre. Jérusalem périt, après cinq mois de siège, au commencement d'août de Tan 70. C'est ainsi que Titus acheva son œuvre, après avoir soutenu l'une des plus rudes guerres que les Romains aient jamais eu à supporter pour venir à bout d'un peuple.
Enfin, après un siège aussi cruel que lent, Il dompta les mutins, reste pâle et sanglant Des flammes, de la faim, des fureurs intestines, Et laissa leurs remparts cachés sous leurs ruines 2.
Titus, en effet, rasa les fortifications de Jérusalem,
comme un crime épouvantable, d'avoir distribué à leurs soldats affamés l'huile et le vin tenus en réserve pour les sacrifices (Guerre des Juifs, V, xm, G).
1 . Guerre des Juifs, V, i, 3. Déjà un mois auparavant le sacrifice de tous les jours, ou sacrifice perpétuel, avait cessé, et c'était là un fait terrible pour la foi juive (Voir Daniel, vm, 11; ix, 27 et Guerre des Juifs, VI, n, 1). On fit depuis commémoration de ce jour funeste (Derenbourg, p. 291).
2. Racine, Bérénice, I, 4. On remarquera qu'Antiochus, qui fait ce récit, ne parle pas même du Temple, et cependant un homme qui revenait de Jérusalem ne pouvait pas l'oublier; mais à l'époque de Racine, on ne se permettait pas sur le théâtre, c'est-à-dire en lieu profane, de parler de choses qui étaient alors choses saintes.